L’EFFET DE SERRE ANTHROPIQUE

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De la déstabilisation climatique globale

I. Le problème

Une partie du rayonnement solaire reçu par la Terre est conservée par elle : une autre est renvoyée vers l’espace. L’énergie solaire absorbée par les surfaces continentales et océaniques est en partie conservée par les continents et les océans, en partie réémise dans l’atmosphère. Elle est alors majoritairement conservée par elle ; c’est l’effet de serre naturel. Sans lui, la température moyenne de la surface du globe serait de – 18° C, au lieu des + 15° C actuels, condamnant la plupart des formes de vie actuelles.

L’agent principal de l’effet de serre naturel est la vapeur d’eau qui piège les 2/3 des infrarouges réémis par les surfaces terrestres et dont la quantité est régulée par la condensation, les précipitations et la chaleur de l’atmosphère.
Des composés carbonés, en très faible concentration dans l’atmosphère actuelle1, captent les infrarouges dans les longueurs d’onde restantes.

Or depuis 150 ans l’industrie, les transports et l’agriculture expulsent dans l’atmosphère des quantités croissantes de composés carbonés ; c’est l’effet de serre additionnel ou anthropique.
Le temps de séjour globalement long de ces molécules dans l’atmosphère, l’efficacité comparativement importante de la plupart d’entre elles et les interactions nouvelles induites expliquent qu’on ait déjà commencé à en mesurer l’impact.

II. Eléments constitutifs du climat

1. De multiples interactions

La caractéristique majeure du climat est la complexité des interactions dont il est la résultante. Les éléments astronomiques (cycles de l’activité solaire, de la trajectoire de la Terre, de la position de son axe par rapport au plan de l’écliptique) et les éléments terrestres (tectonique des plaques et orogenèse, volcanisme et aérosols, enveloppes fluides, albédo2 et nébulosité) en sont les constituants.

Mais notre tropisme analytique et notre appréhension substantialiste du réel nous interdisent une appréhension adéquate de la machinerie climatique et de ce qu’elle nous réserve.

Deux cas d’école permettront de le mieux saisir :

a. L’extinction Permien / Trias (250 millions d’années AEC)

On la surnomme « la grande agonie » (« The great dying »). Et non sans raison :

  • 95% des espèces marines disparaissent
  • 70% des espèces continentales

La vie finira par repartir mais il lui faudra 30 millions d’années pour recoloniser, sous de nouvelles formes, l’ensemble de la planète.

Cette crise prend naissance en Sibérie. Onze phases éruptives massives vont s’échelonner sur 200 000 ans ; on estime que pendant cette période, 3 millions de km3 de matériaux divers ont été largués dans l’atmosphère.
Les coulées de laves ont probablement recouvert jusqu’à 7 millions de Km².

L’obscurcissement permanent du ciel a interrompu durablement la photosynthèse et la chimiosynthèse grâce auxquelles les organismes autotrophes3 subsistent.
Comme ceux-ci sont à la base des chaînes alimentaires, on conçoit aisément que leur disparition ait entraîné une extinction massive.

Cet effet initial pourrait avoir été relayé en particulier par la destruction de l’ozone stratosphérique4. Des rayons ultraviolets B et C parviennent alors largement sur les surfaces terrestres et atteignent les pics d’absorption des acides aminés, causant aux cellules vivantes des dommages irréparables.

b. La fin de la Terre / boule de neige.

Les cyanobactéries sont apparues sur Terre il y a 3,4 milliards d’années et sont, avec les archées,  Image 6 les êtres vivants les plus anciens que nous connaissions.
Ce sont initialement des monocellulaires aquatiques et procaryotes5. Elles sont autotrophes et se procurent leur énergie par le moyen de la photosynthèse , dissocient les molécules d’eau, récupèrent des électrons, fixent le dioxyde de carbone et le transforment en composés organiques, d’abord des sucres, puis, quand elles commencent à former des colonies, du calcaire. Les stromatolithes sont les roches biogéniques produites par la sédimentation des tests calcaires de ces colonies bactériennes. Au terme de ce processus biochimique, elles libèrent du dioxygène6.

