Boîte à idées

Politique agricole : la quadrature du cercle

Pratiquement toutes les ONG écolos ont signé une pétition adressée au ministre de l’agriculture pour le convaincre de revenir sur la répartition qu’il a arrêtée des crédits reçus de l’UE dans le cadre de la PAC (politique agricole commune).
Il faut savoir préalablement que la France est pour le moment, de tous les états européens, le plus gros bénéficiaire de ces subventions puisqu’elle reçoit annuellement, sur la période 2014-2020, 9,1 milliards d’euros. Outre le fait que cette redistribution des ressources communes constitue l’essentiel de la réalité européenne, précisons qu’il s’agit par ce biais d’assurer la sécurité alimentaire des membres de l’Union, en favorisant tout à la fois le maintien des agriculteurs sur les exploitations par une rétribution correcte et le contrôle des prix des produits alimentaires pour les consommateurs.
D’autre part cette rémunération européenne de l’agriculture est répartie en deux postes qu’on nomme les piliers : Image 31° pilier : réalisation des objectifs concernant les rémunérations et les prix mentionnés plus haut. 2° pilier : développement rural, en particulier préservation des écosystèmes, développement de l’agriculture biologique, du reboisement, de l’agriculture de montagne, des systèmes économiques intégrés locaux, de l’assainissement du réseau hydrographique, réduction des émissions de GES. La somme allouée au titre du second pilier représente approximativement 30% de celle qui va abonder le premier. En outre l’accord qui institue ces deux sources de subvention stipule que l’état récipiendaire est habilité à faire passer jusqu’à 15% de la ressource du 1° pilier sur le second et que, dans cette limite, il est libre de la répartition.
Et, comme on s’en doute, c’est là que le bât blesse. Stéphane Travert a décidé que ce transfert serait plafonné à 4,2% pour la période courant jusqu’à 2020. Les agriculteurs bios sont vent en poupe, arguant de ce qu’on brise ainsi les jambes à cette filière jusqu’ici en plein développement et qu’on continue à favoriser l’agriculture industrielle destructrice du sol, de l’emploi et de la santé publique. On ne saurait leur donner tort, d’autant moins que le mode de distribution des ressources du 1° pilier est le quota à l’hectare et favorise donc outrageusement les grandes exploitations mécanisées ; de là le syndrome de la ferme des mille vaches. C’est ainsi qu’en 2004, une des rares années où ces données ont été publiées, on a appris que l’exploitation la mieux dotée avait reçu un chèque de 872 108 €.
Néanmoins, d’un autre côté, les agriculteurs conventionnels, dans leur immense majorité, s’en sortent de plus en plus difficilement. Déclaration de la Coordination rurale : “Suite à la découverte d’un trou de 1 milliard d’euros pour assumer le versement des aides promises aux agriculteurs par le précédent gouvernement, la Coordination Rurale s’oppose fermement au prélèvement sur le premier pilier de la PAC – décidé ce matin par le ministre de l’Agriculture – pour combler ce trou dans le second pilier. Cela revient à prendre dans la poche des agonisants pour soutenir les mourants ! ” Indépendamment des problèmes de gestion budgétaire, il faut s’arrêter sur ces mourants et ces agonisants. L’agriculture industrielle est encore exportatrice et constitue dans l’économie française le seul secteur largement excédentaire sur le plan des échanges commerciaux. Mais pour combien de temps ? Qu’adviendra-t-il quand le fameux accord CETA sera finalement mis en place, quand les denrées du continent américain, transitant sous visa canadien, débarqueront en Europe ? Concurrence européenne mais non moins féroce dans le secteur du bio. Les productions des gigantesques serres andalouses en matière de fruits risquent assez vite de mettre à mal les petits producteurs bios de France et de Navarre. Sans parler des sociétés européennes d’agro-industrie qui s’implantent dans l’hexagone et feront bientôt venir des hordes d’ouvriers agricoles d’Europe de l’Est.
Comment conduire une politique agricole préservatrice des ressources, de l’emploi, de l’environnement, de l’économie ? Il faut impérativement cesser de traiter les problèmes au lance-pierre et s’interdire désormais de modifier les règles d’attribution au jugé, d’une année sur l’autre. Le mieux est de s’asseoir autour d’une table et de déterminer ensemble les critères chiffrés qui aboutiront immanquablement à une répartition équitable. : solde des emplois créés / détruits, directs et indirects ; évaluation des services écosystémiques, entre autres sur le plan du traitement, de la captation et de la consommation des eaux ; bilan des émissions / captation de GES ; excédents / déficits des différentes productions dans la balance commerciale ; potentiel de résilience face aux aléas climatiques, calculé par exemple sur la base du pourcentage des pertes occasionnées, impacts chiffrés sur la santé publique des produits phytosanitaire, et c… Quand on tiendra et maintiendra enfin le pourcentage équitable de réversion, tous les agriculteurs pourront enfin, s’ils le jugent souhaitable, passer sereinement d’un système dans l’autre. Car tout compte fait quand on détermine la part des intrants dans le budget de l’exploitation, le bio est souvent plus rentable qu’on ne le croit ; la prime à la surface est bien souvent l’arbre qui cache la forêt. Le consommateur fera la différence. En attendant il n’est pas interdit que les collectivités locales approvisionnent les cantines et les selfs de denrées saines produites localement.

Manipulation génétique et optimisation génétique

Les semenciers français, publics ou privés, connaissent depuis dix ans un véritable boum, aussi bien sur le marché intérieur qu’à l’exportation. C’est que les agriculteurs, partout dans le monde, ont fini par comprendre comment Monsanto and consorts les roulaient dans la farine. Dans le pays des Droits de l’Homme, on est plutôt dans la logique NERICA (new rice for Africa)Image 1 c’est-à-dire en quête de semences performantes sur le plan de la résilience, en particulier au stress hydrique. Avec une ingénuité qui n’a rien des logiques libérales dévastatrices qui ont prévalu en Californie, il est exclu de rendre ces semences stériles ou partiellement résistantes aux ravageurs (de façon à continuer à vendre du Roundup). Voilà pourquoi les « frenchies » sont devenus les premiers exportateurs mondiaux, avec un chiffre d’affaires global de 3 milliards d’euros. « Certes, diront les réalistes. Mais s’ils ne trafiquent pas leurs graines, ces exportations vont inéluctablement diminuer ». Sans doute ; mais d’ici à ce que le monde entier dispose de graines susceptibles de faire face à tous les aléas climatiques et pour tous les végétaux pouvant présenter un intérêt – y compris écologique -, il y a de la marge.
Les puristes de l’écologie sont donc malvenus de jeter l’opprobre sur ces chercheurs et ces entrepreneurs, particulièrement en arguant que ces manipulations ne sont pas « naturelles ». Premièrement « la nature » est une illusion ; si les cyanobactéries n’avaient pas ravagé leur monde par leur surpopulation, nous ne serions pas là ni les autres aérobies. Deuxièmement si nous laissons cette prétendue « nature » faire à son rythme le travail de sélection variétale, l’humanité a le temps de mourir de faim un milliard de fois.
Enfin dans un monde fini et en danger de mort, l’illimité – inhérent à la logique de l’économie libérale – n’a plus sa place. Quand cette tâche et quelques autres auront été menées à bien, chacun travaillera au minimum et on abordera partout la transition culturelle : remplacer le développement matériel par le développement humain.
Accessoirement les paysans impliqués dans la préservation des semences et les croisements in situ, accomplissent le même genre de travail.

La transition agricole

Image 2Passer au bio, c’est long et difficile. Et puis c’est sans doute avant tout un engagement militant. Mais il existe aussi de multiples raisons de rompre avec l’agriculture industrielle. C’est d’abord une prise de conscience. « Le tout chimique ne fonctionne plus » déclare Hubert Fréville, agriculteur dans l’Oise. Comme nombre de confrères il a constaté depuis longtemps la baisse de fertilité de ses champs et il a pris la mesure des exigences des consommateurs. Alors, peu à peu, il est devenu agronome. En restaurant les haies il est possible d’héberger les prédateurs des ravageurs qui exigeaient autrefois de répandre partout des pesticides ; avec des plantes associées on peut encore produire des molécules utiles aux récoltes et restaurer le microbiote des sols qui les rendra plus aptes à conserver l’humidité. Et puis la végétation auxiliaire peut aussi être récoltée, alimenter une unité de méthanisation et produire un engrais qu’il n’y a donc plus lieu d’acheter. Quand Hubert fait ses calculs il trouve que ce qu’il perd en productivité par rapport à la surface vouée aux cultures marchandes est largement compensé par les économies réalisées sur les intrants chimiques. En prime le plaisir de voir de temps en temps un lapin ou un paon visiter ses champs.
Ici une formation à la transition agricole organisée en novembre 2017 par les Pays de Loire et destinée aux collectivités territoriales. Et puis pourquoi ne pas transférer progressivement les primes de l’agriculture industrielle à l’agriculture en transition, par exemple aux titres de la préservation de la santé publique et de la biodiversité ?

A propos du concept de transition.

Une analyse du désormais Ministère de la Transition écologique a déconcerté les « écolos » ; et il y a de quoi. Mais il ne suffit pas de faire part de son malaise ou de sa tristesse ; il faut entrer dans l’argumentaire. Tâchons de nous y efforcer.
Voici ladite analyse qui tient en quelques pages. Le biais qui la commande est évidemment substantialiste, pour ne pas dire platonicien : l’idée de transition existe de toute éternité et la transition aujourd’hui requise pour l’ensemble des sociétés humaines ne diffère pas, dans sa nature, des transitions physico-chimiques ou bio-géologiques. Image 5
C’est donc là le concept clef (pour ne pas dire l’εἶδος), emprunté, qui plus est, à un dictionnaire de la pensée écologique (ou plutôt de la « bien-pensance ») : « un processus de transformation au cours duquel un système passe d’un régime d’équilibre à un autre ». La première question qui surgit d’emblée est donc celle-ci : que reste-t-il du « système » ? Variante : peut-on encore parler de « transition » quand la quasi totalité des éléments du « système » antérieur a disparu ? Illustration : y a-t-il eu transition sur la Terre, il y a 65 millions d’années, quand la pluie de météorites a enclenché l’extinction non seulement des dinosaures mais aussi du monde du Jurassique ?
Dans la notion de transition existe implicitement le présupposé de la conservation – avec modifications – de la plupart des éléments du système antérieur ; autrement, il faut parler de « destruction ». Et c’est probablement cette impensée qui conduit à cet autre présupposé qu’il est encore possible de passer, sans modification substantielle, d’une économie de la dévastation à une économie du recyclage, d’un développement promis à l’effondrement à un « développement durable », en particulier prometteur d’emplois. Là est l’erreur. Elle se signifie en particulier dans l’assimilation illégitime des conclusions du rapport Meadows à celles du rapport Brundtland.
Ce qu’ont suggéré Dennis Meadow et son équipe du M.I.T. en 1972 et ce que le premier continue à dire aujourd’hui de façon catégorique, c’est qu’il faut mettre Image 4un terme à la croissance. Ce qu’il suggère, à travers la métaphore filée de l’enfant, c’est qu’il faut remplacer le développement matériel par le développement humain. De même qu’élever un enfant, ce n’est pas le bourrer de nourriture mais lui enseigner la lecture, la musique, et c., de même la transition qui est requise, ce n’est pas celle du passage d’un développement matériel à un autre, mais du système matérialiste au système immatériel. Contrôler les naissances, donner à tous le minimum vital, partager le travail qui subsistera, développer la créativité de chacun, rétablir les conditions de la convivialité… c’est tout cela qu’une transition viable doit viser. Et qu’on ne se fasse pas d’illusions sur les possibilités de « développement » d’un monde fini ; les « terres rares » qui sont le facteur limitant des gadgets électroniques mais aussi des éoliennes, ne portent pas ce nom par hasard.
Le concept de transition, dès lors qu’on l’applique à des groupes humains, devrait donc nécessairement comporter la notion de valeur et, plus précisément, la mention de ce qu’on veut préserver avant tout. Il faut se libérer, ainsi que Dennis Meadows nous y invite également, de la dictature des économistes, lesquels ne connaissent de valeurs que celles que prescrit le marché.
Dernier point : dans quel délai ? Il semble qu’il soit déjà trop tard pour les plus vulnérables d’entre les humains. Notre chercheur prend la métaphore du nénuphar qui s’étend de façon exponentielle sur la mare, étouffant à mesure le reste de ce qui y vit. Si la surface du nénuphar double tous les jours, quel temps reste-il pour agir quand ses feuilles ont colonisé la moitié de la mare ? On aura compris que nous sommes au bord du gouffre… d’autant que quand Dennis Meadows se demande où en est aujourd’hui ce nénuphar, il conclut qu’il a déjà couvert toute la surface de la mare.Image 7
Finalement la seule variable à modifier dans l’appareil conceptuel du rapport de 1972, c’est celle de « pollution », à remplacer simplement par GES. Comme elle croît inéluctablement au pro rata du « développement », elle conduit tôt ou tard à l’effondrement.
Il reste alors deux options : ou bien on rejoint les « collapsologues » et on s’édifie un abri, avec mise en œuvre d’une agriculture résiliente de subsistance ; ou bien on s’apprête à la première vague de détresses et on enclenche la transition de civilisation. Et nos brillants analystes auraient dû se douter de l’existence de cette quatrième dimension, dès le terme de leur introduction : « Qu’elle soit écologique, énergétique, sociale, solidaire, économique, démocratique, numérique ou encore managériale, la transition se caractérise par une transformation profonde des systèmes » (sic). Bref, Robinson ou Épicure, la solitude du survivant ou les aimables dialogues du Jardin. Et là-dessus l’Afrique, qui va subir de plein fouet les ravages de la déstabilisation climatique, a tellement à enseigner aux « pays développés » en matière de sobriété heureuse… Autrement dit, comme René Dumont l’avait compris il y a plus de quarante ans, « L’utopie ou la mort ».
C’est pour tous ces motifs qu’il est urgent que les énarques du Ministère de la Transition revoient leur copie.

