Axe des pôles (déplacement de l’)

On désigne habituellement par cette expression l’axe de rotation de la Terre. Il faut distinguer pôle géographique et pôle magnétique. En effet le champ magnétique terrestre résulte des déplacements de la partie solide de son noyau fer/nickel à l’intérieur de sa partie fluide alors que sa rotation est l’effet combiné de son inertie et de l’attraction gravitationnelle de la lune et du soleil.
Ceci est, comme le reste, une simplification d’une réalité essentiellement complexe. Ainsi le pôle magnétique est-il en train de se déplacer à une vitesse accélérée (au nord, du Canada vers la Sibérie), préludant probablement à une inversion des pôles magnétiques, comme il s’en est déjà produit dans le passé de notre planète.
D’une façon analogue l’axe de rotation est essentiellement complexe ; parmi les facteurs qui le déterminent on distingue en particulier la précession et la nutation.
– Quant à la première, on peut l’appréhender par le fait que cet l’axe ne pointe pas invariablement dans la même direction du ciel ou, plus concrètement encore, que l’étoile polaire a changé au cours des âges. Cette variation résulte d’une composition des forces résultant d’une part de l’inertie rotative terrestre, d’autre part de l’attraction exercée par le soleil sur le bourrelet équatorial, plus importante dans le plan de l’écliptique.
– Quant à la seconde, elle est l’effet de la composition des attractions exercées par la lune et le soleil, variant avec leur position respective. Elle se traduit par une oscillation périodique autour du cercle théorique de la précession.
Déplacement de l'axe des pôlesAvec le déplacement de l’axe des pôles géographiques, on quitte définitivement les implicites rassurant de la mécanique terrestre pour entrer dans le chaotique et le changement d’âge géologique.
C’est que cet axe dépend aussi de la répartition des masses de notre planète. Or, là aussi, on observe un déplacement notable, d’une vitesse de l’ordre de 13 m par an, avec un changement de direction important puisque qu’on passe d’une ligne ouest groenlandaise, parallèle au détroit de Davis, à une ligne atlantique méridienne.
Mais cette fois ce n’est plus strictement les données géophysiques et cosmiques qu’il faut invoquer. La fonte des glaciers et des banquises ainsi que l’évaporation accrue ont eu pour effets concomitants d’augmenter les masses océaniques et de diminuer celles de l’eau stockée dans le sol au cœur des grandes masses continentales. Autrement dit l’inertie de la déstabilisation climatique, même en mettant les choses au mieux sur le plan de la limitation des émissions de GES, se fera sentir bien au delà d’un siècle. Plus grave encore : cette modification de l’axe de rotation implique pour chaque point de la surface du globe une amplitude accrue, au cours d’une année terrestre, de la distance au plan de l’écliptique ; autrement dit une accentuation des écarts saisonniers. Aucun climat ne sera épargné. Enfin il s’agit d’une rétroaction positive : plus ce déplacement s’amplifiera, plus il engendrera un déplacement des masses (fonte et évaporation accrues), plus il s’accélérera d’une année sur l’autre. Enfin, répétons-le, cette information cruciale qui aurait dû logiquement induire une accélération des transitions (énergétique, écologique, économique) paraît être passée à peu près inaperçue. Bienvenue dans l’Anthropocène.

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