Dialogues

Ce qui importe
Guide des égarés de Jean d’Ormesson. Entretien
On s’égare, on s’égare… Tentons d’aller à l’essentiel.

« Le titre de ce manuel de savoir-vivre à l’usage de ceux qui s’interrogent sur les mystères du monde, je l’ai emprunté à Maïmonide, philosophe et médecin juif né à Cordoue, alors musulmane, il y a un peu moins de mille ans.
Bon ; voilà au moins la référence honnêtement livrée. C’est justement la question qui m’a conduite à cette recherche.

Aujourd’hui comme hier, nous sommes tous des égarés.
Pas tous. Et les lecteurs de Maïmonide l’étaient essentiellement par l’interprétation de la Torah.

Nous ne savons toujours pas ce que nous voudrions tant savoir : pourquoi nous sommes nés et ce que nous devenons après la mort.Image 1
Il n’y a pas de « pourquoi ». Après la mort nous devenons un amas de molécules en décomposition… mais peut-être pas définitivement.

Derrière les accidents de notre vie de chaque jour qui suffisent à nous occuper, les motifs et le sens de notre passage sur cette planète que nous appelons la Terre nous restent très obscurs. »
Supposer qu’il y a des motifs, c’est déjà répondre à la question.

Le Guide des égarés de Maïmonide est aussi connu sous le titre de Guide des perplexes. Sommes-nous plutôt égarés ou plutôt perplexes ?
Les deux en même temps ! Mais être perplexe signifie se poser des questions. Or il y a des gens qui ne se posent pas de questions, mais ils sont tout de même égarés. Donc je dirais que nous sommes surtout des égarés.
Bla-bla

Vous écrivez : « Le manuel que vous êtes en train de lire est tout sauf un traité de philosophie ». Pourtant, il s’agit bien de philosophie ?
Je suis parti de l’idée que tout va mal, que les gens sont malheureux, mais ils pourraient être tellement plus malheureux ! Ce petit livre sur ce qu’il nous reste de bonheur s’est petit à petit transformé en une sorte de méditation métaphysique. Mais ce n’est pas pour autant un manuel de philosophie, il n’en a ni la rigueur, ni l’austérité.
Ce qui lui manque surtout c’est un authentique questionnement sans lequel on ne fait pas un pas de plus vers la vérité.

C’est un livre sérieux mais qui se veut par moment plutôt drôle. Si c’est de la philosophie, c’est ce que Hemingway appelait « de la philosophie avec poignées », c’est-à-dire facile à transporter.
Il faut vendre, bien sûr, non pas tant pour s’enrichir que pour entretenir son narcissisme.

La science est parfois convoquée : théorie de la relativité, Big Bang, trous noirs…La réflexion métaphysique passe-t-elle aujourd’hui par les découvertes scientifiques ?
J’ai écrit toute une série de livres où j’ai essayé de jeter un pont entre les deux cultures, la culture littéraire et la culture scientifique, qui ne faisaient qu’une jusqu’au début du XIX° siècle. Dans la mesure de mes possibilités, je me suis intéressé à Einstein, Niels Bohr, Werner Heisenberg, Stephen Hawking… Mais au fond je ne connais rien à la science.
Bonne idée ; mais il faudrait en tirer les conséquences, en particulier admettre que notre système des représentations est obsolète.

Ce livre est encore moins scientifique que philosophique. C’est un regard sur le monde et sur la vie, une réflexion légère sur des problèmes graves.
c.f supra

Pourtant, ces théories scientifiques viennent remettre en question notre vision du monde ?
C’est une des caractéristiques de notre temps : les progrès de la science sont tels qu’ils ont en effet modifié la totalité de notre conception du monde.
Pourquoi, dans ce cas, conserver la même figure d’un « Dieu le père » panspermique ?

Il est presque impossible de parler de l’univers sans avoir une teinture scientifique ! L’idée que la littérature peut, ou doit, être à l’écart de la science est complètement folle. Il n’y pas de culture qui n’emprunte à la philosophie, à la littérature et à la science. Comme la part de la science devient de plus en plus grande, il y a moins d’espace pour la littérature, la poésie. Les belles cosmogonies légendaires étaient encore du côté de la littérature…
Schématique et superficiel. Le système des représentations est une élaboration composite entre les séquences rationnelles (Ex : la foudre ne tomba pas par hasard), les inférences imaginaires (Ex : il y a un dieu de la foudre qui vise et qui frappe) et les contes destinés aux enfants (Ex : le dieu Indra tue le démon Vrita avec la foudre permettant ainsi aux eaux du ciel de se répandre sur la terre).

Le livre se clôt par la question de Dieu. Mais l’énigme la plus fondamentale ne serait-elle pas plutôt celle du temps ?
Le temps est un problème capital. Toute littérature, toute philosophie tourne autour du temps : chez Marguerite Yourcenar, chez Proust…
Pauvre Marguerite ! Chez elle le temps n’est pas un problème mais un artiste… Mais vous avez ce mérite, Monsieur d’Ormesson, de l’avoir fait élire à l’Académie française et d’y avoir ainsi fait entrer la première femme.

L’ouvrage majeur de Heidegger s’intitule Être et Temps. Le temps est très difficile à comprendre. L’espace, ce sont des corpuscules, des ondes…
Comment continuer à dire « le temps » au singulier quand on a évoqué précédemment la Relativité, la théorie des quanta et le principe d’indétermination ?
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Le temps, nous ne savons pas. L’espace est la forme de notre puissance, le temps est la forme de notre impuissance.
Là, pour le coup, il y a malhonnêteté à ne citer le nom de l’auteur ni dans l’interview, ni dans le livre. Cette sentence est de Jules Lagneau mais M. d’Ormesson connaît bien son monde… Désormais nombre de sites la lui attribuent.

Mais il y a quelque chose que nous connaissons encore moins que le temps, c’est Dieu.
Nullement. L’une des multiples divinités législatrices inventées lors de la révolution néolithique comme garant des lois instaurées pour garantir la propriété des terres agricoles…

Dieu reste l’interrogation suprême.
Seulement pour les immatures

Peut-être en saurons-nous plus sur le temps grâce à la science, mais elle ne nous en dira jamais plus sur Dieu.
Elle est mal partie, la science, justement parce qu’elle est, elle aussi, prisonnière du système patrilinéaire des représentations. Quant une cosmologie exclut les trois quarts de l’énergie et de la matière existantes, il y a fort à parier qu’elle est erronée…

Dieu m’a toujours paru essentiel. Il est ce qu’il y a de plus important, qu’il existe ou qu’il n’existe pas. Mais j’espère qu’il existe, parce que s’il n’existe pas, je trouve ça sinistre.
Autres jugements hâtifs… Dieu n’est au fond nécessaire qu’au système patrilinéaire. Mais rien n’interdit de concevoir un univers à la structure diachronique cyclique, dans lequel l’expansion s’achève en effondrement gravitationnel, lequel alimente en permanence en énergie un « big bang » qui n’est plus un événement mais une source perpétuelle.
Rien de sinistre dans un tel univers : une structure éternelle dans laquelle la matière et l’énergie sont limitées en quantité, fait immanquablement resurgir les mêmes configurations.

Au fond, tout cela est invraisemblable, Dieu est invraisemblable, l’univers est invraisemblable, et c’est pour cette raison que nous sommes aussi perplexes !
Précisément. Mais il y a une alternative. Dans la grande ronde des choses, vous avez déjà écrit ce livre, et moi, ces lignes. Que vous ayez ou non la tentation de chercher si on parle de vous – et le narcissisme est aussi une bonne chose – décidera de ce que vous changerez ou non d’avis sur toutes ces questions. Le nombre indéfini de nos avatars donne aussi la mesure de notre liberté. Elle est le principe de l’auto-création et aussi celui de la dilution de l’identité. Il suffit de penser à un moment crucial de notre passé où le principe qui a décidé de notre action / réaction aurait pu être différent et, partant, nous faire autre que ce que nous sommes devenus.

Ne pas omettre la part du hasard. On peut concevoir le monde dans lequel Paul le Tarsiote s’étouffe en avalant sa langue lors de sa crise d’épilepsie sur le chemin de Damas… et toutes les souffrances que ce monde-là s’est épargné /s’épargnera : la secte judaïque issue des pétrusiens s’installe en Syrie et Muhamad Talib, le fils du marchand, se contente d’une conversion pour épouser une de ses filles…
La vraie question d’aujourd’hui c’est de savoir quand nous allons cesser de dévaster ce monde-ci, de confisquer l’avenir de nos enfants et petits-enfants, d’empêcher la venue de ceux auxquels il a donné / donnera naissance d’autres fois.
Quod esset utile demonstrare
En prime, le bon côté de la mort : durant les centaines de milliards d’années qui séparent deux de nos avatars, on ne voit pas le temps passer (N.B. Ici « temps » est à prendre au sens bergsonien de durée).

Entretien réalisé avec Jean d’Ormesson à l’occasion de la parution du Guide des égarés (sur le site de Gallimard).
Certains ont la chance de trouver un éditeur…

Y-a-t-il démondialisation ?
Excellent article de Michel Fouquin, professeur d’Economie à la Faculté de Sciences Sociales et Économiques

Déclaration d’intérêts
Michel Fouquin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.
Excellente initiative de la rédaction de The Conversation

Après 35 années (1973-2008) de progrès rapides et quasi continus de la globalisation commerciale et financière, cette tendance parait nettement ralentie (finance) et parfois en recul (commerce).
Enfin une bonne nouvelle ! Elles se font rares, ces derniers temps…

Le recul du commerce mondial Image 1

C’est dans le domaine commercial que l’inversion de tendance est la plus forte que ce soit en valeur ou en volume. Entre le mois de juillet 2008 et le mois décembre 2016 le commerce mondial a reculé en valeur d’un 1,384 milliards de milliards à 1,311 milliards de milliards.
Ce qui signifie que les porte-containers qui sillonnent les océans du globe ont ralenti leur activité et, par conséquent leurs monstrueux rejets de GES
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La crise de 2008 a été exceptionnelle comparable à celle de 1929, mais la reprise a permis de combler le recul en trois ans et demi : à la fin de 2011 on a retrouvé le niveau de 2008.
Rapprochement intéressant ; on ignore souvent que la crise de 1929 fut aussi une crise de la spéculation chrématistique. Churchill trouvait que la City manquait de capitaux ; il eut l’idée d’une indexation de la livre sur l’or. Pari gagné ; seulement comme Wall street s’asphyxiait on y institua les transactions payées à 10 % de la valeur des titres ; de là une spéculation effrénée qui devait conduire à la catastrophe.
Seulement il aurait été intéressant ici de préciser comment ces combines retentissent sur « l’économie réelle »

Le commerce international stagne ensuite jusqu’à la fin de 2014 où se produit un nouveau recul en valeur absolue du commerce. Au total si l’on compare le développement du commerce international à la croissance du produit intérieur brut mondial on enregistre un recul de grande ampleur.
Avec un peu de chance les signataires de la COP 21 y verront les premiers effets de la mise en place des politiques de transition énergétique, ce qui pourrait avoir un effet d’entraînement…

Cette décroissance résulte de plusieurs facteurs :

La faible croissance des pays développés et notamment de l’Europe réduit la demande d’importations
Il n’est pas interdit d’y voir l’amorce d’une rupture avec les pratiques consuméristes antérieures…

La baisse des prix des matières premières réduit considérablement le poids des échanges de ces produits dans le commerce mondial ; les grands pays exportateurs comme la Russie et le Brésil ainsi que les pays d’Amérique latine en général connaissent alors une récession. Les pays pétrolier du Golfe réduisent également fortement leurs importations.
Bonne nouvelle encore : moins de pétrole, moins d’émissions de GES

Enfin, et c’est un facteur majeur, la Chine change de modèle de développement avec d’une part une volonté affichée d’intégrer le plus complètement les chaînes de valeur ajoutée industrielle, c’est-à-dire qu’elle ne veut plus se contenter d’être la chaîne d’assemblage à bas coût de l’industrie mondiale, elle s’est fixé pour objectif de se développer sur l’amont des chaînes de production et aussi sur l’aval pour le contrôle de la commercialisation de ses exportations.
Pas très clair… Sauf à rappeler que les grands champion du libéralisme débridé, les États-Unis et l’Angleterre, quand ils commençaient à perdre la partie, ont décidé de changer les règles du jeu.

D’autre part la Chine réoriente sa croissance vers son marché intérieur notamment grâce à la vive progression des salaires depuis plusieurs années, en réaction à la multiplication des mouvements de revendications des ouvriers chinois.
En effet ; et comme en outre ces ouvriers et d’autres en ont assez de respirer un air saturé de polluants divers, on peu, là aussi, espérer des progrès.

La globalisation financière marque le pas

À la différence des flux commerciaux, la mesure des flux financiers internationaux est délicate : la partie bancaire qui est contrôlée par la BRI est assez bien couverte, en revanche le shadow banking, ou banque de l’ombre, comme son nom l’indique, échappe davantage à une mesure précise de ses activités qui sont sans doute aussi importantes que celles du secteur bancaire.
Il est d’autant plus urgent de siphonner ce fric gagné indûment, non seulement pour éviter une nouvelle crise mais afin de financer partout dans le monde les transitions indispensables à la survie et le passage de nos sociétés au développement humain.

En ce qui concerne le mouvement des créances bancaires internationales (créances bancaires transfrontières et locales en monnaie étrangère), on est passé depuis 2009 d’une période de croissance fébrile des flux à un plafonnement des montants, si ce n’est à un recul pour les créances interbancaires ; une reprise modeste se fait jour fin 2016.
On s’en passerait bien, de cette reprise. Rappel : seulement 4 % du numéraire circulant entre les banques est destiné à financer l’investissement.

La situation est un peu plus favorable pour les flux de créances internationales après 2009 (titres – notamment des obligations – émis par des non-résidents sur n’importe quel marché), mais la progression n’est pas plus forte que celle du PIB.

Ces inflexions sont pour une large part dues à la nécessité pour les banques déstabilisées par la crise de 2008 de nettoyer leur bilan des produits pourris d’une part, et de grossir leurs fonds propres pour se mettre en règle avec les normes édictées par l’institut de Bâle. Ces nouvelles règles réduisent la rentabilité du secteur bancaire.
Autrement dit de se débarrasser des « produits toxiques » qu’elles ont contribué à fabriquer, le tout sur le dos de leurs clients honnêtes…

Une des conséquences des nouvelles règles a été de détourner une partie de l’activité financière internationale vers le shadow banking (banques d’affaires, hedge funds, les entreprises de capital-investissement, les trusts de gestion d’actifs, les établissements de crédit à la consommation, les sites de crowdfunding, les plateformes de monnaies virtuelles tels que les bitcoins, etc.) qui n’est pas soumis à ces règles. En revanche ce secteur ne peut pas compter sur l’aide publique en cas de difficultés majeures.
Ne mélangeons pas les torchons et les serviettes ! Les hedge funds alimentent la spéculation (ce sont ces fonds qui ont joué le rôle majeur dans la crise de 2008) alors que le crowdfunding permet au contraire de financer des activités réelles mais de trop petite taille ou trop expérimentales pour retenir l’attention des investisseurs institutionnels. Quant aux bitcoins, ils méritent un peu mieux qu’une simple mention ; les monnaies directement créées par les acteurs économiques, particulièrement ceux que le système actuel a placés hors circuit, c’est ce qui fera un jour la révolution dans le monde de la finance. Image 6

Les perspectives de la mondialisation

Les politiques de transition énergétique devraient se généraliser et déprimer la demande à long terme d’énergie fossile ; On y compte bien !
mais celles-ci peuvent être remises en cause. On voit mal par qui (à part Trump ) et sous quel motif. Ça serait aussi absurde que de prétendre qu’on ne veut pas sortir de la maison qui brûle parce qu’on à peur d’être mouillé par les lances d’incendie…

Les tendances protectionnistes se renforcent du fait de la croissance des inégalités internes observées notamment dans les pays développés et la stagnation du pouvoir d’achat des classes moyennes et des cols bleus.
Evidemment ; il faut aussi en finir avec le 1% et avec cette logique productiviste qui dévaste le monde entier pour le profit de quelques uns. La grande masse de ces pays développés n’a toujours pas compris qu’elle est entraînée dans la compulsion à la consommation, elle-même entretenue par toutes les formes possibles d’obsolescence programmée, à commencer par « la mode » ou « le progrès ».

L’échec des négociations multilatérales menées au sein de l’OMC et la remise en cause de son rôle d’une part ; l’échec des projets d’intégration profonde transatlantique et transpacifique, le Brexit et la montée de l’euroscepticisme d’autre part en sont les signes les plus évidents et les plus durables.
Certes. Le troupeau commence à comprendre qu’on le berne…

La nouvelle politique économique internationale des États-Unis fait peser une grande incertitude sur l’avenir : d’un côté le choix du bilatéralisme, la volonté de remettre en question des traités internationaux, les mesures protectionnistes ne pourraient que conduire à un affaissement des échanges commerciaux internationaux.
Et puis ce serait, sur la base de l’hypothèse de plus en plus probable d’une déstabilisation climatique globale, une erreur profonde. Cette déstabilisation signifie, en particulier, qu’il n’y a plus d’ « avantages comparatifs » et que, d’une année sur l’autre, rien ne garantit plus la sécurité alimentaire des populations.

Sur le plan financier, la perspective d’une réduction des taxes sur les profits des entreprises actives aux États-Unis a engendré une certaine euphorie qui pourrait n’être que de courte durée.
Particulièrement quand toute la Californie aura brûlé et que toute la Floride sera inondée…

Crise écologique : la peur d’un avenir apocalyptique peut-elle nous préserver du risque ?
Toujours la même question sophistique, du style « Le Titanic n’a-t-il pas coulé parce que la vigie a crié trop fort ? »

L’actuelle crise écologique – à laquelle nous nous trouvons collectivement confrontés – soulève nombre de craintes et d’inquiétudes quant à l’avenir et à la subsistance de nos sociétés.
Verbiage et compagnie. Sur la lancée actuelle, on va à la catastrophe ; c’est tout.

Ces craintes sont légitimes, étant donné l’état de notre environnement, mais sont-elles mobilisatrices ? Bien souvent, la peur nous paralyse et nous maintient dans une inaction stérile… Et si cette peur devenait le moteur de l’action et la condition d’une prise de conscience collective ?
Aussi con que de dire « Et si le début de l’incendie incitait plutôt à appeler les pompiers ? »

Crise environnementale et heuristique de la peur
En clair, « Qu’est-ce que la peur nous apprendrait ? »
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Menaces environnementales : y a t-il lieu d’avoir peur ?
Figure ancestrale de la toute-puissance, la nature a longtemps été perçue comme une source immuable, intarissable et invulnérable. Les actions humaines, désormais prolongées par la technique moderne, sont pourtant devenues très agressives vis à vis de la nature.
Ça commençait bien ; malheureusement le maintien de la notion de « nature » interdit à la réflexion d’aller plus loin. « La nature » n’existe pas ; nous vivons, avec les autres aérobies, des déchets des cyanobactéries – dont l’oxygène – lesquelles ont autrefois proliféré sur cette planète pendant 3 milliards d’années, jusqu’à se la rendre invivable…

La vulnérabilité nouvelle qui en découle nous confronte à une crise écologique sans précédent dans l’Histoire de l’humanité.
Pas sûr… Le naufrage du grand jardin saharien dans les sables de la désertification, il y a 8 000 ans, et toutes les inventions qui s’ensuivirent pour les survivants (agriculture, lois, arts, techniques, commerce…) ont constitué mutadis mutandis, un séisme culturel comparable à celui qui attend les survivants des prochaines générations.