Des merveilleux champignons d’Alice
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Lui, c’est Paul Stamets, mycologue, et eux, ce sont des champignons, sa spécialité. En 2006 il a déposé un brevet relatif à une procédure d’entomopesticide (anti insectes) à base de champignons (probablement pas ceux avec lesquels il se fait photographier) qui permettrait de protéger les cultures sans recourir aux molécules type Monsanto qui déciment les pollinisateurs et empoisonnent les utilisateurs (le fameux Roundup vient de trouver sa place dans l’étiologie de la maladie de Parkinson). Ledit brevet garantit une protection contre 200 000 insectes, ce qui signifie probablement qu’il porte sur une molécule basique de l’arbre phylogénétique.
Indépendamment de la perspective ainsi ouverte d’une agriculture moins dévastatrice, il y aurait peut-être une voie de réflexion pour majorer les performances de l’agriculture biologique. On sait déjà, en agroécologie, associer des plantes auxiliaires à la culture principale, soit pour capter l’azote et enrichir le sol (légumineuses), soit pour maintenir les ravageurs à distance. La voie des champignons est doublement prometteuse d’une part en ce qu’elle est adaptée à la bordure de haies et d’autre part en ce qu’elle constitue, à utiliser d’une façon ou d’une autre, un apport conséquent en protéines. Accessoirement les champignons sont également capables de nettoyer un sol en fixant les molécules indésirables. Dans un premier temps les espèces symbiotiques pourraient retrouver leur place comme productrices de phosphore, lequel est, pour les engrais de l’agriculture industrielle, une ressource minière en voie d’épuisement. Tout cela demande des recherches et du partage d’expériences.

Jardins secrets
L’association internationale des botanistes de Kew Gardens, au Royaume uni (en tout cas pour le moment), communique, pour l’année 2016, la découverte de 1730 nouvelles espèces de plantes. Certaines présentent un intérêt économique Image 2potentiel, les unes parce qu’elles sont des variétés de plantes déjà cultivées, comme les 11 variétés de manioc découvertes au Brésil, les autres parce qu’elles pourront fournir des ressources nouvelles dans un monde à venir dont le principal problème sera d’assurer la sécurité alimentaire des populations, comme le panais découvert en Turquie. Relevons au passage que, dans ce second cas, il s’agit d’une espèce dont la racine charnue, de type carotte, fut autrefois cultivée.
Image 1Or, de façon significative, un certain nombre de ces espèces nouvellement découvertes sont dores et déjà en voie d’extinction. Si l’on veut, pour assurer l’avenir, disposer de la plus grande richesse variétale possible, unique stratégie opposable à la déstabilisation climatique, il faut impérativement établir la protection des zones où ces espèces ont été découvertes ; c’est d’autant plus urgent que ces découvertes n’ont pas eu lieu par hasard ; la plupart du temps elles ont résulté d’accessibilités nouvelles procurées par l’activité industrielle ou commerciale et sont, par conséquent, éminemment vulnérables. Dans le même ordre d’idée, il serait souhaitable, avant que la mémoire n’en disparaisse du fait inévitable du déplacement des populations, de constituer des conservatoires des cultures et pratiques agricoles anciennes.

Chacun sa censure…
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Le 2 mai 17 on apprenait que le nouveau gouvernement turc, plébiscité par la population, venait d’interdire l’accès à wikipedia, l’encyclopédie en ligne. Et le brave citoyen français s’est félicité de la chance qu’il avait de vivre en démocratie et de pouvoir accéder, via internet et autres media, à toute l’information possible. Voire. Ce qu’il n’a pas appris ce jour-là, c’est que la veille au soir une mini tornade avait traversé le nord de la ville de Rennes provoquant ponctuellement des dégâts notables.
Et qu’il ne se dise pas, histoire de se rassurer, que l’événement était trop insignifiant pour valoir une brève… Qu’il se demande simplement la place qu’aurait occupée cette information dans les media il y a seulement dix ans. Par ailleurs ce n’est pas la première fois qu’on passe ce genre d’événement sous silence : tornade d’Aumont en 2008, de Châtillon en 2013… On trouvera toutes les autres sur Kéraunos, le site dévolu à la recension des tornades et orages violents.
Pourquoi ce black out ? Notre « modèle économique » – comme dit l’autre – est tout simplement incompatible avec l’impérieuse nécessité d’empêcher la déstabilisation climatique globale. Application : il y a des tornades à Rennes ; donc on renonce à y investir dans l’immobilier ; donc on déménage, logements et entreprises ; donc l’activité s’effondre ; le chômage augmente ; et c… Par conséquent, mieux vaut se taire.
Il faut choisir : soit nous inventons à temps une autre façon de vivre, soit nous chanterons bientôt, comme autrefois à bord du Titanic… Scotish V.O.

Enfin des oïko-nomistes !
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Nomos, en grec, c’est la loi ; et oïkos, la demeure. En sorte que l’économie, en bonne logique, ce sont les prescriptions grâce auxquelles la demeure est préservée et, par conséquent, ceux qui l’habitent. C’est ainsi qu’Aristote avait découvert, qu’une fois acquis le principe des échanges qui permettent à chacun de satisfaire ses besoins, on est assuré d’avoir une bonne économie si et seulement si personne ne s’enrichit.
Eh bien un certain nombre d’économistes européens viennent de s’aviser de ce que si l’on veut, conformément aux engagements pris lors de la COP 21, que les capitaux disponibles aillent prioritairement financer le développement durable, il faut prendre les dispositions ad hoc. Dans ce groupe d’experts de la finance durable, dirigé par Christian Thimann, vice-président de la T.F.C.D, (groupe de travail sur l’information climatique), on retrouve Pascal Canfin, actuellement directeur du WWF, et Anne-Catherine Husson-Traoré, directrice de Novethic. Premier ensemble de propositions pour doper l’économie verte en juillet 2017

Pluies diluviennes en Colombie
La ville de Mocoa a été submergée par des coulées de boue débordant des trois rivières qui l’entourent. Bilan provisoire : environ 250 morts et 220 disparus. Des blessés aussi, Image 1environ 400 ; on tente de retrouver des survivants dans les décombres. Les torrents ont charrié d’énormes rochers qui ont détruit vingt-cinq maisons. Comme les circuits d’électricité et d’eau potable ont été affectés, les secours sont particulièrement difficiles à organiser.
On s’attendait à voir le terme du phénomène El Niño pour cette fois et à avoir un peu de répit avant la saison des pluies ; c’est raté. Martin Santiago, délégué de l’O.N.U. pour la Colombie a déclaré « La nature et l’ampleur de l’événement, la catastrophe, la tragédie, c’est monstrueux ». Selon lui c’est la preuve que le changement climatique est à l’origine de ces phénomènes extrêmes. « Nous en voyons les résultats épouvantables, ajoute-t-il, dans l’intensité, la fréquence et l’ampleur de ces phénomènes naturels ». Outre le fait qu’il faut cesser de penser le système monde en termes de clivage naturel / artificiel, il serait opportun de passer à un autre mode d’évaluation des catastrophes, faute de quoi on nous opposera qu’il a toujours existé des phénomènes extrêmes. Il doit y avoir moyen de partir des données historico-biotopiques. Depuis combien de temps telle communauté humaine est-elle implantée en tel lieu ? Avec quelles ressources locales ? Quel taux de développement, et c… Mocoa est une ville de 40 000 habitants, fondée au XVI° siècle, vivant de l’agriculture et du commerce. Et – c’est peut-être là le point crucial – jusqu’à cette soirée de mars 2017, elle n’avait jamais connu aucun événement catastrophique.
L’Équateur et le Pérou ont été également frappés, avec plusieurs dizaines de morts.

Pour en finir avec les avantages comparatifs
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De toutes les routines qui formatent ce que nous persistons à nommer notre pensée, la plus indéracinable est le tropisme substantialiste. Il constitue le principal obstacle à une prise de conscience rapide et agissante de la déstabilisation climatique. Heureusement le réel a la puissance de remettre les pendules à l’heure. Prenons par exemple deux paradis pour vacanciers fortunés : la Californie et la Côte d’Azur. Hiver 2017. La première est en train de disparaître sous des torrents de boue après avoir passé une bonne partie de l’été précédent à brûler. La seconde vient d’essuyer le n°ième « événement cévenol étendu » de la saison avec pointes de vents violents, orages, tempêtes, tornades. Evidemment la première réaction des climato sceptiques sera de prétendre que « ça a toujours existé »… On en reparlera dans quelques années. Pour le moment les inondations de Californie constituent dores et déjà le record du siècle.

Préfiguration des détresses climatiques…
A Mayotte la sécheresse a commencé début novembre 2016 ; comme d’habitude, on a d’abord cru que ça passerait. Ce fut effectivement le cas au Nord de l’île ; pas au Sud. Il a donc fallu mettre en œuvre des mesures de restriction : interdiction d’arroser les pelouses et de laver les voitures, usage réduit de l’eau sur les sites agricoles, suspension de la fabrication de béton. Les 8 communes les plus touchées subissent en outre plusieurs heures de coupure quotidienne. La rentrée des classes a dû être retardée parce que les sanitaires n’étaient plus fonctionnels
Et tout ça dure depuis le mois de décembre 2016. Alors on se débrouille : on remplit tous les récipients qu’on peut. Quid de la potabilité de l’eau ainsi stockée ? Et des pouponnières de moustiques anophèles et Albopictus ?
Ça ne s’arrange pas en janvier et il faut encore renforcer les mesures de restriction, d’autant que les deux lacs des barrages de retenue n’offrent respectivement que 15 % et 22 % de leur capacité habituelle. Last but not least : la période qui va de novembre à mars est censée être la saison des pluies… mais fin février 2017 la météo ne voit toujours rien arriver de cet ordre.Image 2
Dans un premier temps, pour parer au plus urgent, on a fait venir des tankers de 500 000 tonnes d’eau de la Réunion. Pour la suite on envisage des forages phréatiques – fausse bonne idée – un lac supplémentaire de retenue – encore faut-il qu’il consente à pleuvoir – et une usine de désalinisation de l’eau de mer – coûteuse et éventuellement inutile.
… et pistes des solutions possibles
Comment faire ? Il faut intégrer tous ces moyens de façon à faire face à tous les aléas possibles. Par exemple on doit pouvoir rentabiliser cette usine en passant des contrats préalables de fourniture avec les îles voisines. D’autre part il est possible de mettre en place un système du type El Hierro où l’eau de mer dessalée serait acheminée dans le troisième lac de retenue par énergie solaire ou éolienne et pourrait aussi fournir de l’hydroélectricité. Enfin, comme on est en zone tropicale, l’agroforesterie pourrait constituer une double réponse à la production, d’une part en limitant les besoins en eau des plantations, d’autre part en choisissant des espèces dont le feuillage peut offrir des noyaux de condensation à la vapeur d’eau. Et puis il existe des toilettes sèches avec lesquelles on peut produire du compost.

Le monde qui vient
Jeudi 16 février 2017 ; TGV entre Bordeaux et Paris : dans la plaine beauceronne toutes les éoliennes – une vingtaine désormais – sont rigoureusement immobiles, sauf deux qui vont à une lenteur mortuaire. La Image 1veille on attendait un répit en Californie, pour le barrage d’Oroville dont le déversoir menace de s’effondrer après des pluies diluviennes. Au cinéma cette même semaine, « Fukushima mon amour » ; beau film au demeurant… mais aucune des centrales nucléaires du monde n’est à l’abri d’un dérèglement de son circuit de refroidissement, par excès ou carence d’eau, quelle qu’en soit la cause. Le 17 une étude rendue publique nous apprend que les glaciers alpins fondent à une vitesse beaucoup plus importante que prévue et qu’ils pourraient avoir disparu d’ici la fin du siècle… Quid des barrages et des centrales nucléaires de la région ? La seule façon de faire face aux impacts des alea de la déstabilisation climatique globale sur les sources d’énergie, c’est
1°, en matière de sécurité, de mettre le système de production en repos dès le début de l’alerte. Ex : abaissement du niveau d’eau de la source du circuit secondaire => plongée immédiate des barres de contrôle dans le cœur du réacteur.
2°, en matière de fourniture, d’imposer réglementairement à tout bâtiment nouveau un dispositif – raccordé au réseau – de fourniture locale d’énergie. Ex : toiture comportant une petite éolienne et des panneaux solaires.