Les cyanobactéries ont été, avec quelques autres procaryotes, les seules occupantes de la planète pendant 1 milliard 200 millions d’années.
Et puis, il y a 2,4 milliards d’années, survient la « grande oxydation ».
Jusque là le dioxygène produit par les cyanobactéries était fixé par le fer dissout dans l’océan. Mais quand tout le fer disponible fut utilisé, l’oxygène commença à s’accumuler dans l’atmosphère. Comme parallèlement celle-ci s’était fortement appauvrie en dioxyde de carbone, du fait de la constitution du carbonate par les colonies bactériennes durant ce temps considérable, il en résulta une modification considérable de la composition atmosphérique.

L’atmosphère primitive, essentiellement constituée de vapeur d’eau et de dioxyde de carbone, ne comportant pas d’oxygène libre, les procaryotes primitifs étaient tous anaérobies.

  • Le premier effet de la grande oxydation fut donc sûrement une grande extinction.
  • Le deuxième fut de favoriser l’apparition sur Terre des aérobies, des eucaryotes et des organismes terrestres. Ce qui a rendu possible à terme cette floraison de formes vivantes, c’est la constitution de la couche d’ozone7 stratosphérique, capable d’empêcher le rayonnement ultraviolet de haute énergie de parvenir jusqu’aux surfaces terrestres. Or celle-ci, quoique tardive (500 millions d’années avant le présent) n’aurait pas été possible sans la grande oxydation.
  • Mais cette arrivée fut retardée de quelque 400 millions d’années par le troisième effet : une glaciation sans précédent. C’est le phénomène de la « Terre boule de neige ». Dans l’hypothèse la plus optimiste, seule la ceinture équatoriale serait demeurée libre de glace.

En réduisant drastiquement la proportion des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, la grande oxydation a enclenché la formation de glaciers qui ont poursuivi inexorablement leur avancée, en vertu de la boucle de rétroaction suivante :
diminution des gaz à effet de serre dans l’atmosphère ->  refroidissement ->  apparition de glaciers ->  augmentation de l’albédo ->  refroidissement ->  extension des glaciers ->  augmentation de l’albédo… et c.

Comment est-on sorti de cette spirale infernale ?

Probablement grâce aux volcans , avec un double impact :

  • augmentation de la teneur de l’atmosphère en gaz à effet de serre
  • diminution de l’albédo des glaciers par dispersion de suie.

2. Le cas des enveloppes fluides

On désigne par ce terme les océans et l’atmosphère dont l’effet essentiel est de répartir la chaleur reçue du soleil sur l’ensemble du globe.
Les différents compartiments qui composent le climat ont des temps de réponse très variables aux facteurs de forçage8 climatique ; celui des fluides – et des vents en particulier – est extrêmement bref.
A cet égard la fonte accélérée de la banquise arctique est le signe incontestable d’un réchauffement ; mais on peut également y voir la cause probable d’une véritable catastrophe. Tâchons de comprendre pourquoi.

La circulation océanique est la résultante de la rotation terrestre, de l’attraction exercée par la lune et le soleil, des vents et des gradients de pression et enfin des reliefs sous-marins.

En incluant ces paramètres et à partir de l’ensoleillement initial, le couplage océan / atmosphère adopte deux formes principales :

a. La circulation profonde

L’évaporation importante des eaux superficielles en zone intertropicale provoque un accroissement de la densité de ces eaux par élévation de leur concentration en sel. Elles plongent, appelant en surface les eaux des latitudes plus hautes.
Un phénomène équivalent a lieu aux pôles, mais pour des raisons inverses. Au contact de l’air froid – à partir de -2°C – la glace de mer se forme, expulsant le sel contenu initialement dans l’eau. La densité des eaux superficielles augmente et celles-ci s’enfoncent, appelant en surface les eaux des latitudes plus basses.