Les technosciences, de plus en plus liées aux impératifs de profit, servent plus que jamais la prédation de la terre. Par son action technique et par l’exploitation démesurée de son environnement, l’humanité affronte une série de dangers qui mettent en jeu, pour la première fois de son histoire, sa survie même.
Confus et simplificateur. A l’exception du phosphate, ce n’est pas la prédation qui est la plus destructrice ; ce sont les « externalités » des procédés industriels.

Certes, nous sommes parvenus à un niveau technique encore jamais atteint, mais le prix à payer est lourd, et les conséquences imprévisibles.
Verbeux ; si les conséquences sont « imprévisibles » à quoi rime d’invoquer plus haut « une crise écologique sans précédent » ?

Nos activités ont désormais des effets globaux, dans l’espace comme dans le temps, et ces effets sont quasi-irréversibles.
Alors ? A quoi bon toutes ces questions oiseuses ?

Les émissions de gaz à effet de serre en un endroit du globe a, par exemple, des répercussions quasi irrévocables sur le climat, à l’échelle planétaire.
« Les émissions ONT des répercussions » ; quand on pisse de la copie, il faut au moins se relire.

L’homme est donc devenu dangereux non seulement pour lui-même mais aussi pour la biosphère tout entière – comme en témoigne la sixième extinction massive du vivant, actuellement en cours et due à l’activité anthropique.
En ce cas, à quoi bon ces questions oiseuses quant à la « stratégie de communication » ? Quand la maison brûle, il faut crier « Au feu ! » et faire venir toute l’eau qu’on pourra…

Les conséquences des modes de vie de nos sociétés techno-scientifiquement avancées font donc peser une menace permanente et réelle sur l’équilibre global de la nature, et risquent de conduire notre monde au chaos.
Belle déduction ; ceci dit, ce n’est pas « l’équilibre de la nature » qui doit nous préoccuper mais la survie des vivants ; et c’est la régularité climatique qui la conditionne.

C’est du moins là la thèse du philosophe Hans Jonas : « Nous vivons dans une situation apocalyptique c’est-à-dire dans l’imminence d’une catastrophe universelle, au cas où nous laisserions les choses actuelles poursuivre leur cours ».
Super ! Ils ont fini par lire « Le principe responsabilité » édité en 1979 ; encore quelques années et ils découvriront « Apocalypse, mode d’emploi » paru en 1993… Hans Jonas est cité et exposé mais sans indication de date.

Selon le philosophe, c’est le déséquilibre profond entre notre puissance d’action et notre capacité à anticiper les conséquences de nos actions qui nous expose au risque d’une catastrophe écologique.
Sans doute ; mais les récentes découvertes des « externalités négatives » permettaient d’aller plus loin. La rationalité technique est étriquée par essence, se focalisant exclusivement sur l’effet recherché. Ex : l’amiante, ignifuge et bon marché ; le mésothéliome et le cancer du poumon s’invitent après coup.

« Brusquement ce qui est tout bonnement donné, ce qui est pris comme allant de soi, ce à quoi on ne réfléchit jamais dans le but de l’action : qu’il y ait des hommes, qu’il y ait la vie, qu’il y ait un monde fait pour cela, se trouve placé sous l’éclairage orageux de la menace émanant de l’agir humain ».

Donnons ici un exemple concret : dans un entretien accordé à la BBC, l’astrophysicien britannique Stephen Hawking, réputé comme l’un des plus brillants scientifiques de notre temps, souligne les dangers potentiels associés au développement d’une intelligence artificielle, comble présupposé de nos capacités technologiques : « Les formes primitives d’intelligence artificielle que nous avons déjà se sont montrées très utiles. Mais je pense que le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l’humanité (…) Une fois que les hommes auront développé l’intelligence artificielle, celle-ci décollerait seule, et se redéfinirait de plus en plus vite (…) Les humains, limités par une lente évolution biologique, ne pourraient pas rivaliser et seraient dépassés ». Ce discours illustre clairement l’engrenage de la dérive contre laquelle Jonas entend mettre en garde.
Délirant ; ça n’a tout simplement rien à voir

Suit un exposé de la philosophie de Hans Jonas, dont l’évocation du pouvoir mobilisateur de la peur. Ouf ! On l’a échappé belle !
Le problème, c’est que cette philosophie est pour partie obsolète. Ce qui, au moment où Jonas écrivait son livre, ne pouvait procéder que du travail de l’imagination, est devenu désormais une réalité quasi quotidienne. Il est trop tard pour se poser ce genre de questions. Il n’y a plus désormais qu’un seul problème : comment sort-on de l’économie de la dévastation ?

On arrête là l’édifiante fiche de lecture de Diane Mellot (selon toute vraisemblance un résumé de son mémoire de master), « rédactrice professionnelle » et pigiste pour Planète-Info. Centres d’intérêt : « Gestion des déchets Sport, randonnée, activités en plein air. Santé, bien-être, beauté. Développement Durable / Eco-citoyen / RSE. Alimentation (bio / végétarisme / végétalisme / commerce équitable…). Energie / énergies renouvelables. Pollutions et nuisances (air / eau / sol / bruit / pollution lumineuse…) ».
On pourrait ajouter la pollution des esprits ; ce C.V. à lui seul en atteste. Espérons qu’un jour on sera capable de développer les capacités de réflexion de la jeunesse au lieu de lui enseigner à « se vendre ».

Le ministère de la Défense va étudier le climat
Nous y voilà enfin…

L’Iris lance pour le compte du ministère de la Défense français un observatoire sur les enjeux géopolitiques liés aux changements climatiques.
« Enjeux » est élégant et diplomatique en diable mais ce n’est pas le terme qui convient ; de même l’emploi de « géopolitique » se fonde implicitement sur le postulat de la permanence de la géographie. Mais, comme on le voit déjà dans les Andes, quand les glaciers fondent les ruisseaux et les rivières disparaissent ; et là où il n’y a plus d’eau, il n’y a plus ni récoltes, ni circuit de refroidissement des réacteurs nucléaires…

Le ministère de la Défense veut étudier les liens entre conflits et climat.
Il ferait mieux de les anticiper. En plus, c’est vite fait : problème majeur = maintien de la sécurité alimentaire. Deux tâches en conséquence : 1° Rétablir les frontières 2° Constituer des réserves publiques.Image 12

La géopolitique rime avec changements climatiques.
Ça ne veut rien dire.

En France, le ministère de la Défense ne peut plus ignorer le lien entre climat et sécurité.
Evidemment puisqu’il sera le principal acteur du maintien de la sécurité alimentaire mentionnée plus haut, non seulement parce qu’il sera, dans un premier temps, en charge de la surveillance des frontières mais encore parce que les réserves devront être placées sous la protection de l’armée. Tout ceci ne préjuge en rien de l’obligation où l’armée sera de se maintenir en capacité de faire face efficacement à une agression étrangère.

La preuve : il va se doter d’un « observatoire géopolitique des enjeux des changements climatiques en termes de sécurité et de défense ».
Bla, bla, bla…

L’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) l’a annoncé le 4 janvier. C’est lui qui va piloter ce projet. L’Iris a remporté ce contrat de 4 ans auprès de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère.
Bla, bla, bla…

De quoi s’agit-il ? L’Iris explique :« Cet observatoire a pour ambition de mieux comprendre l’articulation entre les changements climatiques et les enjeux de sécurité tout en apportant un éclairage sur les tendances de long terme ».
C’est pourtant pas difficile à comprendre…

Plus précisément, l’observatoire va étudier « les liens de corrélation, voire de causalité, entre facteurs climatiques, environnementaux et conflits, et à dresser une typologie des crises potentielles ».
Citation mal introduite et objectif absurde, comme s’il pouvait y avoir des « types » de ce qui n’existe pas encore…
Chef, une escadre italienne vient de franchir la frontière alpine !
Que veulent-ils ?
Des pommes de terre
Deux kilos par appareil
Attendez… Ils veulent aussi des macaronis
Abattez-les sans sommation !

L’objectif est d’évaluer les conséquences en termes de politique de défense des États, d’organisation des forces armées, d’équipements et d’infrastructures.
Evaluer, c’est bien ; investir, c’est mieux. Et plus tôt on commencera à le faire, moins ça pèsera annuellement dans le budget.

Cette mission a été confiée a Bastien Alex, chercheur à l’Iris, et à François Gemenne, directeur exécutif du programme Politiques de la Terre de Sciences Po et de l’Université Sorbonne Paris Cité. Ils pourront s’appuyer sur une équipe d’une vingtaine de personnes. Ils publieront des rapports, des bulletins de veille, des notes d’analyses et organiseront des séminaires. Certaines de leurs productions seront consultables en ligne.
Et toute cette paperasse ira remplir les bureaux des ministères alors tout l’argent de ces salaires pouvait dores et déjà être consacré, par exemple, à la mise en place d’un système performant de surveillance des frontières…

Thomas Blosseville, Environnement Magazine, le 05/01/2017

Une rare intelligence des choses
Magnifique interview de Laurent Fabius parue dans le JDD, laquelle, une fois encore, fait regretter son éviction de la présidence de la COP par Ségolène Royal.

Quelques extraits :
Je suis devenu président du Conseil constitutionnel, je ne préside donc plus les négociations mondiales sur le climat mais je continue à suivre de près ces questions vitales.
D’une rare élégance ; rappelons au contraire que ce nouveau poste était bien plus compatible avec la présidence de la COP que celui de ministre des affaires étrangères et que c’est Ségolène Royal qui a revendiqué cette présidence pour elle-même.

En m’appuyant sur mon expérience, je souhaite d’ailleurs dès l’an prochain promouvoir l’idée d’un pacte mondial pour l’environnement. (…) un traité reconnaissant un certain nombre de droits : droit à un environnement sain, droit à l’information sur le climat, obligation de prévention, participation du public, droit à réparation s’il y a des dommages… Tout citoyen pourrait faire valoir ces principes si nécessaires en justice. Avec le réchauffement, il faut bien comprendre que c’est toute l’humanité qui est gravement menacée, surtout les régions et les populations les plus fragiles.
Idée tout simplement géniale : le couplage indispensable entre les accords internationaux et les acteurs politiques et économiques locaux, le moyen de faire entrer la transition énergétique dans les faits.
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L’accord de Paris est une réussite exceptionnelle mais ce n’est pas assez. La détérioration climatique risque d’être plus forte et plus rapide que ce que la plupart imaginent. Il faut donc à la fois appliquer concrètement cet accord et accélérer.
En effet ; sans parler de la raréfaction du phosphate, de la fermeture du puits biogéochimique de carbone et de la part hallucinante des supertankers de la « mondialisation » dans les émissions de GES…

Jacques Chirac avait dit dès 2002 : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Aujourd’hui, je dirais : « Nous ne regardons plus ailleurs. Nous agissons dans la foulée de l’accord de Paris. Mais notre maison continue de brûler. Et il y a même alerte rouge. »
En effet ; mais qui est ce « nous » si peu partagé ? Le nombre des lucides s’est en effet considérablement accru mais s’il faut en croire la ronde incessante des autos et motos, diesel et essence, il continue d’être beaucoup trop faible.

Copernic a démontré il y a cinq siècles que la Terre tourne autour du Soleil, pourtant certains en doutent encore. C’est aux États-Unis que ces discours sont les plus préoccupants. Nous avons là un candidat à la présidentielle qui nie l’impact de l’activité humaine sur le climat, glorifie le charbon et déclare que le réchauffement est une invention des Chinois pour pénaliser l’Amérique. Aveuglement consternant. Si les États-Unis, demain, revenaient sur l’engagement du président Obama, l’ensemble de l’architecture de l’accord de Paris pourrait être mis en cause.
Exact ; ça nous a foutu à tous un sacré coup au moral. Mais depuis il semble que le staff du prochain président des États-Unis soit parvenu à lui faire comprendre qu’il ne pouvait pas tout se permettre.

(…) la question climatique est la mère de toutes les batailles, peut-être la plus importante pour l’humanité au 21e siècle. Le réchauffement a et aura en effet un impact sur la gravité des phénomènes extrêmes (typhons, sécheresse…), la désertification, la hausse du niveau des mers, la santé, la sécurité alimentaire, les mouvements migratoires. Nous connaissons des difficultés avec plusieurs centaines de milliers de migrants qui viennent en Europe ; imaginez ce chiffre multiplié par dix ou par cinquante… En définitive, la question est tout simplement aussi celle de la paix ou deimage-3 la guerre.
« Sans doute la plus importante » ; Laurent Fabius, au moins voit clair. Si l’on en croit le discours des divers candidats à la présidence de la République, il demeure une exception… Comment peut-on être assez c. pour mettre un type pareil sur la touche ?

Si nous n’atteignons pas pour la deuxième partie du siècle ce zéro émission nette – avec des puits de carbone (forêts, océans…) qui absorbent autant de gaz à effet de serre que l’homme en émet –, nous ne pourrons plus rattraper notre retard. Aujourd’hui, malgré le spectaculaire développement des énergies vertes, 82 % de l’énergie mondiale est encore produite par les énergies fossiles : 31% pour le pétrole, 29% pour le charbon et 22% pour le gaz naturel… En parallèle de la transition énergétique, nous devons trouver des solutions technologiques comme le stockage du carbone. C’est une course contre la montre.
En effet ; le problème majeur, une fois de plus, c’est la fermeture du puits océanique, du fait de la rétroaction positive de l’acidification induite par les concentrations élevées de CO2… Et puis il n’y a pas de géo-ingéniérie qui tienne quand les courants océaniques et aériens sont entrés dans une phase de déstabilisation…

Nous serons aidés par plusieurs phénomènes : la détérioration, malheureusement, de la situation qui accélère la prise de conscience ; la pression des opinions publiques sur les dirigeants ; le progrès des technologies, comme la mise en orbite de satellites permettant d’identifier précisément les sources des émissions de gaz à effet de serre, donc d’améliorer la transparence.
La mise en orbite de panneaux solaires aussi. La surveillance est un bon principe… mais la grande découverte à venir, c’est que les sources les plus prolifiques se déplacent sur les mers, sous pavillons de complaisance et hors de toute autorité régalienne.

Or là, excellente nouvelle : entreprises, banques, assurances se rendent mieux compte que les énergies carbonées représentent un risque considérable alors que les énergies renouvelables sont une opportunité de croissance et d’emplois. Quand le marché lui-même comprend que l’intérêt des acteurs est d’investir dans l’économie verte et les énergies décarbonées, la donne change. D’où l’importance de la tarification du carbone.
C’est vrai ; mais il y a aussi pas mal de « com » dans tout ça. Et puis il faudra écarter le risque de la spéculation sur « les droits à émettre ». Enfin il faut rompre avec le mythe de la croissance indéfini et le modèle social qui va avec ; les éoliennes, par exemple, buttent déjà sur le facteur limitant des terres rares.

Propos recueillis par Richard Bellet et Hervé Gattegno
Laurent Fabius vient de publier « 37, quai d’Orsay. Diplomatie française 2012-2016 » chez Plon. Premier chapitre passionnant « L’accord mondial de Paris sur le changement climatique » ; espérons qu’existe encore un avenir où le monde aura l’occasion de comprendre ce qu’il doit à cet homme-là et à quelques autres.

Sur le site du Ministère de l’Environnement…

L’acidification des Océans, qu’est-ce que c’est ?
=> Excellente question, qu’il est plus que temps de poser !

L’acidification des eaux n’est pas un effet du réchauffement climatique mais l’autre effet de l’augmentation de la concentration de CO2 atmosphérique.
=> Absolument

L’augmentation de la concentration en CO2 dans l’atmosphère entraîne une plus forte absorption de CO2 par l’océan. Conséquence, l’eau de mer s’acidifie car, au contact de l’eau, le CO2 se transforme en acide carbonique.
=> En effet. Cependant il eut été judicieux de préciser que cette absorption est favorisée par les basses températures et que, par conséquent, elle est plus importante dans les zones polaires.
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Depuis le début de l’ère industrielle, le pH (potentiel hydrogène) des eaux superficielles des océans a diminué de 0,1 unité.
=> Autre omission regrettable : c’est une échelle logarithmique. Une diminution de tendant vers – 0,2 signifie que l’acidité va être été multipliée par 2

Cette acidification représente un risque majeur, notamment pour les récifs coralliens et certains types de plancton, menaçant l’équilibre de nombreux écosystèmes.
=> C’était trop beau… Le risque majeur n’est pas là. C’est celui de la fermeture progressive du puits biogéochimique de carbone. Comme le krill et les ptéropodes qui servent de bases aux chaînes alimentaires vivent dans les écosystèmes polaires et que cette acidification leur interdit désormais une calcification correcte, ce sont TOUS les écosystèmes qui vont s’effondrer…

Plus inattendu, elle est même soupçonnée de modifier la propagation et l’absorption des sons : plus l’eau de mer est acide, plus elle est «bruyante», car les sons à basse et moyenne fréquences (provoqués notamment par la navigation) sont moins bien absorbés.
=> Eh bien au moins, on aura appris quelque chose. Voilà probablement l’une des causes – avec l’anoxie (due justement à cette saturation des eaux superficielles en carbone) – de ces échouages de grands animaux marins sur les plages.

Monsanto achète la licence du CRISPR, le plus puissant outil de manipulations génétiques
par Charles-Élie Guzman, UP’magazine, 27/09/16
=> ou l’art du scoop rétroactif…

Cela fait longtemps que l’on parle dans les colonnes de UP’ Magazine du CRISPR-Cas9, ce formidable ou terrifiant – selon les points de vue – outil de modification génétique. Une invention due à Jennifer Doudna et Emmanuelle Chapentier qui fait l’objet d’une féroce bataille de brevets.
=> Il n’est pas inutile d’expliquer simplement en quoi consiste cette molécule : une super enzyme de restriction qui permet de couper l’A.D.N. non seulement à un endroit précis mais encore simultanément les deux brins, ce qui permet d’extraire un gène très précisément… et de le remplacer par un autre…

Mais Monsanto, sans s’intimider devant ces embûches juridiques, a décidé d’acheter la licence d’exploitation du CRISPR pour passer un nouveau cap dans les modifications génétiques des semences et des plantes. De quoi donner un sacré coup de ringardise aux bons vieux OGM.
=> Autre précision souhaitable : Monsanto vient d’être racheté par Bayer. Quelle est donc la nature de son existence juridique actuelle ?S’agissait-il, par exemple, dans cette transaction, de prolonger son existence commerciale tout en échappant aux poursuites ?
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Le géant Monsanto, qui a été acheté il y a quelques jours par l’allemand Bayer,
=> Précisément…
vient d’annoncer la conclusion d’un accord avec le Broad Institute du MIT et d’Harvard. L’accord porte sur la licence d’exploitation du CRISPR-Cas9 pour une utilisation dans le développement de semences. Avec cette acquisition, Monsanto va pouvoir créer de nouvelles plantes résistantes à la sécheresse
=> Ce n’est pas une nouveauté. NeRiCa, New Rice for AfriCa, O.G.M. non commercial – ça existe – possède déjà cette propriété.
ou de nouvelles propriétés agréables pour le consommateur comme une huile de soja modifiée de telle sorte qu’elle soit aussi bonne que la meilleure des huiles d’olive.
=> Bonne au goût, s’entend, et pour la bourse des actionnaires… Pour la santé, c’est autre chose. Le soja est particulièrement riche en aluminium dissout et un bol alimentaire trop acide a la propriété de lui faire passer la barrière hémato-encéphalique ; il entre ainsi dans l’étiologie des maladies neurodégénératives.