Transition 3E : il faut revoir la copie
Ça se passe à Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône. Le groupe allemand EON a racheté une unité de la centrale à charbon locale afin de la reconvertir en centrale à bois. Coût de la transformation : 250 millions d’€… partiellement assuré par 70 millions d’€ de subventions publiques. Résultat escompté : une production de 150 mégawatts, soit approximativement un dixième de ce que produit un réacteur nucléaire.
Après, ça se complique. Sans qu’on perçoive d’abord clairement pourquoi, le groupe allemand cède l’entreprise à une filiale française indépendante, Uniper. Il se pourrait qu’une évaluation erronée desImage 6 ressources locales soit à l’origine du fiasco que l’on voit arriver à grands pas. Le domaine forestier local est très étendu mais peu productif (du moins tant qu’y prévaut le climat méditerranéen…) ; il était censé fournir à l’origine le bois d’élagage à concurrence de 60% de la biomasse ( recyclage inclus), le reste provenant de coupes. Les écologistes locaux se sont élevés avec raison contre un planning de gestion de la ressource locale manifestement non durable (4500 tonnes de bois / jour). Seulement la municipalité communiste et la C.G.T. hégémonique à l’usine voulaient à tout prix conserver les 180 emplois promis. On va donc importer 60% du bois nécessaire d’Amazonie ! Soi disant le temps de parvenir à une gestion optimisée du potentiel local… C’est cette aberration qui permet de comprendre pourquoi le groupe allemand a préféré transformer son investissement en dette, dette que la puissance publique finira toujours par honorer quand Uniper se déclarera en faillite.
Au bout du compte, il est clair qu’on ne peut pas laisser les leviers de la transition aux mains d’intérêts privés, lesquels – patronat ou C.G.T. – prévaudront alors toujours sur l’intérêt général. Il faut impérativement adapter chaque initiative aux ressources locales et les ajuster à leur potentiel de renouvellement. Les mêmes subventions auraient pu servir à édifier un alternateur plus modeste, à créer des emplois durables, non seulement à l’usine mais aussi voués à la gestion des ressources forestières.

Le monde change…
… et pour tenter de survivre, il faut commencer par postuler que, désormais, rien ne doit plus être tenu pour acquis. Dans cet hôtel il devait y avoir une dizaine de familles venues passer quelques jours à la Image 10montagne. D’abord un certain contentement : il y avait de la neige et on pourrait skier. Rassurant mais trompeur. Il y eut une avalanche ; ce n’était pas la première fois qu’il y avait une avalanche en amont de Penne. Seulement ce 18 janvier 2017, l’avalanche a balayé l’hôtel sur dix mètres et enseveli une trentaine de personnes ; les secours ont d’abord retrouvé huit rescapés puis deux fillettes. On ignore si leurs parents ont survécu.
On invoque les séismes ressentis à Amatrice, localité voisine. Mais à Amatrice il n’y a pas eu d’éboulement. Possible néanmoins que les secousses souterraines aient fragilisé une masse neigeuse importante qui n’avait pas eu le temps de se compacter et de s’amarrer au relief.
L’apparente régularité du monde est l’effet de l’emboîtement de systèmes chaotiques qui s’équilibrent tant bien que mal ; mais dans l’ère de déstabilisation où nous l’avons fait entrer les invariants seront de plus en plus rares. Qu’on songe seulement que la fonte de la banquise arctique, en accroissant la masse inertielle de l’eau de mer, a modifié l’axe de rotation de la Terre…

Au terme de la transition 3 E – pour énergétique, écologique, économique – il faudra être capable d’économiser sur tout et de remplacer, partout où ce sera possible, le développement matériel par le développement humain.
La prime à la transition : moins de matière et moins de consommation, c’est aussi plus de temps libre et une chance de survie pour les jeunes générations sur une planète préservée.
Image 2Rappel : en 2016 les humains avaient épuisé les ressources annuelles produites par la Terre dès le 18 août et cette date du « tipping point » régresse d’année en année…
Exercice d’application : Michelin, le fameux producteur de pneus (qui garde précieusement enfermé dans un coffre fort le brevet du pneu inusable/increvable), édite chaque année des guides touristiques. Le plus ancien, le guide rouge, donnait tout à la fois l’adresse des bons restaurants et l’itinéraire des sites méritant la visite ; depuis 2016 – marketing oblige – il faudra pour obtenir ces informations, acheter un ou plusieurs guides verts…
C’est précisément l’inverse qu’il faudrait faire : un seul guide avec la priorité aux sites touristiques, une carte des bornes de recharge pour les voitures, une autre des sentiers de grande randonnée, et la priorité aux restaurants offrant un menu végétarien, classés par nombre de « galaxies », les autres conservant leurs « étoiles ». Et bien sûr, il faudra enfin consentir à mettre en vente le fameux pneu.
Délirant ? Pas sûr ; il paraît que Michelin s’apprête à commercialiser un pneu « autorégénérant ». Du chômage ? Pas si on partage le travail. L’appauvrissement généralisé ? A voir ; si on n’est pas obligé de remplacer continuellement des biens à obsolescence programmée… Quatre pneus pour toute la vie – pour ceux qui ne peuvent pas se passer d’une voiture – c’est aussi le gain du temps qu’on met à les racheter, à les changer, à rattraper celui qu’on a perdu dans les pannes…
Ça se nomme la décroissance et ça n’est pas forcément triste. Par exemple, au lieu de rester scotché des heures devant la télé à avaler des pubs, pourquoi pas une chorale, un groupe de théâtre, un atelier collectif de bricolage, un club de lecture ?
Et puis on n’a plus vraiment le choix. On a cru longtemps à la crise du pétrole ; malheureusement on arrive à faire brûler tous les substituts possibles et imaginables. La véritable crise est à venir et son nom est « phosphate »…

Des vertus insoupçonnées du réalisme économique
En 2016, selon l’estimation du groupe d’assurances Swiss Re, le coût global des catastrophes climatiques d’origine anthropique a atteint le total de 158 milliards de $, contre 94 milliards de $ pour 2015.image-1
De fait un certain nombre d’entreprises tentent d’induire les mutations qui leur permettront de se garantir des impacts de la déstabilisation climatique. C’est à cette fin que le Financial Stability Board, issu du G20, met à leur disposition des outils leur permettant d’évaluer spécifiquement les risques financiers encourus du fait de ladite déstabilisation. Dans le cadre de la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE), celles-ci seront désormais en mesure d’évaluer, selon des critères communs, leur impact carbone, la vulnérabilité de leurs actifs et leur responsabilité pénale. Indépendamment du degré de réalisme plus ou moins élevé des entreprises, les investisseurs et les assureurs seront naturellement portés à favoriser les plus vertueuses.
Qu’on ne se fasse cependant pas d’illusions : tout ceci n’empêchera pas l’économie « financiarisée » de spéculer sur l’effondrement probable de la production céréalières ou autre catastrophe susceptible d’engendrer un pactole.
L’Europe veut instituer une taxe carbone et c’est une bonne chose, même si la partie est loin d’être gagnée. Mais la priorité absolue des pouvoirs publics sur le plan international, c’est de mettre fin, d’une façon ou d’une autre, à la spéculation financière par le biais de taxes dissuasives sur la circulation des capitaux. Qu’on se souvienne que seulement 4 % de ces capitaux circulants sont destinés à l’investissement dans l’économie réelle ; il suffira que ceux-ci remplissent une demande contrôlable assortie d’une garantie de durée. Et si on ne parvient pas à un contrôle efficace, il faudra nationaliser les banques.

Vers une économie bas carbone
Alors que la situation politique, ici ou là, paraît remettre en cause non seulement l’Accord de Paris mais encore la validité même de l’assertion de la déstabilisation climatique, le monde de la finance, sur la base de son réalisme image-4habituel, est subtilement en train d’intégrer la réalité de cette déstabilisation dans ses colonnes comptables. Il est clair qu’avec une hausse globale du niveau de la mer et un risque accru d’événements météorologiques extrêmes, les compagnies d’assurances vont revoir leurs contrats ; même chose pour les investisseurs immobiliers. La haute bourgeoisie, dont la voracité est éminemment responsable de l’état actuel de détérioration des écosystèmes, va probablement commencer à déménager du XVI° arrondissement à Paris et de la Côte d’Azur, où elle avait ses quartiers, afin de trouver ailleurs, par exemple dans le XIX° ou en Corrèze, des lieux plus vivables parce que plus élevés en altitude ou hors zones diluviennes.
Loi inique du monde, une fois encore : ce sont toujours les plus faibles, les moins riches qui paient les pots cassés par les plus puissants et les plus arrogants.
Mais – et c’est en cela que les écoréalistes se dissocient de l’extrême gauche trostko-stalinienne – c’est ce même « réalisme économique » qui, après avoir empoisonné l’atmosphère, détérioré le climat et mis en péril la sécurité alimentaire, peut aussi enclencher à temps les transitions vitales. C’est ainsi que les investisseurs se sont mis en quête de la « vulnérabilité climatique » de leur portefeuille ; ceci signifie que plus un projet entreprenarial sera « carbon free », plus il aura de chances de disposer à des conditions avantageuses des capitaux nécessaires à ses investissements. Et ce processus peut-être adéquatement accéléré par l’inflexibilité des pouvoirs publics relativement aux engagements de limitation des rejets de GES. C’est en particulier le cas en France où la loi sur la transition énergétique impose aux financiers d’informer les investisseurs sur le degré d’exposition au risque climatique des produits qu’ils proposent.
Le cabinet Carbone 4 (pour émissions carbone divisées par 4), fondé en 2007 par Jean-Marc Jancovici et Alain Granjean est le mieux à même de fournir ce service ; il parle le langage de l’entreprise (stratégie, prospective, marché, marketing) et ses propositions d’expertise reposent sur une fine connaissance des règlements et de la stratégie gouvernementale.

La main (invisible) dans le sac
Quelle que soit la façon dont le numéraire est réparti dans une société ou un ensemble de sociétés, il est nécessairement en quantité limitée ; autrement les échanges ne pourraient pas avoir lieu. Quand un procédé industriel est commercialisé, sans souci de ses impacts sanitaires, sociaux, environnementaux… et qu’il engrange des bénéfices faramineux, il enfant-plastiquesoustrait le numéraire correspondant soit, dans le meilleur des cas, à d’autres acteurs économiques, soit la plupart du temps, sous une forme ou une autre, aux ressources communes et donc, finalement, aux membres de cette société.
A titre d’illustration on estime le coût sanitaire des perturbateurs endocriniens à 340 milliards de $ aux Etats-Unis et à 217 milliards US $ en Europe. Ces substances présentes dans les bouteilles en plastique, les biberons, les jouets, les canettes, les détergents, et c… ont la propriété de dérégler le système hormonal. C’est la raison pour laquelle ils favorisent les cancers du sein et de la prostate mais aussi l’infertilité et les malformations du fœtus, ainsi que le diabète, l’obésité et les maladies cardiovasculaires ; ils ont également une incidence sur les troubles du comportement et les retards à l’apprentissage.
En bonne logique libérale, on peut toujours prétendre que cette floraison de pathologies favorise la recherche et la bonne santé des laboratoires pharmaceutiques. Mais au bout du compte, si elle enrichit les actionnaires, c’est au prix du bien-être de leurs concitoyens, malades ou pas, qui perdent dans l’aventure une partie de leurs ressources, collectives ou pas, et surtout l’opportunité de consacrer lesdites ressources à la culture, à l’éducation, à l’épanouissement individuel.

image-4Back to paleolithic ?
Catastrophes climatiques, effondrement des récoltes ou simplement des rendements… D’après une récente estimation de la F.A.O. ce sont 35 à 122 millions de personnes supplémentaires qui pourraient avoir à souffrir de la faim avant 2030. Comme des circuits de vol organisé des récoltes se sont déjà mis en place, on peut aujourd’hui pressentir quels enjeux meurtriers les champs, les prés et les basses-cours deviendront bientôt. Si, dans les dix ans qui viennent, on ne met pas en place une politique résolue de la préservation de la sécurité alimentaire, comportant notamment un contrôle des prix par achat et revente, une surveillance des exploitations, un encouragement financier aux pratiques alternatives, avec restauration des sols et de la biodiversité, et c… ce n’est pas Caïn et Abel qu’on va rejouer ; c’est sur la case « fin de la civilisation » que les humains migreront. L’invention de l’agriculture a entraîné celle de l’anticipation donc du calcul, celle de la propriété donc de la loi, celle du commerce donc des métiers, celle du marché donc de la ville… Même l’écriture vient de là ; ça vaut donc la peine d’y réfléchir un peu sérieusement, non ?

