Économie de transition écologique

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Acronyme : É.T.É. La logique de l’économie libérale est radicalement incompatible avec des conditions de vie décentes pour l’ensemble des êtres humains, d’une part, et avec la préservation des milieux de vie, d’autre part.

Par ailleurs on a pu mesurer les ravages de « l’économie planifiée » en U.R.S.S., en Chine, et dans le reste des pays de l’ex bloc communiste.

Mais rien ne nous contraint à choisir entre la peste et le choléra ; on peut aussi opter pour la santé. Pour ce faire, il importe de commencer par s’interroger sur l’implicite de notre actuel modèle économique. Celui-ci nous paraît reposer sur quelques propositions effectives mais non dites  :

– il est légitime de chercher à s’enrichir et il est naturel que l’écart s’accroisse entre les plus riches et les plus pauvres ; depuis la nuit des temps ce sont toujours les plus forts ou les plus malins qui l’emportent.

– la prévention n’est d’aucune utilité économique ; elle est coûteuse en taxes diverses et elle réduit les marges ;  par contre un traitement post critique engendre des bénéfices.

– une portion croissante de la population est économiquement surnuméraire, n’étant plus utile à la production automatisée / numérisée ou accessible à la consommation contrainte au moyen du crédit.

– tout ce qui permet d’accroître les marges bénéficiaires (emploi de migrants plus ou moins réguliers à de moindres salaires, dumping des prix d’achat de produits agricoles par les majors de  la grande distribution, appareils à obsolescence programmée, délocalisation des productions et des services, et c… ) est licite.

Les pratiques induites par de tels postulats se traduisent  immanquablement par un impact humain et écologique toujours croissant. Empoisonnement des moins avertis, pillage des plus pauvres, explosion de la consommation de carburant et des émissions de gaz à effet de serre, destruction massive des sols et de leur capacité de production spontanée, orgie de matières premières… constituent le coût réel des bénéfices alloués aux possédants. Sans parler du trafic d’organes ou  de celui d’enfants à adopter…

Mais comme c’est ce modèle économique qui l’a finalement emporté, parce qu’il permettait incontestablement de satisfaire des besoins fondamentaux, c’est lui qu’il faut amender.

Amender et non pas détruire. Dans ce domaine comme dans d’autres, il faut tâcher de penser la complexité et les interactions :

– Il est vrai que les actionnaires s’enrichissent sans effort du travail des autres mais il est vrai aussi qu’ils permettent de constituer le capital de création des entreprises nouvelles.

– Il est vrai que le patron tâchera toujours d’embaucher au moindre coût mais il est vrai aussi que c’est lui qui, la plupart du temps, fournit du travail.

– Il est vrai que certaines entreprises ont un effet désastreux en matière d’environnement mais il est vrai aussi que leur fermeture n’en met pas moins des salariés au chômage.

L’économie de  transition écologique doit, elle aussi, avancer sur ses deux jambes.

D’un côté, la réglementation devra progressivement imposer partout la mise aux normes en matière de santé et de préservation des milieux naturels, ici et ailleurs.

De l’autre, c’est l’action individuelle qui a commencé d’infléchir – et continuera de le faire – les rapports économiques dans la bonne direction. Ce que le client cesse d’acheter, le producteur cesse de le vendre et, inversement, ce qu’il est désireux d’acheter, le producteur finira par le lui fournir. On peut ainsi, par les gestes quotidiens, non seulement réduire sa propre empreinte écologique, mais encore contribuer à replacer l’appareil productif délirant dans les limites du monde fini. Un seul exemple : acheter des produits alimentaires « bios », en plus de se nourrir sainement, c’est aussi :

– maintenir un quota plus élevé d’emplois dans le secteur primaire

– éviter l’empoisonnement des travailleurs de l’agriculture

– préserver la santé des sols et le potentiel génétique des graines fermières.

Les acheter à une AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), c’est en plus réduire les transports, donc leur impact sur l’environnement, et soustraire des agriculteurs aux pressions de la grande distribution.

La sobriété volontaire, c’est le système réfléchi des actes individuels par lesquels on participe, aujourd’hui et demain, au maintien d’une planète vivable.

Parallèlement on peut aussi aborder la transition écologique comme le passage progressif d’une économie linéaire à une économie circulaire. Formellement ceci  implique  que les produits rejetés à la suite de la transformation effectuée par les uns puissent être utilisés comme matière première par les autres, sans prélèvement net.

Toutes les formes de recyclage relèvent évidemment de cette catégorie mais aussi tout ce qui permet de sortir de la trajectoire dévastatrice de l’économie linéaire qui prélève continuellement des ressources et rejette continuellement des déchets.

Image 1Le lagunage à macrophytes pour le recyclage des eaux usées, l’emploi d’énergies renouvelables dans la production, le remplacement des assurances par des contrats de réparation au moment de l’achat de matériel électroménager, l’autosuffisance énergétique des bâtiments, et c… sont autant de voies possibles de cette transition.

Là encore, c’est la synergie entre l’engagement individuel, l’initiative entrepreneuriale, la politique d’aménagement  et la réglementation publique qui permettra de progresser.

MG

Serge Latouche, économiste de la décroissance.

L’institut de l’économie circulaire. + un cours en ligne sur le même sujet.

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