Dans un sursaut éthique, les vendeurs du MIT et de Harvard ont imposé quelques restrictions d’usage.
=> Un spasme d’agonie morale, alors… Quand on dépend des consortiums industriels pour financer la recherche, on se contente habituellement de sauver les apparences.
Monsanto ne pourra pas par exemple, utiliser le CRISPR pour fabriquer un « gene drive », c’est-à-dire un gène capable de se reproduire sur toutes les générations d’une population.
=> Autrement dit un gène dominant non associé aux pratiques habituelles de Monsanto en la matière (graines stériles). La campagne internationale anti graines fermières n’a pas surgi par hasard. Il faut donc entendre « capable de se reproduire sur toutes les générations d’une population dans les laboratoires de la firme et avant stérilisation ». Moyennant quoi on peut satisfaire le « sursaut éthique » des universitaires.
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En revanche, Monsanto pourra utiliser cet outil pour accroître le rendement des plantes, pour réduire l’utilisation des pesticides chimiques (une plante modifiée pourra ainsi contrecarrer certains types d’insectes), ou pour rendre des souches de végétaux tolérantes à la sécheresse ; un marché juteux par ces temps de réchauffement climatique.
=> Totale ignorance de la stratégie commerciale de l’entreprise… En 3 points : 1° Garantir la résistance génétique des plants au ravageur principal. 2° Vendre du Roundup pour les ravageurs secondaires 3° Stériliser les plants pour contraindre des agriculteurs à repasser tous les ans à la caisse. Quant à la tolérance à la sécheresse, 1° elle existe déjà pour les souches NeRiCa, 2° elle n’est pas un argument pour une agriculture industrielle irriguée.

Le Broad d’Harvard et du MIT stipule aussi dans sa cession de licence que Monsanto ne pourra pas utiliser CRISPR pour créer des semences stériles, les fameuses semences Terminator. Celles-ci ne produisent plus de graines fertiles, ce qui oblige les agriculteurs à se réapprovisionner chaque saison chez Monsanto. Un marché captif de plusieurs milliards de dollars et la ruine des exploitants agricoles fragiles financièrement.
=> Waouhh ! On découvre l’Amérique… Contresens sur l’utilisation de cette hormone : elle servira, au contraire à transmettre les caractères acquis par génétique artificielle, mais exclusivement intra muros.

Accélération des manipulations
Malgré ces quelques restrictions, Monsanto estime que sa licence lui permettra d’améliorer dans des proportions considérables sa technique, vieille de plusieurs décennies de fabrication d’OGM. Cette technologie consistait à insérer des gènes étrangers, de façon aléatoire, sur le génome d’une plante. « La grande majorité de ces insertions ne fonctionnent pas comme prévu » déclare Tom Adams, qui dirige la biotechnologie de Monsanto. Changer les caractéristiques d’une culture prend ainsi plusieurs années. « Mais avec l’édition du génome vous pouvez cibler précisément une caractéristique et la modifier sans toucher à sa voisine ».
=> Evidemment ; c’est le seul but de l’opération : gagner du temps, donc de l’argent, en vendant plus vite et plus largement, et par « compression de la masse salariale »… le tout dans une entreprise qui a potentiellement cessé d’exister au profit de « Bayer crops » ;-))
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« En outre, ajoute-t-il, dans les OGM, le gène d’origine est encore présent. Alors qu’avec CRISPR, on peut modifier un gène pour qu’il apporte un caractère à la plante, mais le gène d’origine disparaît, comme une faute de frappe corrigée »
=> « remplacer un gène » paraît plus approprié
Le représentant de Monsanto s’enthousiasme alors : « Je pense que nous verrons une accélération dans l’évolution dans caractéristiques végétales à un rythme que les créations traditionnelles d’OGM ne nous permettaient pas ».
=> C’est en effet probable encore que certaines propriétés procèdent d’interactions plus complexes. Ex : résister à la sécheresse ne relève probablement pas exclusivement du contrôle des stromates (éventuellement couleur de la chlorophylle, vernissage de la feuille, et c…). Le vivant, ça n’est pas seulement un mécano ; c’est une histoire.

En modifiant de façon discrète
=> !!!
les végétaux, une nouvelle dimension est apportée, qui ne réjouira certainement pas les opposants traditionnels de Monsanto.
=> Non, une fois de plus, ce n’est pas au nom de l’agriculture traditionnelle que nous nous opposons à Monsanto. La preuve, c’est NeRiCa, justement. Mais le but de Monsanto, ça n’est pas de nourrir les populations affamées ; c’est de faire du fric. Or comme les graines des O.G.M. sont stériles, comme les congénères naturelles des espèces agricoles sont en constante régression du fait de la destruction des zones sauvages, la politique conduite par Monsanto, si elle était étendue à l’échelle du globe, ferait courir à l’humanité un danger mortel.

Mais le géant des manipulations génétiques voit un autre intérêt, de taille, à l’utilisation du CRISPR. En effet, le département américain de l’Agriculture a statué que les modifications apportées à une plante par CRISPR ne nécessitent pas d’approbation réglementaire, comme c’est le cas pour les OGM.
=> Ben, voyons ! La réglementation étasunienne est décidément en dessous de tout… Comme si le fait de remplacer un gène par un autre n’était pas une modification génétique ! Il manque pas d’air, le département américain de l’agriculture…

L’argument avancé par l’administration américaine est que cette technique d’édition génétique n’insère pas de gène étranger dans une plante et se « contente » de supprimer ou modifier un gène existant.
=> Inepte ! L’A.D.N. est composé de quatre bases ; est-ce que, quand on remplace une base par une autre, on « modifie » un gène existant ?

Cette décision avait alarmé les ennemis des OGM traditionnels qui avaient pointé des risques similaires entre les deux technologies. D’autant plus qu’avec CRISPR, la puissance de précision est telle que cela implique des connaissances sur les processus biochimiques complexes que nous ne sommes pas sûrs de posséder. Un risque majeur pour la sécurité dont semble s’affranchir les apprentis sorciers des labos biotechs.
=> Délire science fictionnel pour tirer à la ligne ; quant aux dangers effectifs, cf supra.

Foire d’empoigne
Cette annonce de la mainmise de Monsanto sur le CRISPR vient avec, en toile de fonds, une foire d’empoigne sur la propriété des brevets du CRISPR. Une bataille qui révèle une facette pas très reluisante de la science lorsqu’elle s’accompagne d’un potentiel très commercial.
=> Sans intérêt en soi ; on connaît la chanson. Par contre si cette bagarre judiciaire pouvait durer assez longtemps pour que les attendus du tribunal Monsanto soient intégrés aux grandes institutions juridictionnelles internationales, ça serait bien.

LES FORÊTS À LA TRAÎNE DU RÉCHAUFFEMENT
La lecture de la suite prouve, une fois de plus, qu’il eût mieux valu parler de déstabilisation climatique…

Dans les forêts françaises, de nombreuses espèces animales et végétales ne migrent pas suffisamment vers le Nord pour pouvoir s’adapter au réchauffement climatique.
Ça n’est pas une nouveauté ; il y a 25 ans on avait même calculé qu’au plus fort de la déstabilisation, animaux et végétaux avanceraient en moyenne de 3,5 kms / an quand les lignes isothermes se déplaceraient de 7 kms / an…

sous-bois-1Un phénomène inquiétant, baptisé «dette climatique», que les chercheurs comprennent de mieux en mieux.
« Inquiétant » est faible ; c’est effectivement la 6° extinction de masse qui est en cours et à une vitesse telle qu’à l’acmé de l’Anthropocène, seules les espèces cosmopolites survivront ; schématiquement, fourmis et lentilles d’eau… D’autre part on aurait bien aimé une justification de l’appellation de « dette climatique » , séduisante mais obscure ; qui doit quoi et à qui ?

En vingt ans, le réchauffement climatique a induit une augmentation de 1 °C des températures en France. Pour survivre, certaines espèces animales et végétales doivent migrer vers le Nord et les sommets plus froids pour y trouver des températures qui leur conviennent mieux.
C’est effectivement la façon dont on se représentait les choses il y a 25 ans ; mais ce n’est plus si simple. En France, lors de l’été 2016, par exemple, on a vu à plusieurs reprises des températures plus élevées au Nord qu’au Sud. Ce qui reste vrai pour les reliefs ne l’est plus pour la latitude. La modification du régime des vents – en particulier la quasi disparition du vent d’Ouest -, celle des courants océaniques – en particulier la plongée de plus en plus méridionale de la circulation thermohaline -, l’accentuation de certains événements météorologiques – par exemple les épisodes cévenols étendus nommés maintenant « épisodes méditerranéens » – font que la corrélation latitude / température sur la surface restreinte de la France, a quasiment disparu. Voilà d’ailleurs pourquoi il convient de parler de « déstabilisation climatique ».

Cependant, plusieurs études récentes ont mis un fait en évidence : les animaux et les plantes ont pris du retard sur le thermomètre dans cette migration vers le Nord. C’est le phénomène de « dette climatique ».
Simpliste ou maladroit. Pour que cette proposition ait la moindre pertinence, il faudrait d’abord qu’il s’agisse seulement, pour les uns et les autres, de migrer ensemble dans la bonne direction. Or, ainsi que nous venons de le voir, celle-ci est fondamentalement variable et, par conséquent incertaine ; avant que de nouvelles constantes climatiques n’apparaissent, il faut s’attendre à une suite de variations chaotiques. Par ailleurs il ne suffit pas de faire ses bagages ; il faut emporter son biotope avec soi ; ceci ne signifie pas uniquement sa nourriture. Ainsi les mésanges familières sont-elles en voie de disparition parce que, dans les nouveaux milieux qu’elles ont colonisé sans peine, le printemps arrive plus tard que dans les anciens et les chenilles dont elles nourrissaient jusqu’alors leurs petits ne sont pas encore disponibles.

Ainsi, lors d’une étude publiée en 2011, Romain Bertrand – alors doctorant à AgroParisTech -, et ses collègues ont observé que, dans les plaines, les communautés de plantes herbacées forestières (ensemble de plusieurs espèces : orchidées, jacinthes…) étaient adaptées à des températures en moyenne 1 °C plus froides que les conditions climatiques où elles poussaient. Ce qui signifie que ces végétaux n’ont pas migré vers le Nord quand les températures ont augmenté dans leurs habitats.
Pas clair… et probablement erroné ou inadéquatement rapporté. L’aire de répartition d’une plante est généralement suffisamment vaste pour tolérer des variations de température moyenne ; et si la plante est sortie de son aire, ou même de son aire déplacée, elle ne survit pas…

Une menace pour la biodiversité
C’est peu dire… « Probable extinction massive » conviendrait mieux.sous-bois-2

Or, à terme, cette dette climatique peut conduire à l’extinction, locale puis globale, des espèces qui n’auront pu suivre vers le Nord le déplacement des conditions climatiques qui leur sont favorables. D’où l’importance de stopper ce phénomène, ou du moins de le freiner. Et, de comprendre les processus l’induisant.
Certes, au Nord près… Si on considère l’ensemble de la planète, comme ça semble être le cas ici, il peut être utile de préciser que les pôles sont les zones géographiques qui connaîtront le réchauffement le plus important.

Lors de leur nouvelle étude, qui vient de paraître dans la revue scientifique Nature Communications, Romain Bertrand et ses collègues ont exploré les mécanismes à la base de la dette climatique constatée dans les forêts françaises en 2011. Pour ce faire, ils ont testé 23 processus écologiques pouvant avoir un impact sur la réponse des espèces au changement climatique (processus liés à des contraintes environnementales et à la capacité de migration et de résistance des espèces).
Bonne initiative…

Il est apparu que le facteur amplifiant le plus la dette climatique est l’existence, avant la survenue même du réchauffement climatique dans les zones concernées, de températures déjà élevées. Comme cela est le cas dans les forêts du pourtour méditerranéen.
Intéressant et appelant plusieurs hypothèses :
– L’événement de Bond en cours, particulièrement en Arctique, en écourtant le transport de la chaleur de la zone intertropicale vers les hautes latitudes par le système intégré des courants océaniques, bloque de plus en plus cette chaleur dans cette zone.
– Une amplification du processus de désertification à l’œuvre dans le Sahara, en rapport ou non avec cet événement de Bond, pourrait bien être en train d’atteindre les rives septentrionales de la Méditerranée.
– La corrélation paramètres physiques / viabilité du milieu n’est évidemment pas une fonction linéaire. De même que la migration des espèces marines en Méditerranée se heurtera fatalement à la barrière infranchissable du relief, il existe des points d’inflexion au delà desquels la richesse variétale s’effondre.

« Pour réduire la dette climatique dans ces zones, il faudrait une arrivée d’espèces adaptées à des températures encore plus chaudes, venant par exemple d’Espagne ou d’Afrique du Nord. Or une telle migration est limitée par des barrières géographiques (montagne, mer) et la grande distance entre les forêts du sud de la France et celles des pays voisins plus chauds », développe le biologiste Romain Bertrand.
Certes ! Cela signifie qu’ il va falloir faire preuve de discernement et mettre ensuite la main à la pâte. On proposera bientôt aux enfants des écoles, aux jeunes gens des collèges et lycées, aux bleus de l’armée, des chantiers écologiques.

Les plantes résistent plus qu’elles ne migrent !
C’est une bonne chose, sauf les points d’inflexion évoqués plus haut ; et puis, dans l’histoire de la vie sur Terre, l’adaptation des espèces vivantes a pris beaucoup plus de temps que celui que l’Anthropocène leur accordera… Ceci dit le cas de la phalène du bouleau montre qu’il ne faut pas désespérer.

Le second grand facteur favorisant la dette climatique est la capacité, sous-estimée jusqu’ici, des plantes à supporter les variations du climat ; ce qui leur permet de survivre dans un lieu où les conditions climatiques ne leur sont pas favorables.
On s’en doute un peu, étant donné qu’elles sont apparues durant le Silurien, il y a 443 millions d’années… Le problème, encore une fois, c’est la vitesse des changements ; de l’ordre de celle induite par la météorite qui a percuté la Terre il y a 65 millions d’années, mettant un terme au monde des dinosaures.

Point très important : alors que jusque-là plusieurs études avaient suggéré une migration rapide des espèces vers le nord, les chercheurs ont observé qu’en fait les plantes herbacées forestières persistent plus qu’elles ne migrent.
Evidemment ; ça prouve que ce modèle géographique et simpliste d’évolution n’est justement pas le bon ; entre les oscillations saisonnières qui varient d’une année sur l’autre, une moyenne viable peut encore probablement être trouvée en demeurant dans le biotope d’origine.

Pour l’heure, cette qualité de persistance est bénéfique aux végétaux : elle leur permet de résister au réchauffement malgré leur faible migration. « C’est là un résultat très novateur. Il pousse à examiner de plus près cette aptitude de persistance, qui est somme toute encore assez peu étudiée », commente Romain Bertrand.
Oui ; mais alors plus vite… comme dans tous les systèmes chaotiques, ça peut basculer d’une année sur l’autre…

En revanche, à terme, cette qualité pourrait devenir très problématique. Car, avec l’accélération du réchauffement prévue d’ici à 2100 (+ 1,6 à 4,9 °C entre 2091-2100 contre + 1 °C ces vingt dernières années), cette persistance risque de ne plus suffire pour contrebalancer la hausse des températures… Conséquences, les espèces qui résistent actuellement risquent de disparaître purement et simplement.
Certes…

Quelques pistes pour freiner la dette climatique
L’étude apporte aussi quelques renseignements importants sur l’impact des activités humaines sur la sous-bois-3dette climatique. Elle a notamment révélé que certaines pratiques peuvent induire des pressions supplémentaires sur la végétation, contribuant ainsi à accroître la dette climatique. Parmi celles-ci : l’ouverture du couvert forestier sous l’effet de coupes et la fréquentation des forêts par l’homme.
Les coupes dans les forêts induisent un plus grand ensoleillement du sous-bois, ce qui augmente les températures ; et les hommes via leurs déplacements et leurs autres activités peuvent perturber la végétation. Tout cela semble interférer dans la réponse des plantes face au réchauffement climatique », explique le chercheur.
Evidemment. Une forêt est un écosystème complexe qui, par le double effet de la concurrence et de la commensalité, favorise à la fois la richesse végétale, en favorisant notamment la conservation de l’eau, et la vie animale. Ce n’est pas l’augmentation de la température qui est en cause ; c’est le dessèchement des sols.

Si la problématique du changement climatique est aujourd’hui prise en compte dans la gestion forestière, ces résultats poussent à davantage d’efforts pour minimiser les risques sur l’écosystème forestier.
Quand il existe… la forêt rentière se réduit à des milliers d’hectares de sapins Douglas sous lesquels rien ne survit.

Mais il ne s’agit là que de premières suggestions. En effet, « la question de comment freiner la dette climatique nécessite des investigations supplémentaires ».

Et les espèces invasives ?

EN NORVEGE, TOUJOURS PLUS VERTE LA VIE
France-Monde Actualité dimanche 11 septembre 2016

Un an après la Cop 21, la Norvège, particulièrement exposée aux fontes des glaces de l’Arctique, accélère sur les politiques de lutte contre l’effet de serre. La population, attachée à préserver sa nature, adhère et s’engage dans le processus.
Les Norvégiens vivent au plus près de la nature, dans un pays qui a déclaré la guerre au réchauffement climatique.
Tout dépend de quels Norvégiens on parle ; prenez John Fredriksen, par exemple. Sa flotte de 70 super tankers pollue autant que 550 millions de voitures. Evidemment ils voguent sous pavillon panaméen et le richissime propriétaire, pour ne pas payer d’impôts, a pris la nationalité chypriote mais réside à Londres

Pas étonnant que Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, ait choisi la Norvège pour passer des vacances studieuses dans l’Arctique : ce pays scandinave, à l’histoire industrielle glorieuse et aux sous-sols des eaux territoriales riches en hydrocarbures, est l’une des nations les plus « écolos » au monde. Depuis la Cop 21, Les Norvégiens sont passés à l’étape supérieure. Pas question dans cette contrée parmi les plus fortunées d’Europe de se reposer sur ses acquis « verts ».
Bon…

Réchauffement climatique
Comme tout le monde, les Norvégiens ressentent les effets du réchauffement climatique. « Quand j’étais jeune, mi-août, il faisait bien 5 degrés de moins ici », se souvient Anders, chauffeur à Mo-i-Rana, bourgade située au niveau du cercle polaire. Il consulte le thermomètre : 13°C à la mi-journée. « Les hivers étaient plus rudes, on allait skier une bonne partie de l’année » ajoute-t-il en retroussant les manches de sa chemise. S’il s’inquiète de cette « chaleur », il se dit « fier » de vivre dans une nation qui a déclaré la guerre au dérèglement climatique.image-1
Tout ça peut basculer d’une année à l’autre parce que ce qui a lieu actuellement en Arctique, c’est un événement de Bond : plus la banquise fondra, plus la remontée des eaux chaudes se déplacera vers le sud. A quoi il faut ajouter la descente de l’axe de rotation de la Terre en Atlantique, selon un vecteur Nord Sud.