Fin du productivisme
Le modèle économique libéral n’a pu se développer qu’en intégrant, dans son processus de production ou de distribution une ou plusieurs composantes de très faible coût. Ce seront, pour l’industrie, les énergies carbonées et la main d’œuvre bon marché, de la même manière que c’est, depuis le néolithique, l’eau et le soleil pour la production agricole.
Mais le productivisme pèse désormais sur ce qu’on continue à tenir pour « la bonne santé économique » et doublement : d’une part les ressources bon marché se raréfient, d’autre part la déstabilisation climatique prive abruptement telle communauté ou telle autre d’une ressource qu’elle tenait pour image-2acquise.
Les émeutes qui ont récemment éclaté à Bangalore, capitale du Karnataka – état du sud de la péninsule indienne – préfigurent les guerres de l’eau qui ne manqueront pas de se multiplier à mesure des modifications drastiques du régime des précipitations.
Généalogie de cet événement : la mousson a été faible ; le débit du Cauvery, l’un des fleuves qui alimentent la région, a baissé de façon importante ; les réservoirs qui se succèdent sur son cours ne sont au mieux remplis qu’à 40% de leur capacité. D’autre part l’état indien, confronté au boom démographique et à l’émiettement de la surface agraire, a encouragé la culture du riz, à la fois rentable sur de petites exploitations et susceptible d’assurer la sécurité alimentaire. Le problème, c’est que cette culture est gourmande en eau… Le Karnataka où est la source du fleuve, en retient donc le plus d’eau possible pour ses agriculteurs ; le Tamil Nadu qui compte utiliser l’eau du Cauvery pour l’irrigation de ses rizières, assiste à la quasi disparition du fleuve et porte plainte devant l’état fédéral ; celui-ci enjoint le Karnataka de rétablir un débit proportionné aux précipitations. Les agriculteurs du Karnataka qui, à leur tour, voient leurs rizières en péril, vont à la capitale pour piller ou détruire tout ce qui appartient à des ressortissants du Tamil Nadu. Deux morts.
En fait il n’y aura pas d’autres solutions, pour résoudre de tels conflits, que de poser ces ressources comme inappropiables et d’assurer leur juste répartition au moyen d’entités indépendantes extranationales. En attendant, une politique de prévention permettrait de limiter les impacts des pénuries : information, incitation à l’économie, pratiques alternatives.

Ces frênes qu’on abat
Un récent article publié par le C.N.R.S. qui tentait de caractériser les menaces qui pèsent sur les forêts, s’en tenait à la lenteur de leur migration vers le nord, sans jamais évoquer les espèces invasives. Après la graphiose de l’orme, la mineuse du marronnier, voici la chalarose du frêne. C’est, comme dans le cas de l’orme un micro champignon dont les spores nécrosent les feuilles, image-1faisant périr l’arbre en quelques années ; il faut souvent l’abattre assez vite avant que la chute d’une branche morte ne provoque un accident.
Dans le cas de l’orme, c’était le clonage intempestif commandé par la rentabilité qui avait fragilisé tout le parc. Ici c’est la religion du commerce – dite « mondialisation » – qui, en transportant les agents pathogènes d’un bout de la Terre à l’autre, finit toujours par leur offrir un riche biotope où les organismes parasités n’ont pas eu l’opportunité de développer des défenses. Dans le cas des virus – S.I.D.A., zyka – c’est la destruction de la niche écologique de l’hôte naturel qui va conduire le vecteur à chercher d’autres cibles.
Partout, sous toutes les formes possibles, la logique économiste poursuit ses ravages. Ça n’est pas par hasard. La récente tenue du « Salon de l’amiante » en donne une parfaite illustration. Après avoir, pendant des décennies, empoisonné des milliers d’ouvriers et d’utilisateurs avec le cancer de la plèvre, les professionnels du secteur se refont une santé par le « désamiantage » et les équipements garantis. Inventez une technique prometteuse, empochez les bénéfices, puis, dès que ça commence à sentir le roussi, réinvestissez dans le contre-feu ou l’industrie pharmaceutique.
Les peuples s’alarment ? Les politiques prennent le relais ? On fait du lobbying, voilà tout. Comment expliquer autrement que l’Accord de Paris ne prévoie aucune mesure de réduction des GES émis par l’aviation et la marine marchande ?
Les climats se dégradent, les récoltes s’effondrent, les émigrés tentent de trouver un lieu où survivre… mais les hyènes du « marché » ont commencé à spéculer sur les céréales. Il faut mettre à bas tout le système actuel de production et d’échanges ou il anéantira la plus grande partie de l’humanité.

Le lait, le marché, les fermiers
Une des bonnes choses de l’Union Européenne, première mouture, c’était l’instauration des quotas de production agricole… supprimés en 2015. Un fermier ne s’installait que s’il était sûr de pouvoir vivre de son travail. Aujourd’hui, avec les poncifs habituels des bienfaits du libéralisme, de la libre concurrence, de la « loi du marché » – méritant fort mal son nom puisque son essence, c’est au contraire la dérégulation – , les éleveurs mettent les uns derrière les autres la clef sous la porte. En Allemagne le prix de revient du litre de lait est de 45 centimes d’euro et il est racheté par la production et la distribution entre 20 et 25 centimes. Résultat : en image-2un an 3 500 agriculteurs y ont abandonné leur ferme. En France c’est Lactalis qui pousse au dumping du prix d’achat avec le même résultat : là aussi, les paysans sont saignés. Le déficit est permanent ; ils sont de plus en plus nombreux à abandonner leurs fermes, malgré les aides et subventions diverses. Quant aux intermédiaires, ça fait longtemps qu’ils spéculent à la baisse, à la fois en encourageant la surproduction – via le lobbying antiréglementaire – et en s’approvisionnant à moindre coût en Europe de l’Est. Tout ça pousse encore à la concentration et aboutit au modèle de la « ferme » dite « des mille vaches ».
Dans cette logique mercantile, deux choses sont inacceptables sur le plan politique :
1° On a laissé se développer un monopole, en l’occurrence celui de la distribution, dont le capitalisme des origines avait pourtant très tôt compris le danger ( loi anti-trust aux Etats-Unis).
2° On néglige encore une fois le caractère spécifique du produit alimentaire sur le marché, à savoir l’effet de King : abondance => prix tendant vers zéro ; rareté => prix tendant vers l’infini.
Dernière question : que donne ce modèle économique dans un contexte de déstabilisation climatique et d’effondrement des productions ? Rien de bon, évidemment. Il est grand temps de mettre en place une politique agricole à la mesure du défi climatique : 1° Maintenir le plus grand nombre d’agriculteurs en place par un revenu minimum garanti, afin à la fois d’assurer une production plancher et de constituer une banque de données la plus riche possible. 2° Préparer un système universel de régulation des prix (rachat des surplus ; remise sur le marché en période de pénurie) 3° Mettre en place un réseau d’échange des observations et expérimentations 4° Développer les pratiques agricoles résilientes (agroforesterie, agroécologie).
Dans la filière du lait, et ce n’est pas tout à fait par hasard, les seuls à s’en sortir sont les producteurs de lait biologique : un produit de meilleure qualité, que les consommateurs sont prêts à payer plus cher, obtenu avec moins d’intrants et distribué localement, par des circuits qui conservent une dimension militante et donc éthique.

Riches, pauvres et salauds en tous genres
Le 28 août 2016 on apprend l’existence d’un projet pharaonique de construction de 12 petites îles artificielles dans la baie de Benoa, à Bali. Il s’agit de monnayer l’attractivité de l’île en créant 700 hectares d’infrastructures de luxe et d’en tirer de juteux profits. Or non seulement cette baie mériterait d’être déclarée réserve naturelle, du fait de sa mangrove et de son récif corallien, mais encore elle est un lieu sacré de l’hindouisme balinais. Selon toute vraisemblance la concession du permis de construire image-7finalement accordée par les responsables politiques est le fruit de la corruption.
Les opposants ont beau faire valoir que l’île est déjà envahie par les touristes, que ce chantier détruira les pêcheries et affamera ceux qui en vivent, ça n’est d’aucun effet. Une fois empochée l’épaisse enveloppe…
La corruption n’est pas l’effet d’une perversité spécifique aux nations du Tiers Monde même s’il est vrai qu’elle résulte pour partie de la pauvreté. Quand un état n’est pas assez riche pour payer décemment ses fonctionnaires, ceux-ci complètent leur salaire en profitant de leur position ; voilà pourquoi quand on y circule en voiture, il est conseillé de glisser toujours un petit billet dans son permis de conduire ; une sorte d’octroi au fond. Alors évidemment plus on est placé haut dans la hiérarchie, plus on veut de billets. D’autre part l’habile promoteur a dû promettre aux richissimes touristes quelque chose de l’ordre : une île pour vous tout seul. Et quand on en a plein, des billets, à ne plus savoir qu’en faire, on veut en profiter, sans perdre une seconde à se préoccuper du sort du vulgum pecus.
Mêmes logiques dans l’abomination qui empoisonna Abidjan il y a exactement dix ans. La Suisse ne trafique pas seulement de l’évasion fiscale mais aussi des produits toxiques, sous pavillon panaméen, ça va de soi. Evidemment ça n’est pas au bord du lac Léman que la société Trafigura les entrepose mais en Afrique. Contre une compensation décente versée à qui il faut, on peut grosso modo les laisser où on veut… sauf dans les beaux quartiers, naturellement. Ce 19 août 2006, une fois la nuit tombée, ce sont des milliers de litres de produits toxiques qui sont déversés dans une dizaine de décharges de la capitale ivoirienne d’où s’élèvent bientôt des vapeurs suffocantes… toux, violentes céphalées, vomissements, vertiges. Au bout du compte, 17 morts et plusieurs milliers d’intoxiqués. Les malheureux survivants attendent toujours leurs indemnités… ils peuvent attendre longtemps ; ce sont évidemment d’autres salauds qui les ont mises dans leurs poches.

Serait-on, par hasard, en train de prendre le bon virage ?
Depuis 2013 l’entreprise Apple alimente la totalité de ses centres de données en énergie renouvelable, ainsi d’ailleurs que le font deux autres géants de l’informatique, Google et Facebook. Ça pourrait être du greenwashing amélioré mais il semble que cette option relève plutôt du « réalisme économique ».Image 2
Le plus réjouissant, à cet égard, c’est ce qu’a déclaré Tim Cook, directeur général d’Apple, lors d’une conférence. En substance : Si Apple investit dans l’énergie solaire, ça n’est pas par philanthropie ; c’est parce que c’est potentiellement une bonne affaire. L’entreprise compte en tirer de substantielles économies.
Boursicoteurs et capitaines d’industrie sont par nature sensibles à tous les indices anticipateurs d’événements à venir susceptibles d’avoir une incidence sur leurs revenus ou activités. Ceci dit, comme l’ont prouvé les récentes crises du « capitalisme financier », on n’est pas pour autant dans la pure rationalité ; il s’agit plutôt d’une stratégie ludique à joueurs multiples, potentiellement autoentretenue. Le prix du pétrole dégringole ; l’acteur économique de base y voit une opportunité d’augmentation de ses marges ; mais d’autres supputent l’abandon par d’autres « joueurs » des énergies fossiles, imaginant que ceux-ci détiennent des informations sur une taxation supplémentaire ou une possible interdiction ; ils leur emboîtent le pas – du moins le croient-ils – et entament leur transition écologique. Le prix du pétrole baisse encore…
Tout ça fait que la puissance publique serait bien inspirée de confirmer ces subtiles analyses en donnant, à titre d’indices, de discrets coups de pouce fiscaux, sous une forme ou une autre. Ce n’est pas en effet la brutalité réglementaire qui est susceptible d’entraîner les investissements conséquents de l’acteur économique qui pense devancer ses semblables.

Faire avec
C’est l’intérêt qui mène le monde ou, plus exactement on n’obtient rien de durable, ni des peuples ni des individus, seulement avec le bâton ; il y faut aussi la carotte.
C’est ainsi que l’Union européenne a cru judicieux d’ intégrer le commerce des permis à polluer dans son Image 1plan global d’engagement à réduire ses émissions de G.E.S. Des trafics ayant déjà eu lieu sur ces « titres », il est urgent de mettre en place un système de contrôle qui permettra de les restituer à leur fonction première : engendrer une prime au bénéfice des états qui feront, dans la mise en place de ces réductions, les efforts les plus rapides ou les plus conséquents.
L’assureur Generali – et c’est un signe positif – a décidé, sur le modèle de l’assurance auto, de mettre en place un système de bonus pour ceux de ses assurés qui ont opté pour une nourriture à base de produits biologiques et ont une activité physique régulière. Là encore les contrôles seront nécessaires.
La transition 3E (écologique, énergétique, économique) ne pourra s’accomplir qu’à la condition de prendre pied dans l’économie réelle ; ça n’est pas sans risque, comme l’ont montré les trafics cités précédemment. Et ça suppose un minimum de bonne foi des uns et des autres, dès lors qu’on ne peut pas mettre un gendarme derrière chaque citoyen ou un mandat international derrière chaque état. Enfin il y a des cas où ça n’est pas nécessaire ; qui croit un seul instant Poutine quand il prétend que des terroristes ukrainiens fomentent des attentats en Crimée ? Jusqu’à nouvel ordre –politique en particulier – tout ce que dit le gouvernement russe est faux. C’est l’inconvénient de mentir : on ne vous croit plus jamais. Qu’on fasse la même chose sur la transition 3E : un état tricheur exporte nécessairement des marchandises à 0% de réduction qui seront donc imputées pour moitié à l’importateur… C’est le bâton ; il en faut aussi.

