Archives mensuelles : juillet 2017

Résilience 2

Capacité qu’ont un corps inerte, un individu ou une communauté vivante, un écosystème (ou autre système complexe), de surmonter un événement brutal, traumatique ou destructeur. En fait ce terme fourre-tout regroupe des réalités très différentes, du corps physique qui encaisse un choc ( ou un changement instantané de température) à l’enfant qui paraît survivre sans trop de difficultés à un traumatisme important, en passant par le village et la forêt détruits par le typhon. L’être vivant, ainsi que l’a montré Georges Canguilhem dans « Le normal et le pathologique » se caractérise par une capacité à fixer lui-même sa propre norme, comme cet arbre qui survit en grand écart entre les deux parois de la faille dans la falaise ; même chose pour un accidenté qui apprend à se déplacer avec une jambe artificielle. On remarquera que dans un cas Image 1comme dans l’autre, « résilience » ne signifie pas exactement rétablissement mais récupération partielle d’une fonction antérieure, ce qui se paye généralement par un surcroît de vulnérabilité. Quant aux communautés, si on laisse de côté la phraséologie managériale dans laquelle ce terme sert habituellement de feuille de vigne à un certain nombre d’obscures manœuvres, leur résilience est nécessairement complexe. Si la forêt a subi un arrachage massif et un glissement de terrain du fait d’un typhon, elle pourra en effet se restaurer dans les endroits dévastés, d’abord en décomposant la biomasse, ensuite en offrant une pouponnière aux petites espèces arborées, enfin en restituant un terrain propice aux arbres qui pourront à nouveau s’y développer. Mais évidemment cela prend du temps, une vingtaine d’années étant donné le temps moyen de croissance d’un arbre, et à condition que la mer ne continue pas à monter…. Le sort de la forêt soumise à l’exploitation humaine est évidemment très différent : la coupe à blanc l’appauvrit en biomasse et la pauvreté variétale ne lui permet généralement pas de reconquérir l’espace perdu. Dans certains cas l’exploitation incontrôlée peut même modifier le climat du biotope. En Amazonie ce sont les feuilles des arbres qui servent de noyau de condensation à la vapeur d’eau et qui, par conséquent, favorisent la pluie ; plus on coupe d’arbres, plus il fait sec ; plus il fait sec, moins les arbres poussent… Enfin les communauté humaines présentent, sur le chapitre de la résilience, deux caractères propres. Comme elles sont capables d’anticiper, elles pourront dans un premier temps restaurer la structure antérieure tout en limitant sa vulnérabilité. Par exemple on reconstruira la partie dévastée du village plus loin de la côte ou plus en altitude. Par contre cette même disposition peut avoir au contraire des effets destructeurs. Si un nouveau typhon arrive les villageois qui ont subi la première dévastation pourraient avoir l’idée de prendre d’assaut le village du plateau et de noyer ses habitants avant de les porter plus tard dans la zone inondée.
Pour le moment ce n’est qu’une fable ; mais elle suffit à montrer que ces résiliences dites communautaires doivent s’édifier avec le plus grand soin. Les aménagements porteront prioritairement sur les dispositifs physiques de préservation de la sécurité, ensuite sur tous les systèmes de production locale d’alimentation, enfin sur la mise en place d’un phalanstère de crise assorti de règles strictes et garantissant à tous les membres de la communauté un droit égal à la survie. Si ce type d’organisation de crise prévaut dans toutes les zones communautaires frappé par l’événement destructeur, on peut espérer à terme voir des échanges se remettre en place et donc de nouveaux réseaux, même en cas de rupture, temporaire ou durable, avec les instances étatiques.