… ET DE LA PRATIQUE

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Quelques objectifs  politiques

 On a vraiment besoin de penseurs en philosophie, en sciences politiques, en sciences de l’homme, pour un nouveau projet de société.

Valérie Vincent-Delmotte1

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PRÉSERVER LA BIODIVERSITE

Le parcours des combattants durait depuis le mois de mars 2014 ; il s’est achevé le 21 juillet 2016 avec l’adoption du texte définitif de la loi par l’Assemblée Nationale et sa promulgation date du 9 août. Hors les dispositifs administratifs, cette loi énonce ou spécifie trois grands principes : le préjudice Image 1écologique, le patrimoine écologique inaliénable, le principe de compensation… et les décline en une multitude de dispositifs réglementaires. L’essentiel sur le site du ministère de l’environnement.
Quelques aspects pratiques : les pesticides néonicotinoïdes seront interdits (1° décembre 2018) et les échanges de semences fermières sont autorisés.
Bonnes nouvelles pour les randonneurs (obligation de récupérer et d’entretenir les sentiers) ou le grand hamster d’Alsace et les autres espèces en danger ( habitat estampillé d’office zone prioritaire pour la biodiversité) Mais que donnerait la problématique NDDL dans l’environnement réglementaire instauré par la nouvelle loi ? Eh bien il n’est pas tout à fait inconcevable que la puissance publique, après avoir préempté et exproprié au nom de l’intérêt public représenté par le nouvel aéroport, expulse un nombre équivalent de paysans afin de reconstituer une zone sauvage au titre de la compensation. Sauf, peut-être, si ces paysans mettent en pratique une agriculture biocompatible avec ladite zone sauvage, comme l’obligation leur en sera faite ailleurs. Bref ces messieurs dames des deux chambres n’ont pas fini de se crêper le chignon… À une nuance près pourtant : il ne peut désormais plus y avoir de régression du droit de l’environnement.

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PROMOUVOIR LA CULTURE DES LÉGUMINEUSES

C’est probablement le vecteur principal du maintien de la sécurité alimentaire pour le plus grand nombre. Sur le planImage 4 nutritionnel, les graines des légumineuses (pois divers, fèves, haricots, lentilles) sont particulièrement riches en protéines et acides aminés. Par ailleurs les plantes offrent de multiples avantages. Généralement peu exigeantes et capables de fixer directement l’azote de l’air, elles contribuent à restaurer les sols en engrais naturels. Associées à des céréales, elles permettent de les cultiver avec un minimum d’intrants. C’est la raison pour laquelle la FAO a déclaré 2016 l’année internationale des légumineuses.

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PRÉSERVER LA RICHESSE VARIÉTALE

En dehors des épisodes catastrophiques (cyclones, inondations et c..), le problème majeur qu’engendrera la déstabilisation climatique, sera la perte de la sécurité alimentaire, dans un premier temps, et tous les conflits qu’elle engendrera, dans un second temps.

Le rôle majeur de l’Etat, c’est de garantir la sécurité des membres de la Nation.
Or on est en droit de se demander si l' »économie » n’est pas la poursuite de la guerre par d’autres moyens.

Le 2 décembre 2011 l’Assemblée Nationale française a adopté une loi visant à  «simplifier l’utilisation des semences de variétés protégées» ; celle-ci se traduit par l’instauration d’une taxe sur l’utilisation des graines fermières. Les promoteurs de la loi se défendent contre les objections en faisant valoir qu’aujourd’hui la plupart des semences utilisées en agriculture relèvent de la propriété intellectuelle.

Je vous appelle à  populariser l’idée d’une rétribution des paysans dont le travail de sélection variétale se poursuit depuis le début du néolithique (7000 ans AEC) et dont les entreprises qui commercialisent ces souches ont largement bénéficié.

Quant au problème de la sécurité alimentaire, il s’agirait ici, dans l’hypothèse  de stress météorologiques ou dans celle de proliférations de ravageurs, de proposer, dans le cadre de la politique agricole commune, le financement d’une expérimentation sur parcelles de mélanges variétaux, ceci dans l’optique de définir sur les dix ans à venir, les conditions des récoltes planchers, quels que soient les alea climatiques.

Parallèlement, pour faire barrage aux spéculations sur les céréales,  nous pourrions promouvoir  l’idée de l’achat préventif des excédents agricoles, les bonnes années,  par les pouvoirs publics,  et leur remise sur le marché les années de moindre production. Ceci permettrait  de contrôler le prix des céréales afin de garantir  à la fois la sécurité alimentaire des populations et le niveau de vie des agriculteurs.

MG

1 Paléoclimatologue

LIENS :

Il faut sauver le soldat Berthellot

et Kokopelli

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Image 2PRÉSERVER L’AMAZONIE ET LES AMAZONIENS

L’Amazonie, c’est la dernière forêt primaire de la planète, avec une richesse variétale record et un milieu à la fois extraordinairement riche et fragile.