Neutralité carbone
Pays riche en ressources naturelles, la Norvège est le sixième producteur mondial de gaz – avec comme plus gros client la France. Elle est aussi au 14e rang de la production mondiale de pétrole. Malgré ces ressources, le parlement du royaume a décidé, en juin, de se lancer un challenge : le pays va tenter de ne plus dégager d’émission de gaz à effets de serre d’ici 2030. Un objectif « neutralité carbone » qui avait tout d’abord été prévu pour 2050.
Ne plus dégager de GES mais continuer à exporter du pétrole ? Peut-on en ce cas parler de « neutralité carbone » ? Et puis il faut revenir sur la marine marchande dévastatrice du climat : hors pavillons de complaisance la Norvège occupe le 10° rang des propriétaires de ces super tankers qui constituent le record absolu en matière d’émission de GES

La fée hydroélectricité
Réalisable ? Peut-être. La production électrique nationale du pays est déjà à 99 % propre, car principalement d’origine hydraulique. Il n’existe pas moins de 180 producteurs d’hydroélectricité sur tout le territoire et un nombre équivalent de distributeurs.
L’hydroélectricité dépend du réseau fluvial, lequel dépend à son tour des précipitations ; et celles-ci sont causées en dernière instance par le système des courants océaniques, lequel est précisément en train de changer…

Zéro déforestation
Le royaume est devenu le premier pays au monde à adopter une politique « zéro déforestation ». Par exemple, il exclut désormais des marchés publics toute offre émanant d’une entreprise dont les marchandises et les produits ont pu contribuer, de près ou de loin, au déboisement de la forêt tropicale. Le bois exotique, la culture du soja ou encore l’huile de palme, c’est fini !
Bravo !

Le tout voitures électriques
Interdire la vente de voitures à essence d’ici 2025 ? La Norvège y réfléchit sérieusement. Elle est devenue le paradis des voitures électriques (+24 % de ventes en un an), A Bergen, deuxième ville du royaume, Mona a acheté une Nissan Leaf « qui peut me transporter sur 150 km avec une seule charge » précise-t-elle. Elle avoue avoir été encouragée par les mesures incitatives du gouvernement : pas de taxe lors de l’achat de son véhicule – 29 000 euros – mais surtout, des plaques d’immatriculation spéciales permettant de passer gratuitement les péages, d’embarquer sans frais sur les ferries et même d’emprunter les couloirs de bus !
Excellente politique.

Des déchets importés
Le pays ne produit que 15 millions de tonnes de déchets par an (345 millions de tonnes en France). Les Norvégiens ont l’habitude de trier et de recycler tous leurs déchets. Partout, on trouve des poubelles distinctes pour les ordures ménagères, le carton, le plastique, le verre.
En 2013, la nation a même développé un processus de méthanisation des ordures qui produit du biogaz. Ce carburant permet de faire fonctionner 135 bus dans la ville d’Oslo, la capitale.
Comme à Paris, les lignes de bus au « biogaz » mais Oslo est beaucoup plus avancée.

Le plus incroyable ? La Norvège a besoin d’importer des déchets pour faire tourner son usine, principalement du Royaume-Uni ou de Suède.
Là, par contre, si c’est sur les navires de Fredriksen, à 2 tonnes de carburant sale par jour, ça n’a plus grand sens.
Plus verte, la Norvège ? Non. Simplement plus dissimulatrice. L’auteur de cet article aurait dû pousser un peu plus loin son enquête…

NUCLÉAIRE : L’INCIDENT DE PALUEL, UNE PERTE DE SAVOIR-FAIRE
Robert François / AFP

Un générateur de vapeur de plusieurs centaines de tonnes s’est renversé, le 31 mars, à la centrale nucléaire de Paluel. Un scénario pourtant jugé irréaliste par EDF.
Pas exactement ; il y a 25 ans on trouvait déjà dans un rapport interne d’EDF la préconisation suivante : « Il faut préparer l’opinion à l’occurrence d’une rupture de tube » ; entendre : « de tube d’échange de chaleur à l’intérieur d’un GV ».

De nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer un dysfonctionnement dans l’ensemble du parc nucléaire du groupe. Recours excessif à la sous-traitance, perte de compétences chez EDF et mauvaises conditions de travail sont pointées du doigt.
Peut-être ; mais le problème de base, c’est la licence Westhinghouse portant sur l’alliage dont sont composés ces tubes (160 m pour un GV) , l’inconel 600, particulièrement sensible à la corrosion.

Le recours excessif à la sous-traitance est pointé du doigt. La FNME-CGT, notamment, appelle à réintégrer les activités de maintenance au sein d’EDF.
Evidemment ; la CGT se pose rarement des questions de fond – par exemple est-il possible que le différentiel de pression entre l’eau du circuit primaire, à l’intérieur des tubes, ait envahi la coque, en comprimant l’eau du circuit secondaire, et que ce soit l’excès de poids qui ait provoqué le basculement. La CGT veut des emplois à distribuer aux camarades ; point barre.

Le 31 mars, un générateur de vapeur est tombé du haut de ses 22 mètres à la centrale nucléaire de Paluel, en Seine-Maritime. L’évacuation du bâtiment du réacteur n°2, à l’arrêt depuis mai 2015, était en cours. Par chance, aucun salarié ne s’est retrouvé sous ces 465 tonnes.
Là encore, ce n’est pas la bonne question ; il s’agit de savoir si cette eau du circuit primaire, hautement radioactive, s’est répandue dans le bâtiment et si elle a été manipulée par les salariés.

Cet équipement est remplacé dans le cadre du Grand Carénage, le programme de travaux qui doit permettre d’exploiter des centrales au-delà de leurs 40 ans.
Qui doit permettre de suturer les sections de la tubulure qui ne sont plus fonctionnelles afin d’éviter une explosion de GV quand le réacteur sera remis en service…

« Six inspecteurs de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN, NDLR) se sont rendus sur les lieux dès le 31 mars. L’ASN prendra le temps nécessaire pour se prononcer sur les causes », indique Guillaume Bouyt, son responsable régional.
Evidemment ; plus c’est long, plus c’est bon. Et Henri Corion qui avait soulevé le problème de cet alliage dès les années soixante et qu’ EDF a viré parce que Westhinghouse avait prétendu qu’il était un agent du KGB, il a été réhabilité ? Indemnisé ? On a salué sa mémoire ? Ou bien il faut encore attendre ?
Image 3
Comment la chute d’un générateur de vapeur a-t-elle pu se produire ? EDF la jugeait impossible, a souligné au JDD Jacques Repussard, le directeur général de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN).
Pas exactement ; EDF s’attendait à un accident de type rupture de tube, spectaculaire et donc immédiatement repérable ; EDF n’avait probablement pas prévu un accident silencieux – à l’exception du moindre rendement du GV affecté – qui se signalerait seulement au moment des opérations de manutention.

Une opération de manutention pas tout à fait comme les autres.
Certes ; mais il faudrait tenter de préciser en quoi.

Par le passé, l’énergéticien a remplacé sans difficulté des dizaines de ces équipements sur des réacteurs de 900 MW.
Ici, par exemple, se poser la question : pourquoi remplacer un nombre si considérable de ces équipements ?

Mais l’opération qui a eu lieu à Paluel est moins habituelle : le générateur évacué est celui d’un réacteur de 1 300 MW. C’est la troisième fois seulement qu’un équipement de ce type est enlevé. Les deux premières fois, c’était aussi à Paluel, dans les semaines précédentes. La difficulté avec ce type de générateurs de vapeur, c’est que leur mise en place s’est faite en deux parties. Or, ils doivent désormais être sortis en une seule pièce, en raison de la radioactivité contenue à l’intérieur.
Nous y sommes ; c’est là qu’il aurait fallu être un peu plus pressant de façon à cerner l’état de ces fameux tubes d’échange de chaleur…

La procédure est plus simple avec ceux de 900 MW puisqu’ils ont été installés d’un seul tenant.
Le problème n’est pas là

Des ONG et des syndicats du groupe voient dans cet accident le symptôme de dysfonctionnements touchant l’ensemble du parc d’EDF.
Ça les occupe.

Trop de sous-traitance ?
Là non plus, ce n’est pas une nouveauté ; comme le règlement prévoit qque chaque salarié permanent ne peut être exposé par an qu’à x millisieverts, il faut bien employer des types qu’on ne reverra plus pour faire le sale boulot ; ils prennent leur dose en une semaine et on n’en parle plus.

Premier problème pointé du doigt : un recours excessif à la sous-traitance. « En 20 ans, la part des travaux de maintenance sous-traités est passée de 20 à 80% dans les centrales nucléaires », regrette Thierry Raymond, représentant de la FNME-CGT(1), un syndicat qui appelle à réintégrer les activités de maintenance au sein d’EDF.
On peut toujours regretter ; ça mange pas d’pain.

Ce qui est certain, c’est qu’en décembre déjà, une structure de levage était tombée.
Cela prouve à l’évidence qu’on aurait dû s’interroger avec toute la rigueur nécessaire sur ce premier accident : Masse plus importante que prévue ? Répartition irrégulière de celle-ci ?

Par la suite, la FNME-CGT avait alerté l’énergéticien à plusieurs reprises : elle doutait de la capacité de l’entreprise sous-traitante, Orys, à réaliser correctement les travaux. « Face à ses difficultés financières, EDF a peut-être accepté les offres les moins chères, provenant de sous-traitants n’ayant pas les compétences requises », s’inquiète Monique Sené, la fondatrice du GSIEN(2)Image 2
Probable, en effet

EDF affirme de son côté que les sociétés sollicitées à Paluel ont été contrôlées par deux experts indépendants.
Pourquoi fallait-il changer de prestataire de service, si ce n’est justement pour éviter les cumuls d’exposition ?

Des conditions de travail et une gestion des compétences critiquées
Le problème de fond n’est toujours pas abordé…

Les compétences des sous-traitants ne sont pas les seules mises en cause. « Ce type d’accident n’arrivait pas par le passé. C’est l’expression d’une perte de savoir-faire industriel. Et de l’impréparation du Grand Carénage », estime le militant antinucléaire Guillaume Blavette.
Ferait bien de se renseigner un peu plus sérieusement, « le militant antinucléaire »…

A l’origine du problème, une mauvaise transmission des compétences d’une génération à l’autre et des réductions d’effectifs. Des critiques infondées selon EDF. Le groupe affirme avoir anticipé les départs en retraite dans ses recrutements. Il souligne avoir mis en place des dispositifs de formation et de transferts de savoir-faire, notamment par le biais de parrainages.
Bla bla d’un côté, bla bla de l’autre…

Enfin quid des conditions de travail sur ces chantiers ? La FNME-CGT les juge « déplorables ». Elle dénonce une pression forte pour respecter les délais et de fréquents dépassements des horaires.
Ça, c’est sûr, on sait faire à la CGT, on ne sait même faire que ça.

L’enquête suit désormais son cours. Elle devra déterminer les causes de l’accident et évaluer les dégâts occasionnés.
Ben voyons…

Reste à savoir quelles seront les conséquences pour EDF. A ce jour le dispositif de sanctions appliqué ne fait pas l’unanimité. « Jusqu’à présent, l’ASN pouvait faire des recommandations et avertissements, ou faire fermer l’installation. Entre les deux extrêmes, il n’y avait rien. L’exploitant jouait sur l’absence de sanctions graduées », estime Roland Desbordes, le président de la CRIIRAD(3).
Il y a une question infiniment plus urgente à se poser, pour qui dirige la CRIIRAD : qu’est-ce qui garantit la sécurité des populations en cas d’explosion de GV ? Existe-t-il une procédure spécifique d’alerte ? Des consignes de sécurité ne devraient-elles pas être distribuées dans les zones à risques ?

La Loi de transition énergétique pourrait résoudre le problème, puisqu’elle prévoit un plus large éventail de sanctions…
Si ça n’était pas tellement tragique, on pourrait en rire…

Article initialement publié le 6 avril 2016 sur Novethic.

(1) Fédération nationale des mines et de l’énergie CGT
(2) Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire
(3) Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité

Les nouveaux écolos ont tué l’écologie anxiogène par Lucile Berland, Slate.fr, 02/05/16

Fini l’écologie catastrophiste, normative et illisible dans le débat politique. Les nouveaux écolos ont le sourire, de l’humour, des smartphones et des milliers d’idées concrètes qu’ils mettent en œuvre en cassant tous les modèles.
C’est qui, cette conne ? Couvent, pardon, lycée Notre Dame des Oiseaux, rédactrice à La Croix et au Figaro… une bien-pensante, en tous cas.

Avril 2012. Journal télévisé de France 2, 20-Heures. Cela fait plus de dix ans que Nicolas Hulot, visage de l’écologie militante, tire la sonnette d’alarme sur le plateau de Laurent Delahousse. La majorité des gens ne cerne ni l’ampleur, ni l’urgence de sa cause:
«On s’habitue au tic-tac des bombes à retardement. Le changement climatique c’est la mère de toutes les menaces!
Image 5— On sent comme un parfum d’apocalypse [dans vos propos]…
Pourquoi prend-elle l’initiative de compléter de son propre chef le commentaire du journaliste ? Il se pourrait bien que les théologiens du Vatican aient fini par la prendre au sérieux, l’Apocalypse ; grosse différence avec les écolos catastrophistes : ceux-là la considèrent comme inévitable quand ceux-ci se battent depuis des lustres pour l’empêcher.

— L’apocalypse ne viendra que si l’on reste le nez sur nos ordinateurs à regarder le monde se défaire!»
Nicolas Hulot a raison, comme toujours. Et si Mademoiselle Berland s’était un tant soit peu intéressée à la COP21, elle saurait qu’à l’occasion il ne manque pas d’humour…

Ceux qui ont 20 ans et regardent ces images voient très bien de quoi Nicolas Hulot veut parler. À l’école primaire, ils ont appris la liste des animaux en voie de disparition et ont compris le phénomène d’effet de serre. Au collège, ils ont frémi devant le documentaire d’Al Gore Une vérité qui dérange (2006), en découvrant la terre souillée par les excès de leurs parents et grands-parents.
Enseigner, c’est préparer le mieux possible les enfants à vivre dans le monde qui sera le leur. Ce n’est certainement pas leur raconter les aventures de la Sainte Vierge avec le type qui s’est fait passer pour un ange et le vieux Joseph.

Ils ont vu leur courbe de taille et de poids grimper au rythme de celle des températures et du niveau de la mer.
Ambigu et maladroit ; ça pourrait aussi vouloir dire : plus tu te bourres de hamburgers chez McDo, plus les vaches des fermes industrielles pètent et rotent, plus elles envoient de méthane dans l’atmosphère, plus elles augmentent la déstabilisation climatique.

Les baby-boomers ont du mal à abandonner du jour au lendemain le confort acquis durant les Trente Glorieuses; leurs enfants façonneront le monde de demain.
Incohérent, cette fois ; les écolos catastrophistes qui précèdent cette jeunesse écolopositive appartiennent justement à la génération des babyboomers…

Contre toute attente, cette génération, dite Y, va «lever les yeux de son ordinateur».
Toujours le même simplisme caricatural… La phrase de Nicolas Hulot est pourtant claire : « L’apocalypse ne viendra que si l’on reste le nez sur nos ordinateurs » ; ce qui signifie : « si on lève le nez et qu’on se décide à agir, alors il est possible d’éviter la catastrophe ».

Du fainéant au geek asocial, les clichés collent encore à la peau de cette génération, née dans les années 1980-1990. Avec des revenus inférieurs de 20% à la moyenne nationale et un taux de chômage deux à trois fois plus élevé que ses aînés, elle partait pourtant avec quelques atouts en moins que ses parents au même âge.
Ici on caresse la bête dans le sens du poil. Pour quel motif ? Accessoirement les parents ont commencé à en baver à partir de la crise de 1975. Mais comme Mademoiselle n’était pas née, ça ne la concerne pas.Image 5

Ces 18-30 ans sont nés avec un smartphone dans une main, mais ils ont une fleur dans l’autre et esquissent –lentement mais sûrement – le visage moderne de la cause écolo. Jeune, drôle, pragmatique, optimiste, elle est en train de ringardiser, sans en avoir toujours conscience, l’écologie politique héritée des années 1970, institutionnelle, souvent catastrophiste et inaudible du grand public, tant elle effraie et paralyse.
C’est vraiment insupportable. Comment croyez-vous que la vigie du pont avant du Titanic, après qu’il ait hurlé « C’est pas un nuage ! C’est un iceberg ! Il faut virer de bord ! » aurait supporté qu’on lui dise  » Tais-toi ! Tes propos sont anxiogènes » ?

Difficile de dire quel pourcentage de la génération Y représentent ces «néo-écolos».
Après toutes ces assertions catégoriques (et même « universelles affirmatives » comme disent les logiciens), c’est un peu tard pour se poser la question…

Mais on peut les décrire. Grâce à internet et aux nouvelles technologies, ils cogitent, évaluent, questionnent en permanence l’impact de leurs faits et gestes sur leur environnement ou leur santé. Ils se regroupent en réseau, participent à des actions éphémères, crient de faux slogans dans les manifs, manient à merveille l’humour et les supports de com’ décalés. Ils achètent malin, consomment collaboratif et seconde main, ils partagent, troquent, recyclent, se prêtent, réemploient…
A quoi les « écolos ringards » ont-ils appelé pendant toutes ces années, sinon précisément à ces pratiques-là ? Et bien d’autres d’ailleurs ; mais Mademoiselle ne doit pas être au courant.

Entre prise de conscience écolo et baisse du pouvoir d’achat, ils ont opté pour une forme de «frugalité choisie» qui pourrait se résumer à cette maxime: «Consommer moins mais consommer mieux».
Ouahhh, quelle créativité !!! La notion princeps c’est celle de « sobriété heureuse » et on la doit à Pierre Rabhi, un vieil écolo ringard…

Les Indiens du Canada préfèrent mourir ; par Louise Couvelaire Le Monde | 22.04.2016
Amis Indiens, hauts les cœurs ! La guerre est déclarée à l’absurdité du monde comme il va.