Pour une politique résolue de la sécurité alimentaire
En France, dans certaines régions, les pluies diluviennes du printemps 2016 ont anéanti un tiers de la récolte de blé tendre ; les épis sont par ailleurs de mauvaise qualité. La loi du marché continuant deImage 1 régner sans partage (ainsi que le prouve l’organisation récente d’un « Salon des Professionnels de l’Amiante » !) et la récolte ayant été acceptable ailleurs, les importations vont permettre aux producteurs de fournir la marchandise à prix de revient constant. Les céréaliers auront probablement des compensations de la part de leurs compagnies d’assurances. Et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possible… exceptés les délais de remboursement trop longs pour les agriculteurs qui doivent déjà préparer l’année prochaine… Et puis la production mondiale est globalement en baisse, comme cela s’était déjà produit en 2012.
Que se passera-t-il l’année où la récolte sera mauvaise chez tous les producteurs ?
Cette année-là surviendra inévitablement ; cette année-ci est donc l’occasion de mettre en place des mesures conservatoires pour l’avenir. Par exemple instaurer une taxe alimentaire sur les émissions de GES, taxe qui permettrait de maintenir les agriculteurs en place quels que soient les aléas climatiques, de façon à assurer des récoltes plancher et, dans le même temps, à pénaliser ceux qui continuent à alimenter la déstabilisation climatique. Ou encore supprimer la taxe sur le foncier non bâti, dès lors qu’il est cultivé. Des banques alimentaires permettraient de maintenir, à partir des réserves constituées les années d’abondance, un prix raisonnable aussi bien pour les producteurs que pour les acheteurs ; la part la plus ancienne de ces réserves serait vendue aux nations déficitaires une année avant la péremption.

Pourquoi pas des tribunaux citoyens de consomm-acteurs ?
Ce serait la possibilité de juger du pouvoir pathogène d’un de ces produits importés de force, de prendre la décision de l’extirper des circuits de distribution en mettant simultanément en alerte tous les réseaux possible afin qu’il cesse d’être Image 1consommé le plus tôt possible. Si par ailleurs il n’est pas ôté du marché dans des délais raisonnables, ces tribunaux citoyens pourraient décider d’étendre le mouvement de boycott à d’autres produits du même fabricant, pour commencer ; aux points de vente du même distributeur ensuite.
Ce qu’il faut : un réseau d’alerte, un lieu pour se réunir, des copies des études incriminantes et un peu de temps. Si l’on est rigoureux, quelques heures mensuelles sont suffisantes.
Et qu’on ne dise pas que ce n’est pas sérieux ; contourner les gouvernements légitimes et le suffrage populaire afin d’instaurer des pseudo tribunaux à la botte des industriels de l’agro-alimentaires, le tout pour contraindre les gens à consommer des produits toxiques, c’est sérieux ?
Evidemment, il y a plus rapide et plus efficace : consommer bio, exclusivement, et local, si possible. C’est plus cher ? Pas si on devient végétarien, ce qui est de plus une bonne chose pour la limitation des émissions de GES et, par conséquent, l’avenir des générations montantes.
Ce qui est génial, dans la pensée universelle écologiste, c’est que le prototype existe déjà : le tribunal citoyen international Monsanto se réunira en novembre 2016 à la Hague afin de juger Monsanto qui devra répondre de l’accusation d’écocide. Font partie du comité d’organisation : Vandana Shiva, Corinne Lepage, Marie-Monique Robin, Olivier de Schutter, Gilles-Eric Séralini, Hans Herren. Mais pour le local Mme et M. Toutlemonde feront fort bien l’affaire.

La politique de l’UE ou Machiavel en enfant de chœur
Dans un article de Laetitia Van Eeckhout paru dans Le Monde du 10 mai 2016 nous apprenons avec une certaine stupéfaction que la Commission Européenne a publié dans son journal officiel du 26 avril le nouveau seuil autorisé d’émission des oxydes d’azote, à savoir plus de deux fois le plafond autorisé dans l’UE par la norme Euro 6 actuellement en vigueur (< 80 mg/km parcouru).
Dans un premier temps le citoyen européen un tantinet averti, conforté dans son intuition par le plan de réduction des émissions desdits NOX (2016 < 168 mg/km ; 2020 < 120 mg/km ), pense « réalisme économique » ou, s’il est plutôt pessimiste, lobbying des constructeurs diesel.
Seulement les princes qui nous gouvernent dans l’ombre ne s’arrêtent pas là.
Sur ce vieux continent qui a inventé la démocratie et les Droits de l’Homme, nos rutilantes institutions – ou plutôt ceux qui en tirent les ficelles – nous traitent comme des métèques dépourvus de droits réels. Peuples enfants que nous sommes encore à leurs yeux, nous devrions continuer à inhaler les microparticules qui nous empoisonnent tout en payant les amendes que nous sommes censés leur reverser pour pollution excessive. Citation : « La Commission européenne a entamé des procédures Image 15d’infraction contre sept grands Etats membres, dont la France qui, en juin 2015, a été mise en demeure en raison du non-respect des normes de concentration de N2O dans 19 zones. »… alors que s’agissant des allégations mensongères de Volkswagen, The Guardian a révélé que la Commission européenne en avait connaissance depuis 2010 ; prime au tricheur, par conséquent.
Que signifie cette sophistique sinon qu’il faut paraître représenter l’intérêt général – en l’occurrence la santé publique – tout en préservant, fût-ce au prix de quelques milliers de morts par an, ce que ces gens tiennent pour le primordial, l’économie libérale, dont ils continuent à penser, dans leur abrutissement et en dépit des démentis que le réel leur inflige quotidiennement, qu’elle mène le monde en tout légitimité ? Et puis ce Moloch se nourrit quand même en France de 48 000 décès prématurés chaque année…
L’urgence, c’est de reconquérir la démocratie ; mais ce serait une illusion de plus de croire en un parti providentiel. Cette reconquête, il faut l’accomplir un par un, pas à pas, d’abord avec les outils dont nous disposons, ensuite en en inventant d’autres. S’agissant de la pollution automobile, Anne Hidalgo et 20 autres maires de grandes villes européennes ont porté plainte contre cette remise en cause de la loi devant la Cour européenne de justice de l’UE. On peut se tenir au courant de cette initiative sur le site Respire, en suivre et en proposer d’autres.

Climate angels and devils ; let’s start to pin them up !
Angels and devilsAngel, Barack Obama qui a tout fait pour valider son Clean Power Plan. Devils, les membres de la Cour suprême des Etats-Unis qui l’ont suspendu. Angel, Jamie Henn qui dénonce les menées des leaders des états charbonniers. Devil, Mitch McConnell qui renonce au climatoscepticisme mais plaide maintenant l’intérêt économique pour s’opposer à ce plan. Finalement Platon avait raison : il existe un rapport essentiel entre le faux et le mauvais.
Angels, les cent entreprises qui ont publiquement apporté leur soutien à l’Accord de Paris et se sont engagées solennellement à réformer leurs pratiques dans le sens de la réduction de leur empreinte carbone (parmi lesquelles Ikea, Mars, Kellogg, Hewlet Packard, Starbucks). Devils, Suncor, Engie et les autres entreprises compulsionnelles de l’exploitation du pétrole de sables bitumineux ou du gaz de schiste
Angels, Bill Gates et les dix autres finalistes du prix Virgin Earth qui ont financé des initiatives de captation du dioxyde de carbone. Devils, les 53% de Républicains américains qui ne « croient » toujours pas à la déstabilisation climatique (qui pensent, en fait, qu’il est naturel que « les meilleurs » l’emportent mais qui sont trop débiles pour réaliser que si leur modèle triomphait, ils seraient condamnés à regarder pousser des légumes dans des serres souterraines le reste de leur vie).
Angels, Paris, Oslo, Copenhague et quelques autres villes, qui ont ôté de leur portefeuille toutes les actions et obligations finançant les énergie fossiles ; devils, toutes celles qui ne l’ont pas encore fait… parce qu’elles continuent à tabler sur la civilisation des énergies fossiles et que simplement en le faisant, elles en prolongent l’existence.

Tout ce qui survient…
survient sous une certaine forme. Cette forme est généralement déconcertante pour la pensée conceptualisante, clivante et Image 1essentialiste. Il n’y a pas de pur événement. Par exemple, il y a trois décennies, on a compris avec certitude que l’émission, via les systèmes réfrigérants ou propulseurs, des C.F.C. (chlorofluorocarbures), allait durablement attaquer la couche d’ozone (O3) qui nous protège des rayonnements solaires destructeurs. Ce qu’on n’avait pas prévu, c’est que cette destruction prendrait la forme d’une déplétion polaire saisonnière. Surgissement, par conséquent du « trou dans la couche d’ozone ». Ce qu’on n’avait pas estimé, c’est que cette déplétion aggraverait l’effet de serre additionnel, d’une part par les molécules de remplacement qui s’avèrent être des G.E.S., d’autre part par l’impact sur la végétation des UV B et C qui atteignent désormais le sol aux hautes latitudes. Plus grave encore : en inhibant la croissance du phytoplancton, ce rayonnement ultraviolet supplémentaire, premier maillon des chaînes alimentaires, retentit directement sur le puits océanique de carbone, déjà réduit par l’acidification de l’eau consécutive à l’augmentation du dioxyde de carbone dissout, laquelle atteint le krill et les ptéropodes qui constituent justement le deuxième maillon de ces chaînes. Sans parler de l’oscillation du vortex polaire, engendré, semble-t-il, par des modifications des courants marins et aériens, et qui promène l’œil ultraviolet du cyclope en Europe du Nord, au Canada, en Patagonie et en Australie du Sud. Une autre urgence, alors : apprendre à penser la complexité.

Si tous les diabétiques de type 2 devenaient végétariens, on sauverait le monde !

En France le coût annuel de cette pathologie est de 20 milliards d’euros pour 3,5 millions de malades déclarés. On estime queImage 1 ce chiffre atteint 21 millions pour l’ensemble de l’Europe. Si l’on déduit les Français et qu’on reporte le même coût, on atteint 102 milliards d’euros. Là on ajoute les Français et ça donne 122 milliards d’euros, soit quasiment le montant annuel du fonds vert qui rendrait possible la transition énergétique dans le Tiers Monde. With the North America 2 diabetics, on double la mise !
Résumons-nous : nos diabétiques rétablissent un métabolisme sain en cessant d’avaler des graisses ; ils se débarrassent de leur obésité. Les fonds disponibles permettent aux junior enterprises de développer des technologies sans GES qu’elles vont expérimenter gratuitement dans les P.M.A. Dès que ça marche, elles les commercialisent dans les P.D. On réussit à rester sous + 2°C et les enfants du monde récupèrent leur avenir.
Allez, au régime !

A propos de la transition énergétique

Il faut le dire et le redire : l’énergie nucléaire est, comparativement aux énergies fossiles, un moindre mal.
C’est néanmoins un mal et pour plusieurs raisons :
– les déchets : les plus toxiques ne seront retenus qu’une centaine d’années par les sarcophages de verre, un peu plus par la « barrière géologique » ; or certains ont des demi-vies de plusieurs millions d’années…
– le budget : Superphénix a été arrêté à temps mais le coût de l’E.P.R. s’envole, pour le moment du fait de défauts dans la construction des cuves, sans préjuger de la « pilotabilité » ultérieure du MOX.
Image 5– la vétusté du parc : la plupart des réacteurs auraient dû être mis à l’arrêt il y a 10, 15 ou 20 ans. La corrosion de l’alliage sous licence Westhinghouse, l’Inconel 600, rend hautement probable l’explosion d’un générateur de vapeur, avec dispersion de l’eau du circuit primaire dans l’environnement.
Ceci dit, on ne parviendra pas à effectuer la transition par une conversion pure et simple aux énergies renouvelables et, là encore, pour plusieurs raisons :
– le coût : nucléaire : 49,50 € par mégawattheure, hydroélectricité : 15 à 20 €, éolien : 69 €, solaire : 236 à 406 € (rapport de la Cour des Comptes 2012).
– l’intermittence : c’est le problème crucial des énergies renouvelables. Elles ne sont véritablement utilisables que moyennant la mise en place de procédés de stockage qui, pour l’essentiel, restent encore à inventer.
A partir de ces données, il est possible de circonscrire les bases d’une stratégie de la conversion :
– le premier gisement d’énergie, ce sont les économies. La puissance publique devra donc continuer à les encourager de toutes les façons possibles ; on estimait il y a quelques années qu’elles représentaient potentiellement 30 % de l’énergie dépensée.
– la mise en service des réacteurs au thorium est indispensable si l’on veut éviter qu’un accident majeur n’induise, consécutivement au traumatisme de l’opinion, le retour des centrales au charbon. Ces réacteurs sont faciles à élaborer, à coefficient de vide négatif, auto nettoyants et faiblement radioactifs. A cet égard la discrète mention de Corinne Thérond-Koos (Institut Montaigne) aux « Small Modular Reactors (SMR) » dans l’interview récemment donné à l’Usine nouvelle, pourrait anticiper un infléchissement de la politique d’ERDF à ce propos.
– la complexification du réseau. le problème qui surgira inévitablement pour les EnR dans le contexte de la déstabilisation climatique globale, c’est qu’elles deviendront de plus en plus aléatoires. On peut y parer
1° en combinant plusieurs formes en fonction des potentialités locales. Ici El Hierro est exemplaire avec ses éoliennes et son lac de retenue ; ailleurs on utilisera le solaire, la géothermie, la marée… mais toujours avec le souci de combiner les sources et d’intégrer au mieux les ressources locales.
2° en raccordant toutes les formes de production à un réseau intelligent qui tantôt absorbera l’énergie excédentaire en la rémunérant, tantôt fournira ponctuellement une zone déficitaire par rapport à sa demande habituelle.