La température des océans commence par décroître avec la profondeur. Quand les eaux qui ont plongé rencontrent des eaux plus froides ou plus salines – et par conséquent plus denses – elles amorcent leur remontée vers la surface.

Ceci constitue l’origine de la circulation thermohaline qui est donc initialement verticale et méridienne.

b. La circulation superficielle.

Elle concerne les eaux de surface qui se déplacent sous l’effet du forçage éolien, soit environ 10% de la masse océanique.
Les vents transmettent à l’eau, sur une profondeur moyenne de 300 m, leur énergie par frottement, ce qui va produire :

  • les courants de surface qui constituent les principaux agents de transport de chaleur.
  • la houle , oscillation sans transfert de matière, qui constitue le vecteur des échanges gazeux entre l’océan et l’atmosphère, en particulier celui du piégeage mécanique du carbone, lequel n’est que temporaire.

D’une façon analogue à ce qui a lieu dans l’atmosphère, à partir des différents courants, l’effet de Coriolis9 engendre des courants circulaires superficiels, les gyres océaniques, entretenus par les vents dominants.

Circulation profonde et circulation superficielle sont en interrelation et en prise avec la dynamique atmosphérique. Il en résulte une structure composite, à l’échelle du globe, que l’on désigne métaphoriquement comme « la grande courroie de transmission » ou « le grand tapis roulant ». Son débit est, en moyenne, de 19 sverdrups10. Elle équivaut, en ordre de grandeur, à la somme des débits de la totalité des fleuves continentaux. Elle est le principal vecteur du transport de chaleur océanique mais elle joue aussi un rôle décisif dans le piégeage durable du carbone, l’oxygénation de l’océan profond, la remontée des nutriments et, par conséquent, l’écologie marine.

Son énergie provient d’une part des gradients de densité et donc de salinité et/ou de température, entre les eaux polaires de surface et les autres. Mais elle est également entretenue, au niveau des gyres, par le forçage éolien.
Parvenues en mer de Norvège, les eaux salées et chaudes du Gulf Stream se refroidissent rapidement au contact des eaux boréales froides et amorcent leur plongée ; celle-ci est favorisée, en hiver, aux plus hautes latitudes, par la formation de la glace de mer qui, par expulsion du sel, accroît la densité des eaux superficielles.
On estime que ce cycle, qui s’est mis en place au Miocène, il y a 14 millions d’années, dure en moyenne un millier d’années.

Il est remarquable qu’en Antarctique le mécanisme de plongée est différent : il résulte de l’action du courant circumpolaire (140 Sv), aux eaux denses et froides. Cette densité est encore accrue par la formation de la glace de mer ; c’est elle qui va permettre

  • d’une part la remontée des eaux profondes de l’Atlantique
  • d’autre part le brassage de ces eaux avec celles des autres bassins océaniques.

Or la « grande courroie de transmission » donne depuis quelque temps des signes de faiblesse. Trois indications :

  1. La convection profonde a été ralentie – et parfois même interrompue – de 1990 à 2007, année où elle a retrouvé brutalement, au cours d’un l’hiver froid, son régime habituel. C’est d’autant plus inquiétant qu’en deçà d’une certaine profondeur, il n’y a plus de piégeage du carbone.
  2. Depuis 1990 les parts respectives de la descente thermohaline des eaux profondes et du courant du Labrador (superficiel / Nord – Sud) dans le rééquilibrage de la montée des eaux chaudes et salines se sont inversées. Ces eaux profondes ont perdu 30 % de leur débit et leur composition s’est modifiée.
  3. La circulation atlantique méridionale a ralenti de 30% entre 1998 et 2004 et on estime que le Gulf stream a perdu 30% de son débit depuis 1957.