Ravagés par le chômage, l’alcoolisme et l’oubli, des dizaines d’Amérindiens du Nord canadien mettent fin à leur jour. Le chef d’une communauté a déclaré l’état d’urgence.
Un regard « diagnostique » qui n’est peut-être pas le plus approprié…

Ils sont cinq jeunes, ce vendredi 15 avril, à avoir tenté de se suicider. La semaine précédente, ils étaient 13, dont un garçon de 9 ans, à avoir conclu un sinistre pacte : mettre fin à leurs jours. Alertées par un adulte ayant surpris leur Image 1conversation, les autorités les avaient immédiatement conduits à l’hôpital pour une évaluation psychologique.
Et si ce n’était pas le pacte, la cause, mais une vie invivable ? Et si la « psychiatrisation » n’était pas la réponse adéquate à ce mal de vivre ? Si c’était au contraire, avec le chômage et l’alcoolisme, une forme supplémentaire de marginalisation ?

« J’implore le gouvernement »
Car à Attawapiskat, on ne prend pas ce genre d’intention à la légère. Dans ce village de 2000 habitants dans le nord de l’Ontario, 86 membres de la nation Cris ont essayé de mourir en septembre dernier. Ils étaient 28 en mars. Même s’il est plus marqué chez les jeunes, le phénomène touche tous les âges, de 11 à 71 ans. Si bien que le chef d’Attawapiskat, Bruce Shisheesh, a déclaré l’état d’urgence et donné l’alarme. « J’implore nos amis et le gouvernement, nous avons besoin d’aide. J’ai des cousins et amis qui ont tenté de se suicider », a-t-il déclaré à la télévision canadienne.
Nous voilà déjà bien éloignés de l’idée du pacte entre adolescents. C’est toute la communauté qui souffre.

Ce village autochtone n’est pas le seul à faire face à une vague de suicides. En mars, une autre tribu Cris, Pimicikamak, plus à l’ouest, dans le Manitoba, avait elle aussi déclaré l’état d’urgence après la mort de plusieurs adolescents et 140 tentatives et menaces de suicide en trois mois. Même phénomène chez les Inuits de Kuujjuak, dans l’Arctique québécois, avec le suicide de cinq jeunes, âgés entre 15 et 20 ans.
Image 2L’étendue de ce mouvement d’anéantissement devrait inciter à chercher des causes plus générales et plus profondes que des accidents de parcours individuels, aussi fréquents soient-ils.

« Il y a depuis longtemps de graves questions de santé mentale et de toxicomanie dans certaines communautés » Un porte-parole du ministère de la santé.
Le suicide, l’alcoolisme et la toxicomanie ne sont pas la question mais la réponse… la réponse à l’impossibilité de vivre selon les standards capitalistiques et destructeurs nord-américains. Ce porte-parole devrait commencer par se demander si ne sont pas plutôt les normes de la société dans laquelle il vit qui devraient être questionnées.

L’Assemblée des Premières Nations, l’organisation qui représente les 634 communautés amérindiennes à travers le Canada, décrit « une tragédie nationale qui exige une action immédiate ». Sa présidente, Perry Bellegarde, a réclamé la mise en place d’« une stratégie nationale de lutte contre le suicide ». Pour l’heure, à Attawapiskat, une équipe d’intervention de crise de 18 personnes, composée de travailleurs sociaux et d’intervenants en santé mentale, a été dépêchée en urgence.
Voilà enfin la mesure du problème : ce ne sont pas deux ou trois communautés où, par accident, se seraient implantés l’alcoolisme et la toxicomanie. Ce sont toutes les nations amérindiennes qui sont atteintes. Ce qui est dire, une nouvelle fois, que les travailleurs sociaux et les psychologues ne seront pas plus efficaces qu’un cautère sur une jambe de bois.

En 2007 déjà, une étude publiée par la Fondation autochtone de guérison (aujourd’hui dissoute) avait révélé que le taux de Image 3suicide chez les jeunes autochtones du Canada (Premières Nations, Inuits et Métis) était cinq à six fois supérieur à la moyenne nationale canadienne.
Ça fait donc bientôt 10 ans qu’il aurait fallu mettre en place d’autres façons d’aborder le problème…

Des communautés par ailleurs plus exposées à l’alcoolisme et à la violence. Les conditions de vie de ces populations sont pointées du doigt. Insalubrité des abris (sans eau ni électricité), surpeuplement (les familles s’entassent souvent à quinze dans quelques mètres carrés), taux de chômage élevé (jusqu’à 80 % dans certaines réserves), isolement (la ville la plus proche d’Attawapiskat, par exemple, est à 500 kilomètres)…
Tous critères du « monde développé »… Comment s’abritaient, s’éclairaient, se chauffaient les Indiens autrefois ? C’est cela qu’il faut restituer à ces communautés : les conditions originelles de leur vie. Mais cela suppose de renoncer, au moins dans les réserves, à l’économie de la dévastation. Cela suppose de cesser d’instiller méthodiquement à ces peuples les prodromes de la « société de consommation », qu’on pourrait aussi bien nommer « société de la destruction ».

Les conséquences d’un « génocide culturel »
Autant de maux qui viennent s’ajouter à un traumatisme plus ancien : des générations ont été marquées par les séjours forcés en pensionnats organisés par le gouvernement jusque dans les années 1990. Des internats destinés à « évangéliser » et « assimiler » les enfants des réserves. En décembre dernier, la Commission de vérité et réconciliation du Canada a estimé que cette pratique avait constitué un « génocide culturel »…
Don Talayesva, dans « Soleil hopi », racontait la même chose… Parmi les plus grands malfaiteurs de l’humanité, il faudrait placer Paul le Tarsiote dans le trio de tête. Tous ces enfants, élevés dans une culture millénaire, respectueuse de l’être revenu que sont chacun d’entre eux, exempte de « pêché originel »… on les empoisonne avec l’idée de la nullité du dire des adultes tutélaires. Désormais, fleurs coupées… Alors le suicide apparaît quelque part comme le moyen de rnouer avec les origines.

Image 4Ce n’est pas la première fois que les tribus autochtones tentent d’alerter les autorités sur les conditions de vie déplorables des 1,4 million d’Amérindiens, Métis et Inuits qui composent un peu plus de 4 % de la population du Canada. En octobre 2011 déjà, la chef de la réserve d’Attawapiskat avait, elle aussi, décrété l’état d’urgence. Un an plus tard, elle avait planté son tipi dans la neige sur l’île de Victoria, près du Parlement canadien, à Ottawa, avant d’entamer une grève de la faim. Sans beaucoup de succès.
Insupportable fatuité de ces hauts dignitaires canadiens ! Vous auriez dû venir vous prosterner devant elle… Parce que c’est elle, son peuple et tous les autres qui vous enseigneront demain comment vivre de peu dans un monde qui survivra. A moins qu’en Molochs abrutis par votre pipe-line trans-Canada et vos écrans publicitaires, vous continuiez à sacrifier vos propres enfants sur l’autel de ce que vous nommez « la croissance » ou « le développement ».

Cette fois-ci, le gouvernement de Justin Trudeau a prévu d’injecter 8,4 milliards de dollars en cinq ans pour améliorer les infrastructures, les logements et l’éducation. Dans un tweet daté du 10 avril, le premier ministre canadien a écrit que ces événements lui « brisaient le cœur » et promis d’« améliorer les conditions de vie pour tous les peuples autochtones ».
Si vous ne leur aviez pas tout pris, ils n’auraient que faire de vos si précieux morceaux de papier. Mais ce dont ils ont vraiment besoin, c’est de l’espace, des forêts, des bêtes et de retrouver les lois qui sont les leurs, le monde qui était le leur avant que vous ne mettiez la main dessus. Le leur restituer, c’est accorder à vos propres enfants aussi une chance de survivre. Les malades, c’est vous, avec vos montagnes de marchandises et vos grosses cylindrées ! Fasse la marche du temps que vous puissiez encore, un jour, venir prendre des leçons de vie au seuil de leurs tipis, apprendre à vous arrêter, à réfléchir, à contempler le ciel, à créer modestement de la beauté… et retrouver du plaisir dans le simple échange quotidien des paroles.

L’ultime utopie libérale
Is it possible to reduce CO2 emissions and grow the global economy ?
Découpler les émissions de GES et le développement économique

Un article paru dans The Gardian le 14 avril 2016, émanant de Yale Environment 360, magazine de l’université de Yale

Surprising new statistics show that the world economy is expanding while global carbon emissions remain at the same level. Is it possible that the elusive ‘decoupling’ of emissions and economic growth could be happening?
Oh merveille des merveilles ! Les émissions baissent et la croissance s’élève. On doit donc pouvoir conserver le même modèle économique en se débarrassant du petit inconvénient de la déstabilisation climatique.
Comme d’habitude – à l’instar du monde de la bourse – la moindre assertion, fondée ou non, est pourvue d’effectivité. Or ce n’est pas parce que les émissions baissent que le CO2 ne continue pas à s’accumuler dans l’atmosphère et, par conséquent, que sa quantité ne continue pas à augmenter. Si toutes les émissions cessaient à cette seconde, les 400 ppm en suspension n’en continueraient pas moins à accumuler de l’énergie solaire supplémentaire pendant encore un siècle.

The statistic is startling. In the past two years, the global economy has grown by 6.5 percent, but carbon dioxide emissions from energy generation and transport have not grown at all, the International Energy Agency (IEA) reported last month. CO2 emissions in Europe, the United States, and — most stunningly — China have been falling. What is going on ?
L’énergie et les transports… Statistique opportunément tronquée ; l’agriculture compte pour 24% des émissions et propulse dans l’atmosphère un autre gaz, le méthane, 5 fois moins durable mais 20 fois plus efficace. Or avec une population globale en croissance continue, on voit mal comment on se passerait de l’agriculture.

These numbers raise a key question of huge importance if nations are to avoid the worst effects of climate change : Is the http://world on a path toward “decoupling” economic activity from carbon dioxide emissions ?
La question ne se pose pas longtemps : la réponse est « Non » pour les raisons qu’on vient de dire. La croissance économique implique des échanges marchands, c’est-à-dire des transports. Va-t-on remplacer les navires et les avions par des voiliers et des ballons ? C’est improbable. Dans un monde fini avec des ressources limitées, aucune croissance indéfinie n’est possible. On touche déjà la limite pour le phosphate nécessaire à l’agriculture industrielle ou les terres rares indispensables aux dernières sophistications technologiques.

Put another way: Is the idea of a future of “green growth,” with prosperity rising and emissions falling, real? Or as some fear, is it a dangerous myth?
Mythe dangereux, en effet. Plus tôt nous comprendrons qu’il faut réinventer un autre modèle économique (éco, la demeure ; nomos, la loi), meilleures seront les chances de survie de nos enfants.

When the United Nations holds an official signing ceremony for the Paris climate agreement on April 22, the hope is this high-profile event will ensure political momentum for meeting the Paris pledge to halt global warming at “well below” two degrees Celsius. But even climate scientists elated by the Paris agreement agree that, even with political will, the task will be extremely tough. Many are unsure whether to be optimists, keen to show the job can be done, or pessimists, determined to ensure nobody thinks it will be easy.
Of course… Le défi, c’est de passer (sans trop de heurts) de ce modèle délirant à la croissance zéro, de la consommation à outrance au minimum vital, des pratiques destructrices aux gestes conservatoires.

In its analysis last month, the IEA, a body linked with the Organization for Economic Co-operation and Development (OECD), reported that global CO2 emissions from energy-related activities have not risen since 2013, staying at 32.1 billion tons even as the global economy grew.
Toujours le même biais statistique… Est-ce que les rejetons de la Yale upper class ont tant besoin de se rassurer ? Il est vrai qu’ils ont désormais à choisir entre un modèle social qui leur promet une vie facile – mais que rien ne garantit plus désormais – et un avenir incertain mais encore possible.

This surprising “decoupling” of emissions from economic activity was led by the two largest emitters, China and the U.S., which both registered declines in emissions of about 1.5 percent.
On se raccroche à ce qu’on peut…

The IEA finding followed a similar conclusion about global emissions from an international team of climate scientists, headed by Corinne le Quere of the University of East Anglia in England, reported during the Paris climate conference last December.
…ou à qui vous fait encore de rassurantes promesses.

A good part of the decoupling, both studies agree, is attributable to China. Its turnaround has been “quite remarkable,” says Fergus Green, an analyst of China’s energy policy at the London School of Economics. The country’s coal use grew annually by more than 8 percent between 2000 and 2013, and that growth was the biggest single cause of rising global CO2 emissions. As recently as 2011, China got 80 percent of its electricity from coal.
En toute objectivité il faudrait inclure dans cette approche la politique actuelle de la Chine en Afrique, qu’il s’agisse de l’emprise agricole ou des unités industrielles délocalisées, et établir leur bilan en la matière.

But growing concern about killer smogs has triggered new controls that mean many coal-burning power plants in China have now been mothballed. Coal burning fell by 3 percent in 2015, by which time the percentage of China’s electricity produced by coal had fallen to 70 percent, according to the IEA.
Fog…

Chinese emissions from oil and gas burning continue to grow, Green says. But that is more than counterbalanced by a combination of declining use of coal and reductions in energy demand from structural changes in the Chinese economy, with energy-guzzling heavy industries like cement and steel production both now declining.
Moins de ciment mais aussi moins de vélos et plus de voitures roulant à l’essence.

Per head of population, Chinese emissions exceed those of Europe, even though average income is less than a half that of citizens of the European Union. But China seems set on the road to climate redemption. In Paris, Beijing pledged to peak emissions by 2030. In fact, it may already have done so, says Green. And even if not, he foresees only small increases from now on.
China is following a road already taken by more economically developed nations. The carbon intensity of high-income OECD countries has more than halved since 1970, meaning half as much CO2 is now emitted for every dollar of GDP.
Là encore, on se rassure à bon compte.

Lately, things have gone further. U.S. emissions have been falling for more than half a decade now, as coal burning is replaced by fracked natural gas and wind power. The United States has become 28 percent richer, but 6 percent cleaner since 2000, says Nate Aden of the World Resources Institute, who reported that, since 2000, 21 countries — all in Europe, except the U.S. and Uzbekistan — have reduced their carbon emissions while growing GDP.
Dans ce Produit Intérieur Brut qui, en l’occurrence, paraît encourageant, il ne faut pas oublier qu’entre aussi l’impact économique des catastrophes (réputées naturelles ou pas) comme les séismes induits par la fracturation hydraulique, l’incendie géant de Fort McMurray ou les inondations en Île-de-France.

Britain, for instance, grew its economy by 27 percent while cutting emissions by 20 percent between 2000 and 2014.
De quoi est-elle faite, cette croissance économique anglaise ? Du hacking tax free de la City ou du travail servile des immigrés dans les caves ? Churchill aussi s’y était entendu à faire affluer les capitaux qui ne demandent ensuite qu’à s’investir. Bilan : la crise de 1929 et les suites que l’on sait… Ces charmants jeunes gens de Yale ont quand même eu le courage de mentionner plus haut que seuls le Etats-Unis et l’Ouzbékistan n’ont pas réduit leurs émissions.

Part of this national decoupling is a result of advanced economies offshoring heavy industry to places like China, says Aden, with most of the “decouplers” having reduced the industrial share of their economic activity. But this is a minor element, he believes. These 21 nations show an average emissions reduction of 15 percent, but cuts in the industrial share of GDP are just 3 percent.
Ah, quand même ! Au fond, c’est comme avec les déchets toxiques : on exporte ses saletés en Afrique ou ailleurs, là où la pauvreté – et la corruption qui va avec – ne rend pas les gens trop regardants.

That said, clearly not all countries are decoupling. Emissions continue to rise in much of Asia and the Middle East. From Turkey to India, enthusiasm for coal remains strong. India has plans to double its already large coal production, which the Delhi government justifies by pointing out that its per-capita emissions remain only one-tenth of those of the U.S. But optimists note that, despite the bluster, India also has big plans for expanding solar energy production.
Comme quoi, dans un contexte global de oil dependant economy, il importe de modérer son enthousiasme. Ici il aurait été bienséant de mentionner les 600 milliards de $ de subventions directes au pétrole et au charbon.

It is far from clear, says the University of East Anglia’s le Quere, that the world has yet reached peak emissions of CO2 from energy sources — still less that this translates into a peak in greenhouse gas emissions overall. But with the three largest emitters — China, the U.S., and the European Union — all showing evidence of decoupling, the signs are suddenly rather encouraging.
Contresens. Ces subventions – et les indirectes qui financent les externalités négatives du pétrole et du charbon atteignent le chiffre astronomique de 3 900 milliards de $ – attestent à l’évidence une économie carbo-dépendante.

(…) Et ça continue dans la même veine : collecter fallacieusement toutes les raisons qu’il y aurait d’espérer la poursuite du même gavage matériel et financier par d’autres moyens. Au passage une petite notation intéressante :

There is no modern precedent. Global CO2 emissions growth briefly faltered in the early 1980s, in 1992, and again in 2009 ; but in each case this was due to a decline in economic activity.
C’est pourtant la preuve par 9 : la seule façon d’obtenir un arrêt des émissions, c’est un arrêt de l’économie de la dévastation.

The biggest cause of decoupling is the dramatic growth of renewable energy. Last year, more than twice as much money was put into new capacity for renewables such as solar and wind power than into new power stations burning fossil fuels, according to a new analysis by the Frankfurt School of Finance and Management. For the first time, the majority of this investment was in developing countries, with China responsible for 36 percent of the total.
In french « dramatic » means spectaculaire. Là encore, la question des subventions aux énergies fossiles est éludée.

The reason has as much to do with price as climate policies. The cost of photovoltaic equipment, much of it manufactured in China, has fallen by 80 percent in the past decade. As a result, auctions for solar power in Texashave recently seen prices as low as 4 cents per kilowatt hour, which is below the price of most coal-generated energy.
Much below, si l’on prend en compte l’argent public qui maintient au plus bas le prix des ENFossiles ; mais il faudrait aussi poser la question de l’intermittence des ENRenouvelables. La vraie solution, c’est la baisse de la consommation et, par conséquent, la mise en place d’un modèle économique alternatif.

(…) Suivent des microanalyses statistiques sur les émissions et les investissements.

But there are countervailing trends. The IEA’s emissions audit does not cover all CO2 emissions. Deforestation for the past half century has been a major source of greenhouse gas emissions, although that too now appears to be declining. More worrying — because they are still increasing fast but were left out of the Paris agreement — are emissions from international aviation and shipping.
Tiens, voilà quand même les avions et les bateaux…

Expansion plans for the aviation industry could lead to emissions from this source tripling by 2040, says Annie Petsonk of the Environmental Defense Fund. Once these are taken into account, “the decoupling claimed for many nations disappears altogether,” says Kevin Anderson of the University of Manchester in England.
Of course… Ce qui prouve, encore une fois que c’est bien le development pattern qu’il faut interroger.

The aviation industry may reach agreement later this year on plans to offset its emissions by investing in United Nations schemes for forest conservation.
But some environmentalists are concerned that the industry will simply be funding projects already promised by governments as part of their plans to meet their Paris pledges. If so, there will be no additional benefit to the planet.
L’illusion habituelle : planter des arbres pour compenser le CO2 qu’on envoie dans l’air n’a pas d’effet durable ; au terme de la croissance de ceux-ci, on est à l’équilibre, sauf à soustraire le bois des forêt comme matériau de construction.
C’est, comme souvent, plutôt de la « com ». A 200 litres de kérosène / minute et 80 000 vols par jour, une certitude s’impose : il faut arrêter l’avion. Solar Impulse ou rien !