Du principe du « pollueur payeur » à l’effet pollueur payé ?

Dans le souci louable de limiter les émissions de G.E.S. tout en étant en prise avec « l’économie réelle » mais sans ralentir le « moteur de la croissance », l’Union Européenne a institué en 2005 le système des quotas d’émission : chaque installation industrielle émettrice se voit allouer une certaine quantité autorisée de tonnes de CO2. Si elle dépasse ce quota, elle doitImage 1 racheter des droits équivalents sur le « marché du carbone » qui se met alors, de facto, en place. Si elle réduit ses émissions par rapport à la norme fixée par l’autorité publique, elle peut revendre sur le marché les droits qu’elle n’a pas utilisés.
Cette institution a engendré des effets pervers :
– de pseudos installations (usines désaffectées ou en voie de liquidation, donc avec zéro émission), permettent aux propriétaires, au prix de quelques salaires résiduels, d’engranger de fructueux bénéfices tout en liquidant de l’emploi. Le cimentier Lafarge est passé maître en la matière puisqu’entre 2009 et 2014, grâce à l’ensemble de ses sites désaffectés et au prix de 6 € la tonne, ce ne sont pas moins de 485 millions d’€ qui sont ainsi entrés dans ses caisses. Dans le même temps quand le PDG de Lafarge décide de licencier pour maximiser ses profits, il allègue les contraintes réglementaires écologiques trop fortes… De plus mauvaise foi, tu meurs !
– cette allocation gratuite d’un droit à polluer, sous forme de quotas commercialisables – engendre un déplacement de l’intention initiale – induire la mise en place de techniques correctrices – vers une économie de la spéculation.
Ceci dit, il n’est pas certain que son impact soit finalement négatif. D’une part elle induit la fermeture ou l’inactivité progressive de structures effectivement émettrices en matière de CO2 ; d’autre part celles des entreprises qui sont responsables, pourront investir l’argent récupéré sur la vente des quotas non utilisés dans des modes de production non émetteurs de GES, compensant ainsi l’emploi perdu dans le secteur initial par celui qu’elles créeront dans ces nouvelles technologies. Ce mouvement de conversion a pu être favorisé, dans tel pays ou tel autre, par la mise en place de la taxe carbone. Cependant celle-ci serait probablement plus efficace si elle était également répartie entre le producteur et le consommateur. Enfin on encouragerait fortement ce comportement vertueux par des contrôles systématiques.

Du temps qu’il fait et de quelques unes de ses causes et conséquences…

L’Islande, à l’aplomb de la dorsale médio- atlantique, est probablement l’endroit au monde le plus actif sur le plan volcanique. On se souvient des phases éruptives de l’Eyjafjöll en 2010 et chacun a pu apprécier leur impact immédiat avec l’interruption du trafic aérien en Europe. Pour le plus long terme, c’est une autre histoire…
Les poussées qui traversent les immenses chambres magmatiques du sous-sol islandais empruntent l’une ou l’autre bouche éruptive, provoquant à l’occasion des jökulhlaups, inondations catastrophiques résultant de la fonte brutale du glacier qu’elles traversent.
Le volcan Katla n’est pas moins redoutable que l’Eyjafjöll.
Le 8 juin 1783 il est entré en éruption en empruntant le cratère Laki. Ça va durer pendant des mois, jusqu’en février 1784, Image 2avec des millions de tonnes de cendres répandues partout : un brouillard sulfuré qui empêche de respirer et qui confisque partiellement l’ensoleillement avant de modifier temporairement le climat. En Islande 80 % des animaux d’élevage périssent et 20% des Islandais ne survivent pas ; d’abord asphyxie et puis famine. Mais ces cendres vont aussi recouvrir une partie de l’Europe du Nord. Il est probable que, comme en 2010 avec l’Eyjafjöll, un puissant anticyclone stationnaire en Atlantique nord a durablement maintenu un vent de Nord Ouest.
1783, 84, 85 : trois hivers très rigoureux en France ; mauvaises récoltes dans les vignes de Champagne les deux premières années, mais partout exceptionnelles en 1785.
1786, 87 : il fait froid et les vendanges sont tardives et médiocres ; hausse du prix du vin. On estime qu’à cette époque, un Français en buvait en moyenne 100 litres par an…
1788 : hiver doux, printemps frais. Échaudage des blés en mai et juin id est dessèchement avant terme ; récoltes catastrophiques.
Et puis c’est le 13 juillet, le 13 juillet 1788. La veille un vent d’orage a déraciné un millier de pommiers en Normandie. Cette fois c’est un orage de grêle d’une violence inconcevable qui ravage tous les champs de blé, de froment et de lin sur tout le nord de la Loire ; au sud, une sécheresse infernale ; on vendange longtemps à l’avance – comme aujourd’hui – pour ne pas perdre le raisin…
Les grêlons sont tellement énormes qu’ils pulvérisent les tuiles et tuent les animaux des bois. Le prix des grains s’envole dès le mois d’août.
Là-dessus un hiver glacial. Il gèle à Paris pendant près de 3 mois ; le prix du bois de chauffage est multiplié par 2. A la Saint Sylvestre, on enregistre -22°C à Paris et -30°C en Alsace.
Printemps 89 : émeutes de la faim à Aix, Besançon et Amiens. A Marseille le 30 avril les émeutiers donnent l’assaut aux trois forts militaires ; l’un des commandants est tué.
Juillet 89, Paris : aucun sac de grain n’a passé la barrière de l’octroi depuis plusieurs jours. Les Parisiens qui ont vu arriver dans la capitale le Royal allemand, craignent un coup de force royal auquel préluderait le blocage des grains. Ils se sont armés partout où ils pouvaient.
Trois jeunes gens, le ventre vide, errent sur le boulevard Saint Antoine ; ils ont volé des mousquetons dans une armurerie. Le premier dit « Venez, les gars : on va prendre la Bastille ! » ; le deuxième rit ; le troisième dit « Pourquoi pas ? »
Dernière précision : la fonte du glacier, en diminuant la pression, fait passer le magma du volcan sous-jacent de la phase solide à la phase liquide, ce qui accroît son volume et sa température, augmentant ainsi le risque d’éruption.

C.D.P. ou le pari de l’émulation

Ces initiales signifient Carbon Disclosure Project – autrement dit Projet de publication des émissions carbone – et désignent une entreprise à but non lucratif qui s’est assigné pour tâche d’inciter les entreprises et les municipalités à rendre public leur bilan en matière d’émissions de G.E.S. Initialement, du moins. Car CDP a ouvert deux autres programmes : l’un relatif à la déforestation et l’autre, à la gestion de l’eau.
Ce qui est remarquable dans cette initiative – elle a d’ailleurs été conçue dans ce but – c’est qu’elle est probablement plus efficace que des mesures de rétorsion gouvernementales. Si vous êtes bien noté par CDP vous attirerez des investisseurs et pas CDPseulement pour des motifs publicitaires. Et puis en donnant la préférence à des fournisseurs eux-mêmes efficaces dans la réduction de leurs émissions, vous améliorez encore votre bilan, attirant ainsi de nouveaux investisseurs.
Comment réalise-t-on ce prodige ? D’abord avec de solides donateurs, style Rockfeller ; ensuite avec une armée d’informateurs et d’analystes ; enfin avec des rapports réguliers et précis, disponibles sur simple demande. Ajoutons à cela que la justice américaine vient de prendre des dispositions pour sanctionner les entreprises qui éditent des bilans mensongers.
Parce que les fondateurs de CDP ont compris très vite à la fois l’impérieuse nécessité de réduire les émissions de G.E.S. et celle, non moins contraignante, d’éviter les délocalisations par des mesures réglementaires brutales, leur ingénieux système pourrait bien constituer la meilleure façon de réaliser la transition écologique tout en optimisant la transition économique, ce qui signifie entre autres choses, en limitant les impacts sociaux.
Mais peut-être faut-il finalement avancer en utilisant ses deux jambes : commencer par encourager puis, quand le gros du peloton a suffisamment avancé, brandir la trique pour faire accélérer les traînards.
Last but not least : le site de C.D.P., où l’on trouvera – après une inscription gratuite – tous les renseignements nécessaires, a besoin d’un traducteur pour la version française.

De la transition juste

Cette notion nouvelle, qui apparaît dans le préambule à l’Accord de Paris, est appelée à jouer un rôle déterminant dans les politiques à mettre en oeuvre pour éviter la catastrophe climatique. Transition énergétique d’abord, économique ensuite. Image 3L’anéantissement des organismes terricoles, l’épuisement des réserves minières de phosphate ou de métaux rares, ont commencé à rendre visibles les limites du modèle actuel. Mais les travailleurs qui ont édifié les fortunes dont jouissent aujourd’hui les actionnaires ne doivent pas en constituer la variable d’ajustement. Il faut que cette transition soit juste, c’est-à-dire qu’elle permette à chacun de survivre dans des conditions décentes. Autrement dit, il faudra, d’une façon ou d’une autre, débloquer les fonds nécessaires à la reconversion professionnelle de ceux qui, du fait de cette transition, vont perdre leur emploi, à commencer bien sûr par les salariés des secteurs miniers et des centrales carbonées. Ceci ne se fera pas sans mal mais toute recherche de ce qui est juste est, par nature un arbitrage. Et puis il faut savoir qu’à terme, quand chacun gagnera moins bien sa vie, tous auront accès à des biens de base à n’acheter qu’une seule fois et, en tablant sur une politique intelligente, à des loisirs constructifs, hors de la télévision qui rend ses spectateurs otages de la publicité dans la solitude du désir compensatoire et entretenu de la consommation à outrance.

Capitalisme et dérégulation

Image 1Dans un ouvrage magistral (malheureusement paru en 1944), « La grande transformation », Karl Polanyi a montré comment le marché sacralisé du libéralisme s’érige en entité indépendante et toute puissante, dictant ses lois à la société dans laquelle il n’était originairement qu’un système d’échanges étendu.
Comme il l’a dit très justement, «… l’idée du marché s’ajustant lui-même était purement utopique. Une telle institution ne pouvait exister de façon suivie sans anéantir la substance humaine et naturelle de la société, sans détruire l’homme et sans transformer son milieu en un désert. »
Allons plus loin : l’essence même du libéralisme économique, c’est la dérégulation. Ceci s’entend au sens où l’économie de marché se développe à proportion des règles sociales et des régulations naturelles qu’elle fait disparaître. Habituellement elle procède à la « marchandisation » (intrants agricoles alternatifs aux services autrefois procurés par l’écosystème, objets substitutifs de rapports humains). La plupart du temps elle implique une dégradation (circuits privatisés toxiques de distribution de l’eau ; obsolescence programmée des appareils électroménagers). Enfin elle est déshumanisante, opposant, dans un monde où elle est devenue hégémonique, les obèses aux affamés, ceux qui sont assujettis à la consommation à ceux dont on a détruit les cultures vivrières au profit de productions rentières.

Le roi est nu

Les réformes de l’économie réelle ne seront possibles que si, d’une façon ou d’une autre, on interdit l’économie de la spéculation. Il ne s’agit pas seulement de la bourse ou des traders au millième de seconde. Un exemple récent montre comment une entreprise peut engranger des bénéfices en spéculant sur les quotas d’émission de G.E.S. ce qui, on en conviendra, est un comble. La base : le système d’échange des quotas, initialement destiné à soutenir une transition énergétique à la fois efficace et non pénalisante. Comment s’y prend-on ? Trois « options » :Image 2
– on se fait allouer des quotas gratuits et on les revend.
– à partir des mêmes quotas gratuits, on répercute sur le consommateur une taxe carbone illégitime.
– on spécule sur les quotas, les achetant quand ils sont bon marché et les revendant quand leur prix a monté.
Tout ceci a-t-il, en quoi que ça soit, incité ces entreprises à revoir leur mode de production dans le sens d’une réduction de leurs émissions ? Nullement ; ce serait un investissement coûteux. Par contre l’organisation Carbon Market Watch qui a mené cette enquête, estime qu’entre 2008 et 2014 ce détournement a engendré un pactole global de 24 milliards d’euros.
Qui paye, au bout du compte ? Le contribuable européen, et pas seulement avec son portefeuille ; c’est aussi son avenir qu’on lui confisque. C.M.W. appelle avec raison à une réforme drastique de ce système.