Il est donc probable que la diminution permanente de la banquise et des glaciers polaires depuis une vingtaine d’années, accompagnée d’un effondrement de l’albédo et d’une rétroaction positive, a provoqué la mise en place d’une couche d’eau superficielle pauvre en sel, qui ralentit la plongée convective, ce qui bloque en surface les eaux issues des basses latitudes.

Etant donné que toutes les formes de la circulation océanique sont en interrelation permanente, le simple ralentissement de « la grande courroie de transmission » retentirait sur l’ensemble des climats terrestres, si ce n’est déjà le cas.

Mais, selon toute vraisemblance, les changements ne seront pas progressifs. L’accumulation quantitative fait parvenir tout système naturel (donc complexe) à certains seuils critiques ; une fois atteint le point de basculement, on entre, après une période plus ou moins longue de changements erratiques, dans une nouvelle configuration, proche de la précédente ou pas.
Par exemple la fusion basale de la banquise, du fait d’une augmentation de la chaleur de l’eau peut déstabiliser un plateau glaciaire, l’entraîner en mer et ajouter abruptement une telle quantité d’eau douce à l’océan arctique que la plongée thermohaline sera purement et simplement interrompue.

Ces points de basculement sont une caractéristique des systèmes complexes ; en témoignent les événements climatiques procédant d’oscillations périodiques.
Des variations climatiques brutales sont attestées par la paléoclimatologie et concernent justement l’Atlantique nord. Ce sont, pour les périodes glaciaires, les événements de Henrich et les cycles de Dansgaard-Oeschger; pour les interglaciaires, les événements de Bond.
A périodicité et à durée variable, ces événements consistent tous, à l’échelle géologique, en un bref épisode de refroidissement prenant place dans une tendance générale au réchauffement.

Le schéma est globalement le même :

  1. Déversement de lac glaciaire, fonte de la banquise ou vêlage d’icebergs provoqué par le réchauffement
  2. Mise en place d’une couche d’eau faiblement salée dans les mers boréales
  3. Ralentissement ou interruption de la plongée thermohaline et donc de la grande courroie de transmission.
  4. Refroidissement de la zone subpolaire et extension des glaciers.

Cependant le réchauffement global finit par rétablir, en renforçant la circulation subtropicale, la circulation thermohaline.

L’impact écologique est considérable : désertification des zones intertropicales par affaiblissement des moussons et disparition de la végétation des zones tempérées au profit d’un couvert végétal de type steppe.

Or rien n’interdit de penser que nous sommes entrés depuis quelques années dans un événement de Bond… sauf notre irrépressible penchant au clivage. Les « événements » en effet relèvent de la paléoclimatologie, la « climatologie historique » se contentant d’étudier l’alternance des périodes glaciaires et interglaciaires…

3. Le facteur biotique

Les êtres vivants ne sont pas séparables du milieu dans lequel ils se développent, non seulement parce qu’ils y puisent de quoi se perpétuer mais aussi parce qu’ils façonnent ce milieu fini, au point de le rendre parfois impropre à leur survie.

La vie n’est donc pas cette apparition miraculeuse qui surgirait sur fond d’une lithosphère impavide. Le charbon et le pétrole mais aussi l’argile, le sable en partie, le calcaire sont des reliquats du vivant. On évalue actuellement à 15% des sédiments la part des roches biogéniques dans notre environnement. Mais quelle serait la proportion absolue du biogénique si l’on pouvait tenir compte du recyclage magmatique et de la compression métamorphique ?

Le cycle biogéochimique du carbone est emblématique de cette intrication :

  • la pluie lessive l’atmosphère et transforme le dioxyde de carbone11 en acide carbonique
  • l’acide carbonique attaque les roches et entraîne dans l’érosion du calcium et des carbonates
  • ces éléments aboutissent dans l’eau de mer où ils vont être métabolisés par le plancton, en particulier dans la construction des tests et coquilles.
  • la nécromasse planctonique12
     précipite et intègre les couches sédimentaires constitutives de la croûte océanique
  • les sédiments sont recyclés en magma, via la subduction13
  • lors des éruptions volcaniques le carbone retourne en particulier à l’atmosphère, sous forme gazeuse. 