There are growing concerns too about trends for some other greenhouse gases — in particular, the second most-important man-made planet warmer, methane, the main constituent of natural gas. When burned, natural gas produces energy with fewer CO2 emissions than coal. But if distribution systems leak significant amounts of gas, the warming effect of that methane could negate the benefit of switching off coal.
Tiens, voilà enfin le méthane… Ces jeunes gens de Yale, cuillère en argent dans la bouche dès la naissance, ont déjà un art consommé de la dialectique politico-financière. « Mais si, on a parlé du méthane ! » Mais plus loin, sans faire la somme, en se contentant de suggérer…

“Methane numbers may undermine the basic thesis [of decoupling],” says climate activist Bill McKibben, who recently wrote in The Nation that U.S. emissions of methane — “CO2’s nasty little brother” — have increased by more than 30 percent. In the article, McKibben pinpointed leakage from fracking as the likely cause.
Décidément, il faudra choisir. Et si l’activiste écolo avait raison ? Mais peut-être ces maîtres du monde en herbe envisagent-ils une solution darwinienne au problème de la déstabilisation climatique globale…

This is a damaging failure of regulation, but at least it is fixable, at relatively low cost, according to studies by the United Nations Environment Programme. And while methane is a potent greenhouse gas, its lifetime in the atmosphere is roughly a decade, so we won’t be living with the consequences for nearly as long as those from CO2 emissions.
Voilà de quoi se rassurer, n’est-ce pas ? Sauf que rien ne permet de penser qu’il sera plus aisé de limiter les émissions de méthane que celles de dioxyde de carbone. Ce serait même plutôt le contraire…

Even if global emissions of CO2 and other greenhouse gases can be curbed, however, this won’t fix climate change, say critics of the decoupling narrative. The big problem is that warming is driven not by annual emissions but by the accumulation of greenhouse gases in the atmosphere. And while methane may disappear relatively quickly, CO2 hangs around for centuries.
Waouhh ! Ils viennent de découvrir que le CO2 persistait longuement dans l’atmosphère… Serions-nous, cette fois, partis pour de la « géo-ingéniérie » qui est, elle aussi et fort heureusement, du développement économique ?

Last year, CO2 concentrations in the atmosphere exceeded 400 parts per million (ppm) for the first time. According to the U.N.’s Intergovernmental Panel on Climate Change, keeping global warming below two degrees probably requires keeping this figure below about 450 ppm. That means emitting in total no more than about 800 billion tons of CO2 from all sources — or less than 20 years worth at current rates. In practice, emissions have to be brought down to zero by mid-century.
Oui ; fort bien. Mais comment ? On arrête l’agriculture ? Sans parler de la fermeture du puits biogéochimique des océans…

“Set against the small and rapidly dwindling carbon [emissions] budgets associated with the Paris Agreement… the tentative signs of decoupling are of little relevance,” says Anderson, of Manchester University, an avowed pessimist. “The concept of green growth is very misleading.”
C’est le moins qu’on puisse dire. Sauf à renoncer à l’american way of life, including calfs and beefs…

Others are more optimistic. Even if decoupling cannot limit warming to two degrees, it could deliver three or four degrees, after which the world might find ways to draw down CO2 from the atmosphere. But all agree the bottom line is that, as le Quere puts it, “we need to bring emissions down to zero. The faster we decrease the emissions, the less risk we take.”
Géo-ingéniérie, nous y sommes… Bilan de cette brillante étude : on change rien ; on inventera au fur et à mesure.

Decoupling is real, but it is just the start.
On change rien. Vive le libéralisme économique ! Que les plus forts gagnent et que les autres crèvent ! God bless America !
Farewell, gilded youth. But I warn you : tomorrow world will not be what you expect and neither will you survive … unless you start to worry for truth.

Le G7 annonce la fin des subventions aux énergies fossiles d’ici 2025
On croit rêver… Pourquoi ne pas attendre 2050 ? Avec un tiers de la population mondiale anéantie dans les catastrophes climatiques ou leurs conséquences (famines, épidémies, guerres civiles et étrangères), la consommation d’énergies fossiles baissera d’elle-même et les subventions suivront.

Le G7 vient de prendre une position forte lors de sa réunion au Japon pour stopper les subventions aux énergies fossiles en 2025. Un objectif qui s’inscrit dans le cadre des engagements pris lors de la COP21.
Une position forte ??? Presque 10 ans de SUBVENTIONS supplémentaires alors qu’il faudrait tout faire pour dissuader les acteurs économiques de les employer !!! Ce sont des TAXES – et conséquentes- qu’il faudrait imputer au pétrole, au charbon et autres gaz de schiste.

Réunis au Japon, les dirigeants du G7 (Royaume-Uni, États-Unis, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon et l’Union européenne) se sont entendus pour mettre fins aux subventions des énergies fossiles d’ici une décennie. « Pour la première fois, le G7 a fixé une date butoir pour mettre fin à la plupart des subventions aux combustibles fossiles (…) d’ici fin 2025 », peut-on lire dans la déclaration finale du sommet.
Waouuhhh ! Superbe exploit des leaders du libéralisme économique. la concurrence ? La liberté d’entreprendre ? La main invisible ? La régulation par le marché ? Rien à foutre ! Compétition ou pas, si tu peux shooter ton économie au pétrole, grimpe sur le podium sans état d’âme. L’honnêteté, c’est pour les cons.

« Compte tenu du fait que la production et l’utilisation d’énergie comptent environ pour deux tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre, nous reconnaissons le rôle crucial que le secteur de l’énergie doit jouer dans la lutte contre le changement climatique. Nous demeurons engagés à l’élimination des subventions aux combustibles fossiles inefficaces et encourageons tous les pays à le faire en 2025 », expliquent les pays signataires.
Bla, bla, bla… Rhétorique pourrie de menteurs professionnels.Image 1

5 700 milliards par an

Reste à savoir quelles sont les « énergies fossiles inefficaces », la cible principale demeurant le charbon, premier contributeur aux émissions de CO2 de la planète. Dans une étude publiée par le fond monétaire international en 2015, il était estimé que les Etats du monde consacrent chaque année 5 700 milliards de subventions aux entreprises extractives d’énergies fossiles.
Selon une étude du F.M.I., 5 700 milliards de dollars (on manque de précision à « L’usine nouvelle »…) d’argent des contribuables des pays développés, généreusement distribués aux empoisonneurs, pendant qu’on peine à trouver les 130 milliards $ qui permettraient d’abonder le fonds vert et d’enclencher sans attendre la transition énergétique dans le Tiers Monde… Autre précision utile : cette somme se décompose en 600 milliards $ de subventions directes, le reste étant constitué des externalités négatives des énergies fossiles, couvertes par les états.

Plus généralement, l’accord final souligne que « L’énergie joue un rôle crucial dans le maintien de la croissance économique mondiale. (…) Nous nous engageons à jouer un rôle de premier plan dans la facilitation des investissements (…) en dépit de l’incertitude accrue posée par les niveaux de prix de l’énergie actuelle ».
Bla, bla, bla… « Un rôle de premier plan » déclarent les chefs d’état des pays les plus riches. Quand il faut vider les caisses au profit des consortiums pétroliers, pas d’état d’âme ; mais avec le même argent, encourager les ENR, alors là il ne faut pas trop leur en demander. « UN rôle » ; pas plus, pouvoir exécutif ou pas.

Par ailleurs, les dirigeants ont réaffirmé tous les objectifs pris lors de la COP21 en décembre dans le cadre de l’accord de Paris : viser une limitation du réchauffement climatique à 1,5°C, mobilisation de 100 milliards de dollars par an pour accélérer la transition énergétique dans les pays en voie de développement, viser une croissance neutre en carbone d’ici 2020, etc.
Bref, ils ont bien appris leur leçon, mais pour le reste, ça attendra. Comment peuvent-ils être assez obtus pour ne pas comprendre la nature du risque qu’ils font courir au monde entier, eux-mêmes inclus ?

Ludovic Dupin

Manchots d’Antarctique recherchent crevettes,
AFP, 08/04/16, par Roland Lloyd Parry

Très beau titre ; mais il aurait été plus judicieux d’écrire « Planète en perdition recherche puits biogéochimique de carbone »

Une armée de manchots affamés se dandine sur la glace de l’Antarctique avant de plonger dans l’eau froide. Mais le krill, petites crevettes dont ils raffolent, est moins abondant qu’auparavant, en raison de la pêche et du changement climatique.

Image 2On pouvait être plus précis : en raison de l’acidification des eaux superficielles, induite par la conjonction de la saturation de l’air en dioxyde de carbone et la basse température.

Pilier de l’écosystème antarctique, le krill est un aliment de base pour les manchots, baleines et phoques.

Certes ; mais c’est parce qu’il est, dans l’hémisphère sud, à la base de toutes les chaînes alimentaires qu’il constitue la clef de la captation du carbone par les océans, la seule durable.

Selon les scientifiques, il commence à se faire un peu plus rare dans la péninsule occidentale de l’Antarctique, même si la tendance n’est pas encore confirmée pour l’ensemble du continent.

Une bourde de plus… Comme c’est l’acidification qui est en cause, elle concerne toutes les eaux antarctiques ; empêchantImage 1 pour ce petit animal, par défaut de calcification, un développement normal, elle affecte nécessairement tout le peuplement.

« Le krill est le mets incontournable de l’Antarctique, c’est une espèce clé pour tout le monde », assure Ron Naveen (…)
Évidemment…

Ces crevettes translucides ont absolument besoin de la glace qui les protège et leur apporte les algues nécessaires à leur alimentation et leur croissance. Or celle-ci est de plus en plus fine, notent les défenseurs de l’environnement, en raison du réchauffement de la péninsule occidentale de l’Antarctique.

Totalement fantaisiste… ce n’est pas une banquise qu’il y a en Antarctique mais des glaciers. Et sous les glaciers, sauf vêlage d’icebergs, le continent ; pas l’océan. Une frange de glace littorale se forme pendant l’hiver austral et c’est seulement alors que le krill peut tenter de survivre en se nourrissant des algues qui s’y sont implantées et, éventuellement, en réduisant sa taille. Habituellement il se nourrit de phytoplancton, lequel a besoin de lumière ; pas de glace, par conséquent

« L’effet combiné de la hausse des températures, d’une acidité plus forte de l’océan et (…) des activités de pêche va créer une pression sur les populations de prédateurs qui se nourrissent surtout de krill », estime Steven Chown, biologiste de l’université australienne Monash.

Plutôt confus. Quant à l’eau de surface où vit le krill, elle résulte de plus en plus de la glace fondue (lacs sous glaciaires qui se déversent dans l’océan), donc faible densité (elle demeure en surface) et basse température, ce qui pourrait affecter la stratégie de ponte.

– La pêche en partie responsable –
Sur les glaciers bleus du continent gelé, des phoques à fourrure marron crient et se bousculent, et des baleines à bosse s’élancent au-dessus des flots, un spectacle magique pour les dizaines de touristes participant à une luxueuse excursion.

On va quand même pas s’émerveiller avec ces cons qui s’extasient sur des bêtes qui crèvent de faim après des milliers deImage 4 kilomètres au fioul !!!

Au milieu des hordes de manchots papous, on aperçoit de temps à autre un manchot Adélie, les yeux cerclés de blanc, ou un manchot à jugulaire, qui doit son nom à la ligne noire visible sur sa gorge.

C’est sûr, s’il faut pisser de la copie, on fait avec ce qu’on trouve…

Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le manchot Adélie et le krill font partie des espèces menacées par le changement climatique.

Bon Dieu, c’est pourtant pas difficile à comprendre !!! Si le krill est menacé, ce n’est pas seulement le manchot Adélie qui l’est ; toutes les espèces le sont, d’abord les océaniques de l’hémisphère sud. Ensuite comme il y a exactement le même problème en Arctique avec les ptéropodes, toutes les espèces océaniques sont en danger. Enfin comme le puits océanique est en train de se fermer et que les G.E.S. vont s’accumuler dans la basse atmosphère de façon exponentielle, toutes les espèces terrestres sont également menacées !!!

Et « il se peut que la pêche du krill soit pratiquée trop près des zones de reproduction des colonies de manchots » et de celles « où les manchots se nourrissent », observe Ron Naveen.

A pleurer de rire… ou à pleurer tout court

Environ 300.000 tonnes de krill sont pêchées chaque année, selon l’UICN. Le krill est ensuite transformé en nourriture pour poissons d’élevage ou intégré à des gélules d’Omega 3, un complément alimentaire qui aide notamment en cas d’articulations douloureuses.

La seule véritable information de ce papier miteux. Une autre, pour le même prix, qui aurait gagné à figurer ici : l’harpagophytum, plante terrestre, fait aussi bien pour les problèmes d’articulations et l’avocat est également riche en omégaImage 3 3.

Les pêcheurs se défendent de mettre en danger cette espèce: le krill pêché ne représente que 0,5% des 60 millions de tonnes avalées chaque année par les espèces marines de l’Antarctique, argue Cilia Indahl, responsable de la branche développement durable du groupe norvégien de pêche Aker BioMarine.

LA PÊCHE AU KRILL DOIT ÊTRE DÉFINITIVEMENT INTERDITE tout simplement parce que comme on s’attend à ce que cette population s’effondre, c’est la seule possibilité pour préserver sa fonction vitale. Quant à Cilia, pas besoin de réfléchir longtemps pour comprendre ce qui lui vaut son salaire.

Pour limiter la nuisance environnementale, l’entreprise explique faire avancer au ralenti ses navires, équipés de filets spéciaux afin d’éviter de blesser ou d’attraper d’autres espèces.

Image 6Non, on ne vous prend pas pour des cons… Quand on avance au ralenti pour rejoindre une zone de pêche définie, ce n’est pas parce qu’on perd du temps qu’on économise du pétrole. D’autre part si le filet est conçu pour attraper du krill – ces animaux mesurant 3 cm en moyenne – on ne voit pas comment ils laisseraient échapper les autres espèces… Mutatis mutandis, c’est comme si on prétendait qu’un pigeon a tout loisir d’échapper à un filet à papillons une fois qu’on l’a abattu sur lui. En fait ce sont des filets exclusivement adaptés à la pêche de surface.

« Nous faisons aussi attention aux zones où nous pêchons, pour être le moins possible là où se nourrissent d’autres animaux comme les manchots et les baleines », explique Mme Indahl.

Vraiment douée pour la com, Cilia… Les animaux vont là où est leur nourriture : les petits poissons là où est le krill, les gros poissons là où sont les petits… et les attachés de presse, là où il y a de bonnes primes.

Les eaux profondes et les eaux troubles
Retour sur la confrontation entre Claire Nouvian, fondatrice de BLoom, association qui lutte pour la préservation de la vie dans les océans et l’interdiction du chalutage en eaux profondes, et Gérard Comiti, président du Comité national des Pêches (France Culture, 23 mars 2016).
« 60% des stocks sont reconstitués à 100% […] dans toutes les mers d’Europe ».
FAUX Selon Gérard Romiti, ces chiffres proviendraient du consortium de chercheurs étudiant pour le compte de l’Union européenne l’état des stocks de poissons (le « Conseil international pour l’exploration de la mer » ; CIEM). C’est faux : les données du CIEM les plus récentes montrent que, pour l’Atlantique Nord-est, seuls 18% des stocks évalués sont exploités à un effort de pêche qui permettra, à terme, de générer le maximum de captures année après année. [1] On est bien loin de la durabilité, et encore plus d’une « reconstitution ». En Méditerranée, la situation est bien pire car 96% des stocks de poissons pour lesquels les scientifiques ont pu se prononcer sont surexploités ![2]
De plus, le terme « reconstitué à 100% » est mensonger car il suggère que la biomasse aurait retrouvé son état vierge d’avant la pêche, ce qui est complètement farfelu.

« Il n’y a plus de subventions pour soutenir la pêche en Europe. L’Europe interdit les subventions ».Image 2
FAUX Dans un communiqué sur son propre site, le Comité des pêches se félicitait d’une « augmentation substantielle de fonds, en comparaison avec la période précédente (2007-2013) ». Les montants font référence au Fonds européen pour les affaires maritimes et pour la pêche (FEAMP) dont les paiements vont s’étaler jusqu’en 2020.[3]
Claire Nouvian précisait quant à elle que seules les subventions pour la construction de nouveaux bateaux sont interdites depuis le 1er janvier 2005 ; en aucun cas les autres aides publiques dont les montants s’élèvent à plusieurs centaines de millions d’euros annuellement sont interdites !

« Il n’y a pas d’antinomie entre petites et grandes unités. On ne pêche pas dans les mêmes endroits ».
FAUX Claire Nouvian précisait :[4] « il y a 400 ou 500 ligneurs de bar en France[5] ; il y a une trentaine de chalutiers pélagiques[6] qui attrapent beaucoup plus que les ligneurs ». Ce sont justement ces chalutiers pélagiques qui capturent un volume substantiel en une seule prise et qui, à force de pêcher sur les frayères (zones de reproduction qu’ils feraient mieux d’éviter), sont en grande partie responsables de l’épuisement du stock de bar[7] et de la mise au chômage forcée des 400-500 ligneurs suite au moratoire européen ![8]
Il y a donc clairement des exemples d’« antinomie entre petites et grandes unités ».

Le chalutage profond « n’a pas d’impact sur l’environnement ».
PLUS C’EST GROS PLUS ÇA PASSE ? Rappelons à M. Romiti que plus d’une centaine de publications scientifiques dénoncent les impacts du chalutage profond sur les écosystèmes [9].
Un chalut de fond est lesté et tracté, donc bien sûr, il racle le fond et a un impact sur l’environnement. Un corail millénaire ou une éponge n’a aucune chance de résister face à un chalut en mouvement, aussi léger soit-il.

« Si rien n’est plus raffiné que la technique de la propagande moderne, rien n’est plus grossier que le contenu de ses assertions, qui révèlent un mépris absolu et total de la vérité ». Alexandre Koyré dans Réflexions sur le mensonge (1943).

[1] Voir l’analyse de BLOOM sur www.bloomassociation.org/desinformation-inquietante-au-coeur-des-institutions/
[2] http://europa.eu/rapid/press-release_IP-14-724_en.htm
[3] www.comite-peches.fr/wp-content/uploads/cp_adoption_enveloppe-budgétaire_FEAMP.pdf
[4] A partir de 25min 40s.
[5] Sur les côtes de Loire Atlantique, Bretagne et Basse-Normandie.
[6] www.cdpmem56.fr/2015/01/16/peche-du-bar-interdite-aux-chalutiers-pelagiques-manche/
[7] http://ec.europa.eu/fisheries/documentation/publications/2015-seabass-facts_fr.pdf
[8] http://pointe-de-bretagne.fr/2015/plan-de-gestion-bar-pour-2016-la-commission-europeenne-met-la-barre-tres-haut
[9] http://bloomassociation.org/download/Bibliographie_sur_les_impacts_des_chaluts_profonds.pdf

« Je suis frappé par l’indigence des partis politiques sur le climat »
Nicolas Hulot, Le Monde, 9 janvier 2016 Et tu n’es pas le seul… EELV inclus, d’ailleurs.