Pour une économie coopérative de transition

L’économie de la concurrence est particulièrement inadaptée aux transitions indispensables, énergétique et écologique. Prendre l’initiative de réformer sa production de façon vertueuse engendre inévitablement pour l’entreprise qui s’y lance, Image 4une augmentation des coûts et un désavantage commercial. Parallèlement ces transitions sont indispensables mais elles ne sont réalisables que si elles s’articulent sur la réalité économique. D’un autre côté, quand tous les clients seront morts, on ne pourra plus vendre… Philippe Lukacs* a proposé une solution originale pour résoudre cette équation. Très schématiquement :
– Les entreprises d’un secteur défini se regroupent et passent un contrat par lequel, pendant toute la durée de l’investissement dans la recherche et développement, elles s’engagent à mutualiser l’information et à pratiquer les mêmes prix de vente.
– La durée de cette phase collaborative est définie à l’avance. A son terme, une fois les objectifs atteints, chacun reprend ses billes et retrouve les lois du marché.
Le consortium Mobilité Hydrogène France (devenu l’APHYPAC) a été constitué sur cette base. Son aboutissement – la réussite du projet en matière de transition énergétique dans les transports – est naturellement tributaire de la mise en place d’un marché du carbone.
* Stratégie pour un futur souhaitable, Dunod, 2008.

Pour en finir avec l’économie de la dévastation

C’est la chrématistique qui soustrait le numéraire au système des échanges et en fait une fin en soi. Dès lors « investir », comme on dit, c’est escompter un enrichissement. Mais dans la surenchère Image 4qu’engendre nécessairement cette nouvelle façon de produire, la richesse, devenue fin en soi, ne peut se maintenir qu’en s’accroissant. C’est, comme on dit encore, l’effet du libre jeu de la concurrence. Or dans une telle configuration, la première loi de la subversion des échanges naturels, c’est, directement engendrée par la recherche du profit maximum, celle de la dégradation. Dégradation de la marchandise, dégradation des conditions de production, dégradation de l’environnement.
Pour désamorcer cette dynamique, il suffit de cesser de « consommer », id est s’en tenir au strict nécessaire, réparer autant que faire se peut et faire don solidaire de l’argent qu’on n’utilise pas ou, du moins, le vouer à financer le développement durable. C’est la sobriété choisie. Et elle ne date pas d’hier…C’était autrefois l’école du jardin.

Pas trop difficile d’apercevoir le cap : il est derrière nous.

Au départ, c’est une blague anti écolo à la con. Incipit :
A la caisse d’un supermarché, une vieille dame choisit un sac en plastique pour mettre ses achats.
La caissière lui reproche de ne pas se mettre à l’écologie et lui dit :
– Votre génération ne comprend tout simplement pas le mouvement écologique. Seuls les jeunes vont payer pour la vieille génération qui a gaspillé toutes les ressources !
La vieille femme s’excuse auprès de la caissière et explique :
– Je suis désolée, il n’y avait pas de mouvement écologiste de mon temps.
Alors qu’elle quitte la caisse, la mine déconfite, la caissière ajoute :
– Ce sont des gens comme vous qui ont ruiné toutes les ressources à nos dépens. C’est vrai, vous ne considériez absolument pas la protection de l’environnement dans votre temps.

Image 1Mais la suite prescrit exactement ce à quoi il faudrait parvenir pour préserver l’avenir :
Alors, un peu énervée, la vieille dame fait observer:
– A cette époque on retournait les bouteilles de verre. Le magasin les renvoyait à l’usine pour être lavées, stérilisées et remplies à nouveau. Les bouteilles étaient recyclées, mais on ne connaissait pas le mouvement écologique.
Elle ajoute :
– De mon temps, on montait l’escalier à pied : on n’avait pas d’escaliers roulants et peu d’ascenseurs. On ne prenait pas sa voiture à chaque fois qu’il fallait se déplacer de deux rues : on marchait jusqu’à l’épicerie du coin. Mais, c’est vrai, on ne connaissait pas le mouvement écologiste.
On ne connaissait pas les couches jetables : on lavait les couches des bébés. On faisait sécher les vêtements dehors sur une corde. On avait un réveil qu’on remontait le soir.
Dans la cuisine, on s’activait pour préparer les repas ; on ne disposait pas de tous ces gadgets électriques spécialisés pour tout préparer sans efforts et qui bouffent des watts autant qu’EDF en produit.
Quand on emballait des éléments fragiles à envoyer par la poste, on utilisait comme rembourrage du papier journal ou de la ouate, dans des boîtes ayant déjà servi, pas des bulles en mousse de polystyrène ou en plastique.
On n’avait pas de tondeuses à essence autopropulsées ou autoportées : on utilisait l’huile de coude pour tondre le gazon.
On travaillait physiquement ; on n’avait pas besoin d’aller dans un club de gym pour courir sur des tapis roulants qui fonctionnent à l’électricité.
Mais, c’est vrai, on ne connaissait pas le mouvement écologiste. On buvait de l’eau à la fontaine quand on avait soif. On n’utilisait pas de tasses ou de bouteilles en plastique à jeter. On remplissait les stylos dans une bouteille d’encre au lieu d’acheter un nouveau stylo. On remplaçait les lames de rasoir au lieu de jeter le rasoir entier après quelques utilisations.
Mais, c’est vrai, on ne connaissait pas le mouvement écologiste.
Les gens prenaient le bus, le métro, le train et les enfants se rendaient à l’école à vélo ou à pied au lieu d’utiliser la voiture familiale et maman comme un service de taxi 24 H sur 24.
Les enfants gardaient le même cartable durant plusieurs années, les cahiers continuaient d’une année sur l’autre, les crayons de couleurs, gommes, taille-crayon et autres accessoires duraient tant qu’ils pouvaient, pas un cartable tous les ans et des cahiers jetés fin juin, de nouveaux crayons et gommes avec un nouveau slogan à chaque rue. Mais, c’est vrai, on ne connaissait pas le mouvement écologique !
On n’avait qu’une prise de courant par pièce, et pas de bande multiprises pour alimenter toute la panoplie des accessoires électriques indispensables aux jeunes d’aujourd’hui.

Principe d’équivalence : le temps perdu à travailler pour acquérir tous les gadgets, petits ou gros, vantés par la publicité, est formellement équivalent au temps que ces gadgets nous permettent de gagner. Seulement l’ancienne manière de faire préservait à la fois la santé, l’environnement et l’avenir commun. Ce n’est pas le cas du capitalisme consumériste.

Pour une cure de désintoxication volontaire
La COP 21 s’est bien terminée, d’une part parce qu’elle a abouti à un accord universel, d’autre part parce que, pour la première fois dans son histoire, l’humanité y a pris la décision symbolique de s’engager dans la décarbonation de ses activités. Par ailleurs un nombre significatif de collectivités locales, saisissant la position cruciale qu’elles occuperont dans cette conversion, se sont dores et déjà engagées dans les mutations requises. Image 2
Restent pourtant deux échecs : d’une part le fonds vert n’est abondé qu’à 85 % de son montant initial (il manque donc encore 15 milliards de dollars de promesse de don annuel à courir à partir de 2020) ; d’autre part le marché du carbone – qui devait à la fois inciter les entreprises à cette conversion et récompenser celles qui l’avaient entreprise – n’est toujours pas mis en place.
Pourquoi, ici comme ailleurs, la société civile ne prendrait-elle pas les devants ? Supposons que chacun commence par calculer son « poids carbone », puis verse une contribution au fonds vert sur la base d’un prix du kilo de carbone. L’amplification d’une telle initiative – par exemple par l’intermédiaire d’un rassemblement local des contributions puis d’une ONG qui grouperait ces fonds pour les reverser à l’O.N.U. – n’aurait que des effets positifs :
– majoration du fonds vert et, par là, renforcement de la solidarité avec les nations victimes, directes ou indirectes, du développement fossile.
Image 3– dans le même temps, accélération des processus d’adaptation dans les P.M.A. (à condition de mettre en place un système de distribution anti-corruption).
– éducation des contributeurs et, de proche en proche, d’orbes de plus en plus nombreuses de la population ; rupture symbolique avec les pulsions consuméristes.
– par la soustraction du numéraire correspondant au système des échanges locaux, incitation des gouvernements à débloquer une part contributive croissante.
– impulsion donnée aux exécutifs locaux pour adapter les systèmes de transport en commun, revoir les circuits de distribution de nourriture, amender l’habitat, et c… Les membres de l’association pourraient convenir avec ces autorités locales que le gain carbone procuré par ces transformations serait réinvesti dans le développement humain (structures culturelles, activités créatives, universités populaires, et c…)
Last but not least : le montant manquant actuellement dans les promesses représente très exactement les bénéfices secondaires escomptés par Disney pour la vente des produits dérivés du dernier épisode de Star wars…
Ohé, les actionnaires de Disney ou d’autres juteuses affaires, combien de temps comptez-vous demeurer encore du côté obscur de la Force ?

L‘équation à deux inconnues des énergies renouvelables

Image 1Le problème de l’éolien et du solaire est double : on ne peut pas tabler à long terme sur la disponibilité de ces énergies (Y aura-t-il du vent, du soleil, dans 10 jours ? 15 ?), et quand, elles le sont mais que la consommation est basse, on ne sait pas encore comment les stocker.
Idée : dans ce cas-là, les transformer en énergie potentielle.
Par exemple les employer à faire monter de l’eau dans un lac de retenue qui pourra ensuite, à la demande, produire de l’énergie hydroélectrique. Ou bien les stocker sous forme d’air comprimé qui servira, en cas de besoin, à alimenter des turbines.
Deux autres principes devraient prévaloir :
– Donner la priorité à la forme d’énergie qui a le plus fort taux de « renouvabilité ». Exemples : Ici les structures houlomotrices ou marémotrices ; ailleurs, la géothermie.
– s’adapter aux conditions locales, en tachant, autant que faire se peut, de combiner les sources.
On peut encore perfectionner gestion et distribution grâce à l’informatique, avec des programmes susceptibles d’intégrer tous les paramètres, y compris les productions privées.
Last but not least : dans un contexte de déstabilisation climatique globale, les conditions locales sont appelées à changer et parfois de façon drastique (voir le Vénézuéla en 2016 où, du fait d’un épisode aggravé El Niño, la sécheresse a fortement impacté le réseau hydroélectrique, contraignant le gouvernement à suspendre la fourniture d’électricité 4 heures par jour). Il faut donc, le plus possible diversifier les renouvelables (en l’occurrence => pas de pluie => pas de nébulosité => optimisation du rendement des centrales solaires).

La manifestation égoïste… anti-écolo

Ça s’est passé le 30 mai 2015, à Strasbourg, dans le cadre des initiatives citoyennes qui précèdent et viennent en soutien de la COP 21 en décembre prochain. Quelques slogans aperçus : « Pendons les écolos tant qu’il y a desImage 2 arbres », « Tout est bon dans le charbon », « Le nucléaire, c’est d’la bombe ! », « Tu l’as vu mon gros bilan carbone », « Le fric, c’est chic », « La pollution, c’est bon pour nos poumons » « Des cancers pour nos enfants », « +2° c’est pas assez » et « Mon banquier ce héros »
Premier point important : toutes les actions de ce type sont regroupées au sein de la Coalition Climat 21. Sur ce site on peut donc localiser ces initiatives, en proposer de nouvelles et établir son agenda agit’prop.
Second point : le reproche constant fait aux écolos de mal communiquer et le syndrome « bisounours » qui en est résulté pourraient trouver ici leur « dead line » respective. Prenons par exemple, Donald J. Trump qui vient de déclarer : « The concept of global warming was created by and for the Chinese in order to make U.S. manufacturing non-competitive. ». Il suffit de lui laisser la parole pour que tous les « climato-incertains » comprennent que ça fait un moment qu’on leur fait prendre des vessies pour des lanternes…

Enfin un sérum efficace contre le climatoscepticisme !Image 2

Sur ce site vous trouverez en particulier toutes les statistiques mondiales en temps réel. Petit assortiment :
A noter : l’unité d’émission et de captation du CO2 est le litre et, actuellement, les variables astronomiques et géophysiques (inclinaison de l’axe des pôles en particulier) sont supposés induire un refroidissement de l’Antarctique…

Une partie d’effet domino ?

2002-2008 Les ressources hydriques syriennes ont baissé de moitié, du fait d’une agriculture de rente irriguée.
2006-2011 Sécheresses sans précédent.
Image 2=> 1 500 000 paysans abandonnent leurs terres et viennent s’entasser dans les bidonvilles périurbains où ils entrent en conflit avec les réfugiés irakiens, arrivés là à la suite de l’invasion américaine de 2003.
=> L’Organisation de l’Etat islamique émerge et se répand en Syrie et en Irak.