Comme la quantité de gaz carbonique qui pénètre dans les couches superficielles de l’océan mécaniquement14 est libérée intégralement dès que les conditions physico-chimiques le permettent15 hors éruptions volcaniques, la proportion de gaz à effet de serre présente dans l’atmosphère – et donc, à ensoleillement constant, la chaleur moyenne régnant sur les surfaces terrestres – est étroitement corrélée aux différentes modalités de l’activité biologique.

Les végétaux, océaniques et terrestres, séquestrent le carbone présent dans leur milieu pour produire, grâce à l’énergie solaire, les protéines et les composés nécessaires à leur croissance. Les animaux se nourrissent des sucres produits par les végétaux – directement (herbivores) ou indirectement (carnivores) – et rejettent dans leur milieu, par la respiration et les déjections, du gaz carbonique et du méthane. Ces gaz sont en partie libérés dans l’atmosphère, en partie séquestrés dans les sols et les fonds océaniques par le biais de la nécromasse. La décomposition aérobie va aboutir en partie au retour, sous forme gazeuse, du carbone dans l’atmosphère, en partie à son recyclage, dans l’humus, par la croissance végétale.

Or s’il semble que les forêts aient accru leur capacité de stockage à proportion des émissions supplémentaires (effet qui ne persistera qu’à condition qu’on s’abstienne de continuer à les détruire et que les maladies émergentes des arbres ne continuent pas à se développer), l’océan présente au contraire une rétroaction positive : il s’acidifie et, ce faisant, il devient de moins en moins performant dans le piégeage du carbone.

De fait la concentration en ions carbonates disponibles a chuté de 30% et on observe une calcification réduite ou imparfaite du zooplancton ainsi qu’une diminution des populations (ptéropodes, krill).
L’effondrement de ces populations signifie non seulement la disparition de la pêche, avec les impacts socio-économiques que l’on conçoit, mais aussi, à terme, la fermeture du puits biogéochimique du carbone et, par conséquent, une progression exponentielle de la concentration atmosphérique des molécules carbonées, de l’effet de serre et de la déstabilisation climatique.

Par ailleurs la saturation des eaux superficielles – dans lesquelles on sait que se concentre l’essentiel de la vie océanique – en dioxyde de carbone a un effet bien plus rapide et foudroyant : elle empêche la respiration.

Celle-ci n’implique pas seulement l’absorption d’oxygène mais aussi l’expulsion du dioxyde de carbone. Or si les poissons et autres organismes marins absorbent bien l’oxygène, la concentration de plus en plus élevée du milieu en dioxyde de carbone les empêche progressivement de le rejeter dans ce milieu ; il s’accumule dans les tissus et finit par mettre un terme au cycle qui alimente les cellules en énergie ; c’est l’asphyxie.
Les blooms algaux induits par la nécromasse disponible interceptent la pénétration du rayonnement solaire et, par voie de conséquence, la synthèse de la chlorophylle par le phytoplancton, ce qui retentit à nouveau sur toute la chaîne alimentaire. Certaines de ces algues émettent des gaz toxiques.

De fait on a vu sur tous les océans apparaître des zones mortes ; l’ONU en dénombrait 450 en 2008, la plus importante atteignant une surface de 70 000 km216. Le puits biogéochimique se ferme, interdisant la séquestration profonde et durable du carbone.

Enfin l’acidification est probablement l’un des facteurs du blanchiment des coraux et donc de la disparition des réservoirs de biodiversité océanique (massifs coralliens = 0,1 % de la surface des océans ; = 25 % de leur biodiversité),.