Nicolas Hulot a annoncé, mercredi 6 janvier, qu’il mettait un terme à sa mission d’envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète. Après trois années passées à l’Elysée, il revient sur les raisons de son départ, dresse le bilan de son action bénévole auprès de François Hollande et de la COP21 et s’interroge sur son avenir en politique.
Pourquoi avez-vous décidé, à peine la COP21 terminée, de mettre un terme à votre mission ?
Il y a des éléments rationnels et, comme souvent chez moi, d’autres plus irrationnels. J’ai réfléchi une bonne semaine avant d’entériner ma décision avec François Hollande. J’ai été agité de doutes car cette mission était un instrument inespéré par rapport à mon engagement. J’avais une position assez inédite avec un pied dehors et un pied dedans, dans l’ombre et dans la lumière, qui me permettait sans provoquer de miracle ou de révolution écologique de faire bouger les choses. Mais nous allons entrer dans une période très politique et j’ai jugé qu’il serait plus difficile d’exercer cette mission sans échapper à une forme d’interprétation politique.
Je ne veux pas que mon engagement puisse être considéré autrement que comme un enjeu supra politique.
Et tu as parfaitement raison !
La deuxième raison, c’est que j’ai besoin de répit, de recul, j’ai été emporté dans un fleuve en crue pendant trois ans au détriment de ma vie privée. C’est nécessaire de prendre de la distance, du temps pour rencontrer des gens, faire l’analyse de la situation nationale, internationale et tenter de définir quelle sera la forme la plus utile de mon engagement demain. Cela ne pouvait pas se faire simultanément avec cette mission. Trois ans c’est déjà beaucoup.
La relation a-t-elle été facile à nouer avec François Hollande ?
Cela s’est très bien passé. François Hollande et moi avons eu une relation d’homme à homme, il n’a jamais cherché à savoir où je me situais politiquement, il n’a jamais essayé de me convertir. Le président a été très respectueux du pacte que nous avions passé : il m’a laissé mon autonomie, ma liberté de parole, je n’en ai pas abusé, et il l’a fait parce qu’il a compris qu’il en allait de la crédibilité de « l’attelage ». Il m’a accordé beaucoup d’écoute. Notre dialogue a été fructueux dans nombre d’initiatives. Lui-même s’est engagé progressivement sur le climat à l’international et sur le plan national. Il m’a donné des moyens diplomatiques pour agir. Ce sont trois années, intellectuellement et en termes d’efficacité, utiles. Donc je ne les regrette absolument pas.
Estimez-vous avoir été efficace ?
J’ai mis une année pour comprendre les codes de l’Elysée, de l’ONU, de la diplomatie, trouver mes marques, ce n’était pas mon univers. J’étais un ovni. La confiance du président a été pour moi à la fois un avantage et un inconvénient. Cela me permettait de traiter directement avec lui, mais lorsque vous venez de l’extérieur et que vous arrachez une décision directement du président, si elle n’est pas partagée, certains considèrent que vous abusez de votre position. Il a fallu que je trouve mes alliés et le bon mode de fonctionnement. La première année, j’étais tétanisé, très impressionné. Je me sentais toujours en difficulté.
Ensuite, j’ai découvert l’intérêt d’être positionné à l’Elysée : rencontrer facilement les acteurs économiques, politiques, institutionnels, bénéficier à l’étranger de l’appui du réseau diplomatique, une force de frappe très importante. J’ai énormément travaillé. Lorsque vous avez comblé les lacunes, vous vous rendez compte que vous n’êtes pas si ignorant que ça sur un certain nombre de sujets. Je quitte ma mission au moment où je la maîtrisais au risque d’y prendre goût. Mais intuitivement, j’ai pensé que c’était le moment d’arrêter.
Quel a été le cœur de votre mission : préparer la COP21 ?
Ma mission a été cannibalisée la dernière année par la COP, mais elle portait initialement sur les enjeux universels que sont le climat, la biodiversité, les océans et la désertification. Une des premières initiatives que j’ai prises, en marge d’un sommet sur la sécurité de l’Afrique à Paris, a été d’organiser un sommet sur les espèces menacées. A mesure que la COP se rapprochait, mes initiatives ont été de plus en tournées vers ce rendez-vous.
Vous êtes-vous, au cours de ces trois ans, trouvé en porte-à-faux avec des positions de François Hollande ou du gouvernement ?
Il y a eu Notre-Dame-des-Landes. J’observe que, jusque-là, le projet d’aéroport ne s’est pas fait. Je ne sais pas quel rôle j’ai joué, mais j’ai dit à plusieurs reprises que ce n’était vraiment pas un signal à donner en amont de la conférence de Paris. Maintenant, je reprends ma casquette d’ONG et je serai très attentif.
Tout à fait d’accord ; 1 jet = 200 l de kérosène / minute ; ce n’est simplement plus tenable. En attendant Solar Impulse, il ne faut surtout pas encourager le transport aérien. Et puis, il y a le train non ? Sur ces distances-là, si l’on inclut le temps du trajet pour aller à l’aéroport et pour en revenir, quel temps gagne-t-on ?
Sur la transition énergétique, je suis aussi monté plusieurs fois au créneau, lorsque les versions du texte de loi n’étaient pas suffisamment ambitieuses. A chaque fois que j’ai senti que la France n’était pas à la hauteur, je suis intervenu auprès du président ou des ministres concernés et en général, on m’a écouté.
Vous évoquez le dossier de Notre-Dame-des-Landes, est-ce un test de la cohérence de l’Etat par rapport à la COP21 ?
Je ne sais pas si c’est un test, en tout cas, c’est la preuve que nous n’avons pas encore intégré qu’il y a des projets auxquels il va falloir renoncer. Nous allons rentrer, de gré ou de force, dans ce que l’on appelle une croissance et une décroissance sélective. Il va falloir se développer dans le domaine de l’efficacité énergétique, des énergies renouvelables, de la mobilité et des transports et se désinvestir de tout ce qui encourage l’utilisation des énergies fossiles, tout ce qui consomme des terres nourricières.
On ne saurait mieux dire.
Considérez-vous que l’accord de Paris marque une étape historique dans la lutte contre le changement climatique ?
C’est très difficile de donner un avis définitif sur la COP21, l’avenir dira si c’est le début d’une extraordinaire ambition ou la fin d’une ultime mystification. Est-ce que Paris est le démarrage d’une ère nouvelle, postcarbone ? Je le souhaite mais je reste prudent. Notamment quand je lis les analyses et les réflexions sur la dégringolade des prix du pétrole que certains considèrent comme une aubaine.
Bien vu là aussi. Par rapport à ce que ça aurait pu être, un miracle ; à ce que ça aurait dû être, un désastre… pour paraphraser George Monbiot
Les dirigeants mondiaux doivent s’en inquiéter et profiter de ce contexte pour mettre fin aux subventions aux énergies fossiles et introduire la taxe carbone. Or le débat et la réflexion ne s’organisent pas.
Malheureusement vrai
Je reste évidement obsédé par la cohérence. Paris a été un moment de volonté et de sincérité. Le monde s’est mis en marche dans la même direction. Sur un plan diplomatique, c’est un moment historique ; sur un plan climatique, nous ne sommes pas à la hauteur.
Quelles sont les principales lacunes du texte signé le 12 décembre 2015 ?
Nous n’avons pas encore mis en cause le modèle économique qui est à l’origine de la crise climatique à laquelle nous sommes confrontés.
Décidément lucide, Nicolas.
Il reste beaucoup de chemin à faire pour entrer véritablement dans l’ère postcarbone. Nous ne sommes pas sortis d’un modèle capitaliste qui crée la rareté, qui épuise les ressources. Les dirigeants font mine de ne pas comprendre, par exemple que le traité Tafta [traité de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Europe] est incompatible avec les régulations qu’il va falloir mettre en place pour tenir nos engagements climatiques.
Exactement ; une sorte d’inertie éthique et cognitive, comme si l’humanité était fascinée par le mur vers lequel elle est projetée et va s’écraser, si elle ne sort pas à temps de sa torpeur.
C’est pour cela que je n’exulte pas, je sais bien que maintenant, on va rentrer dans le dur. L’important, c’est à présent de donner un prix au carbone.
Cent fois oui ! Et bravo aussi pour le rejet du simplisme en la matière.
J’espère que l’Union européenne va très rapidement réviser son système de marché carbone parce que ça a été vraiment une plaisanterie absolue. J’en profite pour faire une remarque : on ne peut pas dire que l’Europe nous a beaucoup aidés pendant la COP21.
Il ne faut pas s’en étonner. Comme quelques autres, j’ai fait l’effort de lire de A à Z le prétendu « Traité constitutionnel européen » ; l’organisation d’un vaste marché et rien d’autre… sachant que par « organisation » il faut entendre principalement « déréglementation »
Comment entendez-vous peser dans le débat de l’après-COP21 ? Votre départ est-il le préalable d’un retour en politique ?
Que cela fasse partie de la réflexion de beaucoup de gens, ça, c’est sûr ! Mais après mon expérience à la primaire d’Europe Ecologie-Les Verts en 2011, chat échaudé craint l’eau froide.
Et pourtant qui d’autre qui soit intègre, lucide, altruiste et à la hauteur des enjeux ?
Je suis frappé par l’indigence des partis politiques sur la question du climat. Comment la droite peut-elle se revendiquer de la modernité quand un sujet qui conditionne tous les autres – le climat – est aussi absent de ses écrans radar ? Ses seules propositions ont été de prôner l’exploitation du gaz de schiste ou de remettre à plat le principe de précaution.
Voilà ; ça c’est le simplisme libéral.
Par ailleurs, l’écologie politique, ce qui pour moi est presque un oxymore parce que l’écologie ne devrait pas être verticalisée, aurait dû depuis longtemps s’épanouir avec des propositions de gauche et de droite.
Parfaitement !
Le Parti socialiste ne s’est pas davantage emparé du sujet du climat…
Exact !
C’est bien pour cela que je suis dans une forme d’expectative, j’en suis presque navré. Le monde entier est venu à Paris sur un sujet fondamental, et on a l’impression que pour certains, c’était un non-événement ! A gauche, on ne croule pas sous la créativité et l’analyse fine.
C’est peu dire ; on oscille entre le paléomarxisme et le libéralisme mou… mais sans aucun plan de conversion de l’économie.
Cette exigence de réflexion, il va falloir qu’on l’exerce. Ma crainte, aujourd’hui, c’est que toute initiative politique au sens classique du terme ne soit rattrapée par des vicissitudes imparables : querelles de personnes, conflits idéologiques.
C’est, malheureusement, joué d’avance… à moins que tu ne te présentes.
Quelles seraient les conditions de votre candidature à l’élection présidentielle ?
La politique telle qu’elle s’exerce et telle que je l’ai côtoyée, celle-là, c’est « no way ». Est-ce qu’il y a quelque chose à monter ? On verra.
Un ticket ? Un binôme ?
En tout cas, me représenter à la demande d’un parti, c’est ce que la plupart des gens qui votent blanc ou n’importe comment ne veulent plus.
En effet…
J’aimerais qu’un homme ou une femme se distingue et puisse incarner cette soif profonde dans la société française d’exercer différemment la politique au-delà des idéologies creuses et des attitudes partisanes ou politiciennes. Pour l’instant, je ne vois personne.
Pas de bol : c’est toi, cette personne-là ! Il ne te reste plus qu’à trouver un partenaire avec la même lucidité et la même moralité…
Je sais qu’il ne faut jamais dire jamais, mais très honnêtement, me présenter ne fait pas partie de mon logiciel au moment où je vous parle. Mais la vie m’a appris que le monde change très vite et dès lors que le monde change, vos propres décisions peuvent changer.
… pourquoi pas Alain Juppé ? C’est pas mal du tout, ce qu’il a fait à Bordeaux… Et puis il connaît les arcanes du pouvoir… Et puis il est écolo… Et puis il ne refera pas les mêmes erreurs… Et puis, lui, la conversion économique et le transition énergétique, il a la capacité de les mener à terme… Et puis il a signé lui aussi ton appel, « Osons ». Et franchement, perso, un ticket Juppé / Hulot, ça m’irait très bien. Image 7

reFaisons Le Point

FOG : L’écologie sera positive ou ne sera pas

MG : Mauvais titre ; il aurait fallu opter pour « écologie constructive », « écologie positive » étant déjà pris par la fondation Claude Allègre, et dans un sens opposé. Exemple : les écologistes déplorent les espèces qui disparaissent mais ils ne parlent jamais de celles qui apparaissent (sic). Image 7

FOG : Rien n’est plus faux que la célèbre formule de Paul Valéry : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Si c’était le cas, nous prendrions soin de notre planète en veillant à la laisser aux générations futures dans l’état où nous l’avons trouvée.

MG : Regrettable confusion entre les civilisations – qui sont effectivement mortelles, particulièrement quand on les assassine, comme le christianisme le fit de l’antiquité gréco-latine – et l’écoumène humain terrestre qui constitue le support indispensable de toutes les cultures, autrement dit de toutes les civilisations dès lors que ces cultures sont appréhendées historiquement.
Par ailleurs une telle assertion suppose que nous sommes des êtres rationnels, ce dont il y a lieu de douter, doute qui faitImage 5 d’ailleurs son apparition quelques lignes plus bas.

FOG : Mais l’animal humain, pour parler comme Charles Darwin, a souvent en commun avec l’animal non humain d’avoir du mal à voir plus loin que le bout de son museau. Observez nos politiciens : la plupart ne savent penser qu’au présent, même quand ils conjuguent tous les verbes au futur. D’où la tentation de ricaner devant les grands cirques comme la COP 21, la prochaine conférence sur le climat, où les gouvernants semblent avant tout préoccupés par leur place sur les photo de famille.

MG : Il est vrai que la démocratie nous condamne au « courtermisme » ; entre les certitudes des économistes et la déontologie des scientifiques, l’homme politique, soucieux de ne pas déplaire à son électorat, remet toujours à demain les décisions qui fâchent. Voilà pourquoi, faute d’écotaxe, nous passerons directement, dans un proche avenir, des caddys débordants… aux tickets de rationnement. Pour autant, nos élus ne sont pas ignorants de ce qui se prépare ( probablement même sont-ils parmi les mieux informés) et, désormais, la photo n’est plus leur souci.Image 4

FOG : Se gausser serait un grand tort. Au train où vont les choses, avec la démographie et la pollution galopante, nous serons bientôt condamnés à changer de planète. Face à la catastrophe qui nous attend, le cynisme et la cupidité, les deux idéologies qui ont survécu à toutes les autres, ne sont plus du tout de mise ; il faut changer la donne. Jared Diamond, l’un des plus grands esprits du XXI° siècle, l’a établi de façon imparable en étudiant l’histoire : les chutes de civilisations sont souvent précédées, donc en partie provoquées, par des désastres écologiques.

MG : Le cynisme et la cupidité ne sont pas des idéologies et il y a belle lurette que la pollution a cessé d’être le problème majeur. L’énorme nuage brun, permanent au-dessus de l’Asie la moitié de l’année, a au contraire un effet refroidissant ; les cancers des poumons et les emphysèmes des Chinois et des Indiens sont le prix du délai que ce nuage nous accorde. Quant au désastre écologique « local », il peut aussi constituer la source de la « civilisation ». C’est le dessèchement du Rift africain et la disparition concomitante des grands arbres qui va « hominiser » les singes sociaux dont nous sommes les descendants ; c’est celui de la Mésopotamie qui va provoquer l’invention de l’agriculture et, conséquemment, de tout le reste. Par ailleurs il n’y a pas, là non plus, de pertinence à comparer le destin des Pascuants à celui de l’humanité actuelle. L’effondrement qui nous attend est à la fois global, en ce qu’il affectera le monde entier, et systémique, en ce qu’il atteindra les bases même du système des échanges. Mais peut-être est-ce là de « l’écologie négative »…
Image 3
FOG : L’homme n’est pas seulement un massacreur qui a fait disparaître d’innombrables espèces ; c’est aussi un prédateur suicidaire qui organise stupidement sa propre perte. Aux confins de l’histoire, de la géographie et de toutes les sciences de la vie, Jared Diamond a établi notamment que l’extraordinaire civilisation maya s’est effondrée après voir pratiqué la culture intensive du maïs et déboisé massivement ses terres, libérant ainsi des pluies acides et mortifères. Il explique aussi par l’écologie l’écroulement d’autres civilisations, comme celle des Vikings.

MG : Nous sommes en effet entrés dans la sixième extinction massive de l’histoire de la Terre, dénommée Anthropocène, contrairement à ce que prétendent les adeptes de « l’écologie positive ». Mais « l’homme », « prédateur », « suicidaire », ce ne sont rien d’autre que des métaphores simplificatrices, impropres à permettre au lecteur de saisir la complexité des problèmes. Sans parler de l’erreur grossière qui consiste à attribuer à des pluies acides libérées par le déboisage, l’effondrement de la civilisation maya ! Une éruption volcanique, à la rigueur…

FOG : L’écoscepticisme est une maladie qui relève du crétinisme. Même si les thèses de Jared Diamond peuvent être discutées, la réalité est aveuglante : sous peine de nous autodétruire, nous ne pouvons plus continuer à dévaster notre environnement. Il est donc urgent de mettre l’écologie qui n’est ni de droite, ni de gauche, au centre de la politique. Dans la foulée de la conférence sur le climat, on aimerait que les dirigeants de la planète s’intéressent maintenant aux menaces de toutes sortes qui pèsent sur l’espèce humaine, en plus du réchauffement terrestre : la pénurie d’eau potable, la défoliation, la pesticidation de la terre, l’extinction des abeilles, la surexploitation des océans, et c…

MG : C’est « climatoscepticisme » qu’il faut dire et, ainsi qu’on l’a récemment découvert, il ne relève pas de la bêtise mais de la cupidité (ou faut-il dire « de l’idéologie cupide » ?) Quant à la réalité, elle est tout sauf aveuglante. Un analyste se demandait récemment pourquoi nous ne faisons rien alors que nous savons parfaitement que nous allons vers la catastrophe. Réponse : parce que nous ne percevons pas directement ces changements, perception qui aurait seule le pouvoir de susciter l’action. L’écologie politique – en tant qu’ensemble des décisions radicales qui restaureraient un avenir pour l’humanité – est radicalement incompatible avec le libéralisme et la mondialisation. Non pas pour des motifs idéologiques mais pour des raisons matérielles. Il y a un siècle quand on dépensait un baril de pétrole, on en récoltait 100 ; aujourd’hui on est passé à 11 ; dans deux décennies, on atteindra 1,7. Même chose pour le phosphate qui alimente en engrais l’agriculture de rente ; il sera bientôt Image 1épuisé. Nouvelle ineptie : les menaces qui « pèsent sur l’espèce humaine, en plus du réchauffement terrestre ». De menace, en dehors des événements climatiques extrêmes qui frapperont dans l’avenir telle communauté ou telle autre, il n’y en a qu’une : la perte de la sécurité alimentaire et tout ce qu’elle est susceptible d’engendrer en matière de conflits. Passons sur l’énumération des prétendues menaces. Juste un détail : avec une plus grande quantité de vapeur d’eau et l’augmentation concomitante des précipitations, seules les grandes masses continentales risquent de connaître une pénurie d’eau potable. Quant aux océans, l’acidification des eaux et la dégringolade de leur teneur en oxygène, ont probablement déjà devancé la surpêche dans l’ordre des facteurs d’effondrement de la biomasse. Mais le problème capital n’est pas là : il est dans la fermeture du puits océanique de carbone, le seul qui soit durable.
Résultat : une accélération de la déstabilisation climatique.
La suite au prochain numéro.