2009-2011 La politique agricole désastreuse menée en Chine continentale (monoculture intensive, assèchement des sols, érosion éolienne, ensablement des villages, politique inadéquate de reboisement) aboutit, du fait de la sécheresse, à un effondrement des récoltes. L’Etat achète massivement des céréales sur le marché international.
=> Flambée des cours du blé
=> L’Egypte, premier importateur mondial de blé, subit le doublement du prix de la tonne ; le prix du pain est multiplié par 3. C’est la Révolution.

D’après un article d’Agnès Sinaï, le Monde diplomatique, août 2015

Argent et démocratie

Il y a plusieurs façons de faire aller le peuple là où l’on veut qu’il aille : la théocratie, la dictature, l’argent pur et simple. La première modalité a la faveur des pays pauvres. La seconde implique que l’on puisse payer au moins l’armée. La troisième est compatible avec la démocratie formelle et consiste à acheter des médias (Vincent Bolloré), une campagne électorale (Sarkozy en 2007), unImage 1 parti ( Poutine faisant main basse sur l’extrême droite), des groupes de pression. Ce cas est en particulier celui de la compagnie TransCanada qui a décidé d’avoir la peau de la Fondation David Suzuki, de façon à faire passer en force son oléoduc : dénigrement et diffamation via une firme de relations publiques. Et puis, à supposer que les écolos se lancent dans la bataille judiciaire, on voit la suite à vue d’œil : procès à répétition, appels, multiplication des cours et juridictions, le tout, naturellement, avec les meilleurs avocats, les plus chers, ceux que les naïfs d’en face n’auront jamais les moyens de se payer. La forme achevée de cette prévalence de l’intérêt privé sur tout autre considération est le lobby. Il s’agit d’une structure organisée conçue et entretenue pour obtenir un certain résultat de la cible visée ; exemple : les marchands d’armes instrumentalisant George Bush de façon à déclencher la guerre en Irak.
Que peut donc faire le bon peuple ? Devenir plus intelligent, ne plus se laisser prendre.

Communautés humaines et climats

Dans une remarquable étude parue en 1992 dans la revue Geografica antiqua1, Serge Mouraviev est parvenu à valider l’hypothèse, au moyen d’une étude scrupuleuse des sources antiques, de l’existence, entre le IV° et le II° siècle AEC, d’« un changement de la mer en nature » selon Image 3l’expression d’un géographe du XIX° siècle2. La Caspienne aurait alors connu une hausse de 20 m de son niveau initial avant de revenir progressivement à ses – 28 m actuels par rapport au niveau moyen des océans. Des récits médiévaux rapportent encore des inondations catastrophiques. Ces variations rapides de niveau au cours du temps – les dernières datent de 1977 – constituent un bon indicateur non seulement des variations climatiques locales ( quantité des précipitations du bassin versant, taux d’évaporation des eaux) mais la Mer Caspienne est aussi l’un des lieux les plus sensibles aux variations globales. On imagine sans mal que, depuis la nuit des temps, les populations riveraines ont eu à s’adapter à ces changements rapides.
« Climat : 30 questions pour comprendre la Conférence de Paris », le dernier livre de Pascal Canfin3, commence par ces mots : « Ce ne sont ni Bachar Al-Assad ni Boko Haram qui viennent à l’esprit lorsque l’on parle du changement climatique. Et pourtant nous voulons commencer cet ouvrage avec eux. Car les tensions qui ont conduit à la guerre civile en Syrie et à la déstabilisation du nord du Nigeria par la secte islamiste trouvent bien une partie de leurs origines dans les impacts du dérèglement climatique ».
On sait comment le Grand Rift de l’Est africain a fabriqué les Hominidés à partir des Pongidés ou encore comment certains des Mésopotamiens, talonnés par la raréfaction de la végétation ont inventé l’agriculture… et pratiquement tout le reste.
Deux des quatre fleuves qui, d’après la Genèse, irriguaient le Paradis terrestre, nous sont connus : le Tigre et l’Euphrate. Dans le troisième, le Gihon, Flavius Josephe a reconnu le Nil de façon fort plausible. Enfin étant donné qu’ Adam et Eve, ayant commis le péché de cueillaison, se sont retrouvés « à l’est d’Eden », on est fondé à chercher la trace du quatrième, le Pishon, à l’ouest, dans le Sahara… où l’on retrouve en effet les traces d’un vaste bassin fluvial, comportant deux grands lacs d’eau douce ; le lac Tchad est ce qui en reste.
Sans parler des effets politiques de la sécheresse de 1972 dans le Sahel ou des trois siècles de famine récurrente en Europe lors du « petit âge glaciaire »…
Non, le monde n’est pas le théâtre dans lequel l’humanité écrit et joue son histoire ; il est le substrat qui la porte et la supporte, tant bien que mal. Et ici c’est le décor qui commence par assigner les personnages à résidence. Voilà pourquoi c’est « géographie et histoire » qu’il faut dire et non l’inverse.
1 La transgression « Ploléméenne » de la Gaspienne. Trois pièces au dossier
2 Janovskij
3 En collaboration avec Peter Staime. Les Petits matins

Les cinq piliers de la survie selon Jeremy Rifkin

Après avoir conduit avec rigueur et pénétration une analyse des logiques économiques actuellesImage 4 qui nous envoient dans le mur, ce prospectiviste américain en appelle à une troisième révolution industrielle – qui permettra d’échapper à la catastrophe et recréera des emplois – plus précisément, une révolution énergétique.

Pour édifier l’avenir qu’elle promet, il faut commencer par élever cinq piliers :

1° Principe général de la conversion aux énergies renouvelables.
2° Mobilisation de la totalité du bâti pour la production de ces énergies.
3° Même chose pour leur stockage, en particulier à partir de l’hydrogène.
4° Mobilisation du réseau internet pour gérer la vente de l’énergie excédentaire.
5° Assurer, sur les mêmes principes, la conversion générale des transports à l’électricité.Image 1

C’est sur la plateforme que ces cinq piliers permettront d’édifier que pourra se déployer un nouveau paradigme économique, compatible avec la pérennité d’un monde fini, celui des communaux collaboratifs.
Son site et sa terre promise, le Nord Pas-de-Calais.

Le poisson et le papillon.

Les deux nouvelles sont tombées en même temps, ce 1° avril 2015… mais ça n’a rien d’une blague. La ville chinoise de Goldmud (ça n’en est pas une non plus) a été submergée pendant environ une demi-heure par un gigantesque nuage de sable. Et la Californie, qui subit la Image 2sécheresse pour la troisième année consécutive, a dû se résoudre à des restrictions d’eau.

S’agissant de Goldmud, Amipb, abonné au blog du Monde, écrit : Il aurait fallu indiquer si ce type de tempête était normal ou habituel dans la région. Et sinon, est-ce un effet du dérèglement climatique ? S’agissant de la Californie, il est maintenant admis que c’est bien le dérèglement climatique qui est en cause.

En fait, it’s n’t that simple, comme on dit outre mer. Ce n’est pas seulement le vent d’Ouest qui est en cause en Chine ; c’est une déforestation massive, qui s’est poursuivie pendant des années, ce sont des campagnes de reboisement menées en dépit du bon sens… mais au bout du compte, parce que les autres paramètres convergeaient, c’est bien un phénomène de désertification qui s’est enclenché depuis plusieurs décennies. Nombre de villages abandonnés ont ainsi a moitié Image 1disparu sous le sable.

Quant à la Californie, elle est soumise au système d’oscillation périodique qui domine le Pacifique – el Nino / la Nina – dont on ne peut déterminer à l’avance, ni la périodicité, ni l’intensité ; par contre, il n’est pas impossible que les mouvements océaniques Est / Ouest qui le caractérisent se soient décalés vers le Nord.

Autrement dit nous ne parviendrons à penser le monde comme il va qu’à la condition de renoncer à nos catégories fixistes, à nos représentations schématiques, à nos clivages mentaux. Ce monde, c’est celui de l’effet papillon ; il résulte d’un emboîtement de systèmes chaotiques, plus ou moins fragiles, plus ou moins résilients. La seule certitude, c’est que nous ne pourrons pas impunément continuer, par nos émissions de G.E.S., à  augmenter sans dommages la quantité d’énergie du système Terre.

Qu’on cesse enfin de faire de  la « nature » et de l’humanité deux entités indépendantes ; un volcan peut fort bien entrer en éruption parce que la couche de glace qui le recouvrait a commencé à fondre, abaissant la pression s’exerçant sur le magma et le faisant ainsi passer de l’état solide à l’état liquide. Et nous savons désormais pourquoi la glace disparaît.

D’une pierre, deux coups.Ben laden enfumé Renoncer le plus qu’il est possible aux énergies fossiles, c’est entre autres choses, cesser d’enrichir les théocraties pétrolières et, subséquemment, les intégristes musulmans qu’elles financent ici ou là, dans le cadre du « Dar el arbr » (« domaine de la lutte », id est partie du monde qui reste à conquérir par l’islam). Si nous ne sommes pas capables de le faire à temps, le monde de demain sera à la fois celui de la pénurie alimentaire générale et de la dictature religieuse musulmane. Bonjour l’ambiance !

Moins de gâchis, moins d’argent… plus de temps. L’argument implicite des productivistes, c’est que l’obsolescence programmée maintient un niveau élevé du nombre des emplois. Mais c’est une illusion qui repose sur la captation inutile du temps de vie. Le travailleur est aussi un consommateur. Nommons cet être théorique TC. TC travaille beaucoup ; il touche un bon salaire. Il peut donc (r)acheter périodiquement les mêmes machines, ou presque, en jetant les autres au rebut, ou de nouvelles machines, généralement Schéma économie durablesupplétives des rapports humains confisqués par le labeur. En fait TC perd son temps en travail rémunéré,  pour d’inutiles achats suscités aussi bien par la qualité intentionnellement dégradés des produits, les faux besoins suscités par la publicité, le déficit relationnel. Si TC travaillait moins pour produire le véritablement nécessaire, avec la plus grande qualité possible, il aurait finalement les mêmes services procurés par ses achats, beaucoup plus de temps pour vivre et d’opportunités de rencontrer d’autres personnes. Le développement humain prendrait le relais du développement matériel et l’environnement souffrirait moins des déchets accumulés. Comment opérer la conversion de l’économie du gâchis à l’économie minimale ? Il faut commencer pas favoriser la production durable et il faut que ceux qui seront les premiers bénéficiaires de cette production amorcent la conversion vertueuse en réinvestissant systématiquement le gain théorique, engendré par les produits qui n’auront pas à être remplacés, dans le secteur de l’économie durable. Parallèlement tous ceux qui seront employés dans ce nouveau secteur devront partager le travail ; ils auront donc plus de temps libre mais un moindre salaire. En attendant que la production durable soit suffisamment diversifiée pour leur permettre de satisfaire des besoins équivalents à ceux auxquels répondait le système productiviste, il faut donc instituer des caisses de solidarité (abondées par les placements solidaires et comportant des crédits à 0%) qui leur permettent de maintenir un niveau de vie acceptable. Les lois sur les structures de production coopératives et l’interdiction de l’obsolescence programmée ont été votées en France. L’épargne vouée au développement durable est disponible. Les chômeurs qualifiés ne manquent pas non plus. Il ne reste donc plus qu’à trouver des entrepreneurs. Les pouvoirs locaux (municipalités, conseils régionaux) pourraient utilement favoriser les projets de ces entrepreneurs de l’avenir en mettant à leur disposition des locaux disponibles et des structures d’assistance, du type pépinières d’entreprises.

Développement durable, emploi durable. Dans une économie de la déroute, l’entrepreneur doit, à tout prix, s’efforcer d’arriver le premier s’il veut  ramasser le gros lot ou, plus modestement, s’il  veut ne pas perdre ses billes. C’est ce qu’on nomme la concurrence ; c’est elle, sans doute, ainsi d’ailleurs que ne manquent pas de le rappelerImage 3 régulièrement les chantres du libéralisme, qui entretient en permanence l’inventivité et la créativité des entrepreneurs et ingénieurs ; mais c’est elle aussi qui comprime sans répit la masse salariale et accule en permanence des salariés au chômage et à l’exclusion sociale. Dans une économie statique, c’est-à-dire qui intègre à son schéma les limites indépassables de l’écosystème planétaire, on peut présupposer, pour chaque composante du tissu industriel, un contingent permanent d’emplois dont le nombre constant sera défini a posteriori par l’obsolescence naturelle du produit. Prenons par exemple la fabrication de machines à laver. En économie de la déroute, on commence par les chaînes de montage, on continue avec la robotisation de la chaîne, on pérennise l’entreprise avec l’obsolescence programmée du produit. Bilan : division par un facteur 2 puis par un facteur 10 du nombre des emplois ; prélèvement constant des matières premières ; accumulation des déchets. En économie statique, quota de production défini progressivement par la durée de fonctionnalité des machines avec un nombre constant des emplois liés à la fabrication initiale en relation avec les besoin locaux ; emplois de réparateurs définis par le quota de pannes effectives ; emplois engendrés par le recyclage, en relation avec le taux de non fonctionnalité définitive.

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