III. Fragilité de l’assise humaine

Un réchauffement provoqué par un renforcement de l’effet de serre, parce qu’il sera, contrairement au forçage solaire, comparativement plus élevé dans les zones froides et induira par conséquent des changements drastiques dans le compartiment des enveloppes fluides, risque de ruiner tous les précaires équilibres qui constituent les climats locaux et, avec eux, les écosystèmes qui en dépendent.

Un tiers de l’humanité vit en zone côtière17 ; 160 millions de personnes à moins d’un mètre au-dessus du niveau actuel de l’eau, 450 millions, à moins de 2 m… et toutes se trouvent dores et déjà exposées à des phénomènes climatiques violents.

La montée du niveau des mers signifie aussi la régression des deltas, la contamination de nappes phréatiques et la dégradation des terres agricoles.

Aux Maldives, 10% des îles ont déjà disparu sous les eaux. Le gouvernement a investi dans l’édification d’une île artificielle et tente de restaurer les récifs en implantant, sur des cadres de béton, des coraux résistants à la chaleur de façon à accroître les bénéfices de l’industrie touristique et à pouvoir acheter, quand il faudra abandonner définitivement les atolls, des terres pour les Maldivians.

Ils ne seront pas les premiers réfugiés climatiques. Le Bangladesh connaît des inondations catastrophiques et la perte terrestre pourrait y atteindre, dans les mêmes délais, 17 % des terres.

L’OIM18 a conceptualisé la notion de « migrant environnemental / réfugié climatique ». l’ONU estime que 20 millions de personnes relèvent dores et déjà de cette catégorie et que 8 à 50 millions de personnes supplémentaires pourraient bientôt les rejoindre.

Le Sénégal, la Louisiane, la Floride sont menacés. Aux Pays-Bas on a commencé à construire et à commercialiser des maisons et des infrastructures flottantes.

Au XX° siècle, l’érosion des côtes sableuses a concerné 70% des littoraux et l’accrétion, 10%. Le nombre des catastrophes hydrométéorologiques19 a été multiplié par 50 et le nombre des victimes ne cesse de croître.

Les ouragans et cyclones ne resteront pas le seul facteur de déplacement massif des populations. La désertification et la perte de terres arables auront des effets comparables. En Chine, le désert de Gobi progresse de 10 000 km2 par an et refoule depuis des années les paysans vers l’Est et le Sud ; ici ce sont les méthodes culturales qui ont constitué le facteur déclencheur. Au Sahel, c’est la sédentarisation forcée qui a accéléré le processus.

Les deux cas sont d’ailleurs comparables, qu’on défriche ou qu’on sédentarise le bétail. Les petites graminées qui pouvaient survivre dans ce milieu très sec ( une pluie ou deux par an ) avec un système radiculaire superficiel très étendu, ne sont plus là pour retenir le sol ; comme l’érosion éolienne commence à 5% de déclivité, la mince couche d’humus s’envole. Parallèlement, on a évidemment irrigué ; mais dans un sol à dominante évaporitique non seulement le soleil volatilise l’eau de l’irrigation mais encore il prélève une partie de la faible humidité résiduelle. Et les paysans du Sahel marchent au sud.
L’irrigation à outrance a un autre effet pervers : la salinisation. L’eau douce se charge par érosion d’une faible quantité de sel ; de là, avec le temps, la salinité des océans. Quand on irrigue massivement en zone tropicale, on accroît le dépôt de sel à la vitesse de l’évaporation et on finit par rendre le sol impropre à la culture. En Egypte, c’est déjà le cas de 50% des terres cultivées.

On n’est pas plus heureux en zone polaire. Partout où le pergélisol fond, le substrat se déstabilise et les constructions et infrastructures sombrent dans la boue. Au Nord Canada on a entrepris de faire passer des tuyaux réfrigérants dans le sous-sol pour maintenir les maisons d’aplomb.