Cassandre a toujours raison

Françoise : Elle avait reçu d’Apollon le don de prédire l’avenir. Mais pour la punir de l’avoir délaissé – car les dieux n’aimaient guère qu’on leur tienne tête – le même Apollon décida que personne ne la croirait. Ainsi vit-elle que le cheval de Troie scellait la chute de sa ville mais elle ne put empêcher les Troyens de l’y faire rentrer. Ainsi vit-elle en arrivant à Mycènes que son vainqueur Agamemnon allait être poignardé par sa femme mais elle ne put éviter ni sa mort ni la sienne…

Muriel : René Dumont parlait, pour lui et quelques autres, du « rôle ingrat de Cassandre ».

Françoise : Aujourd’hui encore persiste la malédiction : on dit « arrêtez de jouer les Cassandre », oubliant ainsi qu’elle avait toujours raison…

Muriel : Bien dit ; et le mérite de manifester la souffrance de Cassandre : elle alerte, elle avertit, elle répète, parce qu’elle sait comme nul autre à quel point le temps est compté.

Françoise : Au centre de la première page du Monde du vendredi 24 juin, un titre et quatre lignes : « la crainte d’un effondrement des écosystèmes marins ».

Muriel : Ce qui revient à dire Il y a un cheval en bois au pied des remparts mais non pas Des soldats meurtriers sont cachés dans ses flancs

Françoise : Plus claire qu’un oracle de Delphes, plus fondée scientifiquement qu’une prédiction de Cassandre, la page 11 glace le sang : pollution, surpêche, acidification des océans, une crise majeure est annoncée d’ici 2020 à 2050, c’est-à-dire demain. Pas de dieux ni de fatalité naturelle là-dedans. Mais l’homme et sa folie, sa démesure, auraient dit les Grecs.

Muriel : Ce n’est pas l’énumération qui donne ici la clef du désastre…

Françoise : La sixième extinction des espèces est en route et l’on continue à ne pas y croire. La mer restera vraisemblablement notre poubelle, nucléaire à l’occasion, et nous y pêcherons jusqu’au dernier poisson comme les habitants de l’île de Pâques ont coupé leurs derniers arbres pour que leurs chefs continuent à rivaliser de puissance.

Muriel : Non, Françoise ; ce sont les derniers poissons qui nous pêcheront. Et le nucléaire n’est définitivement pas le problème…

Françoise : Forts de nos machines, nous continuerons à épuiser la terre alors qu’il faudrait la ménager, nous empoisonnerons les eaux et l’air, nous détruirons à vitesse accélérée.

Muriel : S’il est vrai que la sixième extinction est en cours, la nôtre aussi. Ce qu’il aurait fallu comprendre ici, c’est par quel mécanisme l’acidification des eaux superficielles a commencé à fermer le seul puits durable des gaz à effet de serre, appelant une accélération de la déstabilisation climatique globale…

Françoise : Valéry avait tort d’affirmer : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommesImage 2 mortelles. »

Muriel : Nullement. Son seul tort est de n’avoir pas compris qu’elles pouvaient être assassinées, comme le monde gréco-romain le fut par le christianisme.

Françoise : La vérité c’est que nous le savons mais que nous n’y croyons pas. Qui croit qu’il mourra ? Presque personne, et les élus encore moins peut-être que les autres.

Muriel : Sans doute. L’âme est plurielle. Cela aussi, les Grecs le savaient, bien avant Freud…

Françoise : « Arrête de jouer les Cassandre » me diront mes collègues lorsqu’à la prochaine session du conseil général je leur donnerai les faits, les chiffres, les observations scientifiques en leur demandant ce que nous allons faire, nous, à notre petite échelle locale.

Muriel : Bienvenue au club…

Françoise : Eh bien, la grande majorité d’entre eux continuera à vouloir de nouvelles routes rapides, un nouvel aéroport, des zones d’activité et des lotissements, ils rêveront même pour certains à un nouveau pont sur la Loire au mépris de la fragilité de l’estuaire, ils ramasseront à grands frais les algues vertes toujours plus nombreuses et qui font désordre pour le tourisme, ils feront comme si le changement climatique n’était pas en route.

Muriel : Peut-être peut-on leur dire qu’ils confisquent alors la vie de leurs enfants.

Françoise : Nous faisons tous ou presque comme le gentil couple d’une nouvelle de science-fiction lue dans ma jeunesse : la fin du monde est annoncée pour la nuit qui vient, ils le savent mais ne changent rien à leur dernière soirée, leur dernier repas, leur dernier « bonne nuit ».

Muriel : Peut-être fallait-il malgré tout, ayant ce niveau de conscience plutôt rare, rester en politique…

Françoise : Pourtant ce n’est pas un astéroïde qui risque de nous tomber dessus, comme il y a 65 millions d’années. Si c’était le cas, que pourrions-nous faire effectivement ? Ce n’est pas un astéroïde ou alors nous sommes cet astéroïde. Car nous serons à la fois coupables et victimes.

Muriel : Que veux-tu, nous sommes encore, sur le strict plan de l’évolution, une espèce de primates mal dégrossis.

Françoise : Certains plus coupables que d’autres, d’autres premières victimes mais tous victimes au bout du compte. Car même les riches meurent dans l’effondrement des sociétés comme le rappelait Jared Diamond dans un de ses ouvrages, même s’ils sont les derniers… Joue-t-il lui aussi les Cassandre, en donnant les trois facteurs de la chute des civilisations ? Une crise écologique, la guerre et… l’aveuglement des élites !

Muriel : Ils ne sont rien sans la multitude qui passe incessamment à la caisse, assurant le maintien de leur fortune. D’autre part c’est de cette multitude et d’elle seule que pourra provenir un changement suffisamment rapide pour être salvateur. Ce que nous cesserons d’acheter, il faudra bien qu’ils cessent de le produire.

Françoise : C’est aux « élites » qu’il faut donc crier sa peur, sa colère, sa révolte ! « Messieurs qu’on nomme grands », regardez ce soir vos enfants, vos petits-enfants. Dites leur si vous en avez le courage dans quel monde vous allez les faire vivre, survivre ou peut-être mourir très vite. Dites leur que vous vous occupez de choses très sérieuses, du progrès avec un « P » majuscule. Dites leur que vous, vous ne connaissez pas le sens des mots « gaspillage », « irréversible », ou « mort » mais qu’ eux l’apprendront bien assez tôt !

Muriel : Voilà ! C’est bien le seul argument qui peut encore porter.

Françoise : Même si j’aime la Grèce éternelle – amis grecs d’aujourd’hui je pense à vous à qui on va peut-être proposer de privatiser le Parthénon pour faire de l’argent – je ne crois pas pourtant à la fatalité. Et j’espère encore que l’on pourrait faire mentir le mythe. Croire enfin Cassandre.
Qui oserait dire qu’il n’y a pas urgence ?

Muriel : Plus personne ; on vient de découvrir que les climatosceptiques étaient payés par les lobbyistes à la solde des grandes fortunes.

Françoise Verchère, conseillère générale de Loire-Atlantique
Muriel Grimaldi, administratrice de ce site

Le coup de mou écolo

par Laurence Lemoine, Le Républicain Lorrain, 29 septembre 2014

Nous nous sentons tous concernés par la sauvegarde de l’environnement. Mais, en ces temps de crise, être écolo est devenu difficile. Trop d’efforts individuels pour trop peu de résultats collectifs alors que les politiques ont abandonné le sujet.

Image 7Ce que je vais vous dire, je n’en suis pas très fière. Mais j’essaie de comprendre pourquoi j’ai baissé les bras. Jusqu’à l’année dernière, je faisais mes courses dans une coopérative bio. Ça me coûtait plus cher, mais je trouvais que le jeu en valait la chandelle. Préserver la santé de mes enfants, soutenir un mode de production plus respectueux de l’environnement, plus équitable pour les producteurs, cela méritait que je me déplace plus loin, que j’apprenne à cuisiner, à consommer autrement.

 Image 1Faudrait-il donc renoncer à préserver la santé – et surtout l’avenir – de vos enfants ?

 Et puis ? Et puis la crise. L’inquiétude pour nos emplois, le climat de tension, la fatigue psychique. J’économise mon énergie en retournant à la supérette d’en face. J’économise mon portefeuille en achetant des produits de moins bonne qualité. Je cède à la facilité en me disant que j’y reviendrai plus tard.

Image 1 Est-ce que c’est ça qui vous évitera d’être licenciée ?

 Et puis, à quoi ça sert que je me prive d’un bon steak pour lutter contre le réchauffement climatique quand, en Chine, la consommation moyenne de viande est passée de vingt kilos par personne et par an en 1985 à près de soixante en 2010 ? À quoi ça sert que je cesse de prendre des bains, que j’achète des ampoules basse consommation alors que les eaux contaminées de Fukushima atteignent les côtes californiennes ?

 Image 1Écoutez donc  Pierre Rabhi  et entendez la légende du colibri :

Un incendie dévore la forêt. Les animaux, atterrés, assistent au désastre… sauf le colibri qui porte une à une des gouttes d’eau dans son bec pour les lâcher sur les flammes. Comme on lui fait remarquer que ça ne sert à rien, il réplique : c’est ma part ; que chacun  fasse la sienne et l’incendie finira par être éteint.

 Pourtant la pollution record de ces dernières semaines en France devrait m’alerter. Je suis, je crois, en proie à ce que Patrick Viveret appelle « une grande régression dictée par la peur ». Le philosophe en est convaincu, « nous ne pouvons pas nous remobiliser en faveur de l’écologie si nous ne comprenons pas les ressorts émotionnels de notre désengagement ». Quels sont-ils ?

 La faute à la crise

Les années 2000 nous avaient donné des raisons d’y croire. « Marquées par le Pacte écologique de Nicolas Hulot, le Grenelle de l’environnement, le succès des écologistes aux élections européennes de 2009, l’écho international du film Home de Yann Arthus-Bertrand, elles ont été la période glorieuse de l’écologie, constate Alice Audouin, consultante en développement durable. Avec la crise économique, elle a été reléguée au second plan. Aujourd’hui, les Français se sentent davantage préoccupés par le chômage, la pauvreté, l’insécurité ». Difficile de nous soucier de l’avenir de la planète quand nous ne savons plus si nous allons pouvoir payer notre loyer et remplir notre frigo.

Image 1Comme en 1789 ou en 1940… Mais que serions-nous aujourd’hui sans ceux qui se sont engagés malgré tout ? Que serions-nous sans ces jeunes gens un peu fous qui entrent dans une armurerie du faubourg Saint-Antoine un matin de juillet, parce qu’ils ont décidé de prendre… la Bastille ? Sans ceux de juin, des décennies plus tard, qui montent vers Grandville ou d’autres ports pour passer… en Angleterre ?

C’est justement maintenant qu’il faut RÉSISTER à tout prix.

Des écolos « répulsifs »

Dans un tel contexte, l’écologie peine à s’imposer comme une alternative capable d’empêcher le monde de courir à sa perte. Durement critiqué pour son pamphlet anti-écolo, le philosophe Pascal Bruckner a pourtant mis le doigt sur l’incapacité des grandes voix de ce courant (Al Gore, James Hanssen, Nicolas Hulot…) à susciter dans l’opinion un sursaut positif en faveur de l’environnement.

Image 1Pourquoi faut-il toujours vous « faire plaisir » ? Des heures peut-être devant la télévision et la publicité… Si la vérité doit être avant tout séduisante, alors il n ‘y a plus aucune chance qu’elle demeure la vérité… C’est tellement plus facile de disqualifier ceux qui vous le disent depuis des années…

En cause, selon lui : un discours moyenâgeux assimilant les cataclysmes naturels à un châtiment contre l’orgueil et la démesure humaine.

 Image 1Autre technique de ceux qui ne veulent ni voir, ni entendre : l’amalgame.

Et derrière cela : leur propre empêchement névrotique à jouir de l’existence, déguisé en idéologie de la « sobriété heureuse ».

Au levier de la peur, il faudrait préférer celui de la rationalité. « Qu’il faille s’acheminer vers une économie décarbonée, un développement compatible avec le respect de l’environnement, tout le monde est d’accord là-dessus, écrit-il dans Libération. Qu’au nom de la Terre mère, il faille embrasser la régression volontaire, idolâtrer la privation, sombrer dans la religion de l’effroi, suspecter toute innovation technologique relève de l’obscurantisme pur et simple ». Et de conclure : « Ce n’est pas le souci de la planète qui domine alors, c’est la haine de  l’humanité dissimulée sous le culte de la nature ». Pas très fédérateur.

Image 1Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt.

On comprend désormais pourquoi Claude Allègre a eu tant de succès avec « L’imposture climatique » ; dîtes aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre et vous serez choyés ; dîtes la vérité et vous serez honnis. Et quand on s’apercevra que, finalement, c’était quand même la vérité, eh bien, vous serez encore au banc des accusés pour ne l’avoir pas dite de façon assez séduisante…

Alice Audouin déplore elle aussi « »l’effet répulsif » de certains militants écolos, leur côté new age et antisystème qui les caricature. On ne peut pas susciter des changements profonds en étant radicalement antitout ». Le problème, selon la consultante : « On finit par assimiler l’écologie à ces postures extrêmes qui abondent dans les médias, celles de ces Robin des bois qui vivent à la préhistoire, dans des cabanes ou des yourtes dans la forêt ». Pourtant, il ne s’agit pas de revenir en arrière ni de vivre en marge du système, mais d’inventer un nouvel avenir en cherchant collectivement comment vivre mieux dans nos sociétés.

Un idéal déçu

Définir une nouvelle manière de vivre ensemble à partir de l’écologie devrait être du ressort des gouvernements. Qui d’autre, en effet, a le pouvoir de fixer les orientations industrielles, d’investir dans les énergies renouvelables, de réviser les politiques agricoles, les règles d’urbanisation, les choix de santé publique ou d’éducation, de manière à provoquer une réelle transition ? Or, depuis l’échec du sommet de Copenhague en 2009, suivi par l’essoufflement du Grenelle de l’environnement et la cuisante défaite d’Eva Joly à l’élection présidentielle de 2012, nos élus semblent s’être lavé les mains du sort de la planète.

Image 1De grâce, cessez de critiquer Eva Joly !!!

Une femme intègre et véridique, soucieuse de l’avenir de l’humanité, sans un gramme de démagogie… son score aux présidentielles témoigne de la connerie majoritaire de l’électorat ; c’est tout.

Celui-ci repose désormais sur nos épaules. Ce report de responsabilité se fait notamment via les campagnes de sensibilisation aux écogestes. Le philosophe Charles Pépin s’en agace : « Il faut arrêter de nous faire croire que nous allons changer l’avenir en triant nos déchets, c’est insupportable ! Si nous ne pouvons plus allumer la lumière, prendre un bain ou jeter une bouteille dans la mauvaise poubelle sans penser à la fin du monde, la culpabilité – et les contraintes – est telle que nous finissons par lâcher.

Image 1Votre désespoir n’est rien à côté du nôtre…Et le nôtre, pourtant, ne nous empêche pas d’agir.

Je ne dis pas que tous ces gestes sont inutiles mais, pour initier un changement capable d’enrayer le trou de la couche d’ozone, la disparition des espèces ou la fonte de la banquise, il faut un idéal fédérateur.

Image 1Qui sont donc ces prétendus « philosophes » dont le premier souci est de nous faire part de leurs états d’âmes ? Ils devraient plutôt relire Aristote qui inventa le terme de  chrématistique   pour désigner l’art de l’enrichissement personnel effréné et qui établit ainsi le critère d’une bonne économie (dans le sens originel et opposé de régulation des échanges) : personne ne s’enrichit.

Ce qui nous manque ce sont des grands projets d’écologie politique ». Dès lors, « tout se passe comme dans les familles où les enfants se responsabilisent à la place des parents. La charge est trop lourde », note Séverine Millet, consultante sur les questions environnementales et cofondatrice de l’association Nature humaine qui explore les facteurs humains à l’origine de la crise écologique.

Image 1La conversion écologique, économique et énergétique de notre société exigera de chacun de nous d’importants sacrifices ; elle ne sera possible qu’avec notre assentiment. Trépigner comme des enfants face à une classe politique censée agir d’elle-même adéquatement est ici profondément irresponsable.  Ces quelques mots condamnent la démocratie… Appel au paternalisme et profonde méconnaissance des ressorts profonds de ce régime dont Churchill disait, non sans motif, qu’il était le pire après tous les autres. Ce sont nos élus ; c’est par notre mandat qu’ils agiront et s’ils tardent à le faire, c’est précisément parce que la crise économique s’est traduite, sous l’effet d’une rare inconséquence, par ce désaveu de l’écologie…

Devant des enjeux aussi énormes et complexes que le réchauffement climatique, devant des discours qui alimentent la peur du cataclysme ou celle du déclassement, devant l’abandon des politiques, comment s’étonner que nous mettions en place « toutes sortes de stratégies d’évitement : le déni (qui peut pousser à croire les climato-sceptiques), la déresponsabilisation (ce n’est pas moi qui pollue, ce sont les industries ; ce n’est pas moi qui peux agir, ce sont les États) » constate encore la consultante Séverine Millet.

Image 1Encore de l’infantilisme… Ils manquent, ces projets d’écologie politique ? Eh bien, au travail ; rejoignez les écolos de tout poil qui essayent, quelquefois depuis des lustres, de les élaborer.

Et arrêtez de regarder la pub à la télé ; vous cesserez peut-être enfin de croire qu’il suffit d’un coup de baguette magique pour changer le monde. Enfin au lieu de vous comporter comme des enfants, pensez aux vôtres ; vous cesserez peut-être, par votre obstination forcenée à perpétuer des gestes destructeurs, de confisquer leur avenir.

Muriel Grimaldi, Émule du coop écolo, (par approximative anagramme)

 

 

2 réflexions au sujet de « Dialogues »

  1. cormarie marie-christine

    bonjour
    J e suis la cliente voisine du café de LA Bastille.J ai raté mon train pour La Rochelle et ce n’est pas grave du tout
    Ravie de vous avoir rencontrés
    JE SUIS CHARLIE
    Christine

    1. admin Auteur de l’article

      Désolée pour votre train mais plaisir partagé de cette rencontre. Oui, nous sommes tous Charlie et nous le resterons. Je vais essayer de publier la splendide photo de la République. Au revoir, Christine.
      Muriel
      -> « Brèves »

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