Le GIEC20 prévoit 150 millions de réfugiés climatiques d’ici à la fin de ce siècle.
Les choses ne se passeront probablement pas de la façon amène avec laquelle les Maldivians les envisagent et ces déplacements engendreront inévitablement un accroissement des tensions sociales et internationales, d’autant plus sûrement que la déstabilisation climatique induira une réduction drastique des ressources alimentaires. La Chine qui représente 22% des habitants de la Terre, ne possède que 10% de ses terres agricoles ; elle a donc entrepris de racheter des terres arables et possède actuellement 30 millions d’hectares hors frontières, pour l’essentiel en Afrique21. Que se passera-t-il le jour où des Africains affamés s’approcheront des champs chinois ?

2. Le problème de la sécurité alimentaire.

L’usage intempestif des pesticides a fini par détruire les sols. Les agronomes qui tentent vainement d’alerter sur ce problème estiment que 80% des organismes terricoles ont été éliminés. Or ces champignons, vers de terre et micro-organismes sont les principaux agents du renouvellement de la richesse nutritive, de la capillarité et de la cohésion du sol ; ce sont eux qui permettent la croissance végétale spontanée.

Dans les pays développés, sans les intrants que sont les pesticides et les engrais, les paysans n’auraient plus de récoltes. Le sol a donc cessé d’être une entité vivante pour devenir un pur support technique. La Commission Européenne estime que sa dégradation est devenu un problème grave et qu’elle affecte, à un degré ou à un autre, tous des pays de l’Union.
Mais l’exportation de ce modèle agricole dans le tiers-monde constitue une véritable catastrophe :

  • les dégradations induites par la salinisation et la désertification sont beaucoup plus rapides (10 millions d’hectares de terre arable perdus chaque année).
  • les paysans ne disposent généralement pas des fonds nécessaires pour se procurer les intrants indispensables et s’endettent.
  • l’agriculture vivrière disparaît au profit d’une agriculture de rente… non rentable

…et de nombreux états ont perdu leur autosuffisance alimentaire.

C’est sur ce terrain déjà fragilisé que la déstabilisation climatique risque de faire sentir ses effets destructeurs et d’autant plus sûrement qu’elle se conjuguera à la bombe démographique (1960 : 3 milliards de terriens ; 2011 : 7 milliards).

Les céréales constituent la base de l’alimentation des deux tiers de l’humanité. D’une année sur l’autre, le ratio stock / utilisation tourne autour de 18 %, soit l’équivalent de 65 jours de réserve.
Que se passera-t-il l’année où les récoltes seront mauvaises partout ?

Trois épisodes significatifs :

1998 – Forte sécheresse en Russie ; déficit de 19 millions de tonnes sur les prédictions de la FAO. Inondations considérables en Asie.
> 40 pays connaissent des pénuries alimentaires.

2007 – L’Afrique est dévastée par les sécheresses et les inondations. Le criquet pèlerin ravage le Soudan et le Yémen. Au Bangladesh un cyclone anéantit 92 000 hectares de cultures. Les pénuries et le prélèvement des biocarburants font monter les prix agricoles en flèche.
> En juin le total des importations alimentaires atteint déjà le chiffre record de 400 milliards de dollars.

2010 – Le prix des céréales explose à nouveau. La canicule et la sécheresse ont fait s’effondrer les récoltes en Ukraine et en Russie et le 15 août les autorités russes instaure l’embargo sur les exportations. La FAO proteste.
> Les exportations américaines atteignent le prix record de 309 dollars la tonne, soit une augmentation de 70% par rapport à la récolte précédente.
Mais grâce à des pluies abondantes, l’Afrique n’aura pas besoin d’importer et la hausse des prix se limitera à 8%.

La chrématistique contemporaine s’est s’avisée de ce que la loi de l’offre et de la demande se spécifie, pour une catégorie particulière de marchandises, par un effet particulièrement intéressant : en cas de rareté, le prix tend vers l’infini. C’est l’effet de King et la catégorie de marchandises en question, c’est celle des denrées alimentaires.
On s’est donc mis à spéculer sur les céréales ; évidemment on finit par buter sur ce qu’on nomme par euphémisme la demande non solvable . La FAO estime qu’un milliard d’êtres humains souffrent d’une faim chronique et que 24 millions en meurent chaque année.

La logique du profit fait aussi peser sur la sécurité alimentaire mondiale la menace de la confiscation génétique. Entre les hybrides de première génération non stabilisés, les VHR22 et les OGM23, la stratégie est toujours la même : faire en sorte que l’agriculteur rachète des semences et des intrants chaque année. Seulement cette politique de développement induit un appauvrissement génétique tel qu’il rendra à l’avenir impossible toute forme d’adaptation rapide à des conditions climatiques nouvelles et d’autant plus sûrement que dans le même temps disparaissent les zones sauvages où vivaient les congénères naturelles de ces plantes.
A noter : dans les banques de gènes, les plants, les graines et les tissus des espèces présentant un intérêt économique, ne se conservent qu’une trentaine d’années.

Parmi les modifications génétiques implantées sur les semences des OGM, si la première permet aux plants d’échapper au ravageur principal, une autre implante la résistance aux herbicides, une troisième inhibe la germination de la descendance ou provoque la stérilité des graines. On aura compris qu’il s’agit de faire en sorte que le paysan, convaincu d’abord par la résistance au ravageur principal, passe chaque année à la caisse pour racheter des semences et des intrants.
En Inde, l’emploi des OGM, notamment les semences du coton Bt, s’est soldé en quelques années par le suicide de 200 000 paysans surendettés. Vandana Shiva rapporte que le sac de semences de 1 kg est passé de 5 ou 6 roupies à 3600.

Et puis les abeilles, pollinisateurs gratuits, continuent à mourir en masse.
A noter : Apis melifera, notre abeille familière, n’est qu’une espèce parmi d’autres ; les abeilles assurent la pollinisation de 80 % des végétaux.

Au total il y a une urgence absolue à repenser les conditions théoriques et pratiques de la permanence d’un monde humain. René Dumont l’a dit et écrit en son temps : L’utopie ou la mort…

 

Références
1. Celle-ci a commencé à se mettre en place il y a 1milliard 300 millions d’années ; on considère qu’elle est la 3° de l’histoire de la Terre.
2.  L’albédo est défini comme le rapport, noté de 0 à 1, entre l’énergie solaire réfléchie et l’énergie solaire incidente. Deux chiffres clefs : neige fraîche : de 0,75 à 0,90, océans : de 0,005 à 0,15.
3. qui subsistent en transformant la matière inorganique.
4. Du fait de synthèse du sulfure d’hydrogène dans l’atmosphère.
5. Sans noyau différencié.
6. O2
7. O3
8. Forçage climatique = tout élément qui modifie le bilan énergétique de la Terre.
9. Il résulte du mouvement relatif des particules d’air ou d’eau par rapport au référentiel en rotation uniforme qu’est la Terre. Une pseudo force s’exerce donc perpendiculairement à la première et dévie ces particules dans le sens de la rotation terrestre, soit, par rapport à la position initiale, vers la droite dans l’hémisphère nord, vers la gauche dans l’hémisphère sud.
10. 1 sverdrup = 1 million m3 / seconde.
11. CO2
12. Déjections, squelettes, tests, coquilles.
13. Mécanisme tectonique par lequel une plaque océanique plonge sous une plaque continentale, moins dense, et est absorbée par le manteau.
14. Hautes pressions polaires, houle, déferlement.
15. Dégazage tropical pour l’essentiel.
16. C’est l’équivalent de la surface de l’Irlande.
17. C’est l’effet conjugué de la géologie (plaines alluviales et nappes phréatiques) et de l’héritage historique (transport fluvial et commerce maritime).
18. Organisation Internationale des Migrations.
19. Inondations, sécheresses, tempêtes, ouragans, cyclones.
20. Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat.
21. Chiffres 2011.
22. Variétés à Haut Rendement.
23. Organismes Génétiquement Modifiés.

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