On croit généralement que la luxuriance de la végétation est due à la richesse de la terre et à l’abondance des pluies ; ce n’est que partiellement vrai… En tout cas c’est sur cette vue simpliste que le gouvernement brésilien a cru, il y a quelques décennies, se débarrasser à bon compte des paysans sans terre.

Défrichage sur brûlis (plusieurs milliers de feu visibles la nuit par satellite), plantations… et effondrement des récoltes au bout de 4 à 5 ans ; à quoi il faut ajouter le lessivage des sols, la turbidité des cours d’eau et la disparition des poissons.

En Amazonie ce n’est pas seulement parce qu’il pleut et que la terre est riche qu’il y a de grands arbres ; c’est aussi parce qu’il y a de grands arbres qu’il pleut et que la terre est riche.

Ce sont en effet les feuilles des arbres qui  y servent de noyaux de condensation à la vapeur d’eau et les racines des arbres qui retiennent l’humus. Qu’on coupe les arbres ou qu’on les brûle… et l’eau lessive le sol et embourbe les ruisseaux. L’assèchement aidant, il ne subsiste plus au terme du processus qu’une maigre végétation de taillis.

A cela s’ajoute la ruée vers l’or. Les « garimpeiros »  empoisonnent, avec le mercure qu’ils utilisent comme agent fixant et qu’ils rejettent dans  le milieu, les plantes, les animaux  et les hommes qui y vivent.

Et – il faut croire que les malheureux Amazoniens n’avaient pas leur compte de malheurs – le gouvernement brésilien y ajoute depuis quelque temps un programme pharaonique de barrages, avec expropriation manu militari et sans compensation, les Indiens d’Amazonie n’ayant évidemment pas de titres de propriété à exhiber.

Là encore il faudrait un avocat qui soit en mesure de demander audit gouvernement brésilien à quel titre il s’autorise ces expropriations ; il ne devrait pas être trop difficile d’établir qui furent les premiers occupants…

Accessoirement l’Amazonie est le premier puits terrestre de carbone ; la solution viable passe par le maintien des populations indigènes et le développement de l’agroforesterie.

MG

La pétition des Indiens contre le barrage de Belo Monte approche les 500 000 signatures ; il y a forcément un seuil au delà duquel le projet devra être abandonné… A vos claviers et à vos réseaux !!!

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EDIFIER UNE AGRICULTURE RÉSILIENTE

De tous les dangers qui menacent l’humanité future, ce ne sont ni les inondations, ni les incendies, ni les catastrophes industrielles ou nucléaires qu’il faut redouter le plus et se préparer à affronter en priorité. Ce sont les pénuries alimentaires à répétition, lesquelles seront d’autant plus meurtrières qu’on ne mettra pas un terme à la croissance démographique et que la déstabilisation climatique globale s’aggravera, rendant, d’une année sur l’autre, les récoltes plus incertaines.
Et qu’on ne se fasse pas d’illusion : l’agriculture high tech ne résoudra ce problème qu’à la marge, ne serait-ce que parce que le phosphate qui lui sert à fabriquer ses engrais, est une ressource minière qui est en voie d’épuisement (30 à 40 ans de réserves, au plus). Ajoutons que la méthode des pesticides à outrance a pour effet principal, hors les ravages irréparables qu’elle cause aux insectes butineurs, de sélectionner, au bout de quelques années, des super ravageurs. Inutile de penser aux O.G.M. dans le contexte de l’économie libérale. Outre la résistance au ravageur principal, les deux modifications génétiques accessoires qui sont apportées à ces souches sont d’une part la stérilité (il faut que le client repasse à la caisse tous les ans), d’autre part la résistance au pesticide maison (que le fabriquant compte évidemment continuer à vendre).Image 4
Alors de deux choses, l’une : ou bien on laisse « la régulation » se faire à coups de famines et de conflits armés, ou bien on met en place partout où c’est non seulement nécessaire mais simplement souhaitable, une agriculture de subsistance, accessible à tous.
La condition préalable est économique. Il faut, comme autrefois les pharaons d’Égypte, créer partout des banques alimentaires non seulement pour faire face aux déficits de la production, mais encore pour contrôler les prix. La nourriture est cette marchandise particulièrement alléchante pour les spéculateurs en ce qu’elle est sujette sur le marché à l’effet de King : en cas d’abondance les prix s’effondrent mais en cas de pénurie, ils tendent vers l’infini. D’ailleurs il paraît que les fonds de pension américains ont commencé à spéculer sur les céréales. Des banques alimentaires qui rachèteraient les excédents les bonnes années, et les remettraient sur le marché les mauvaises, permettraient à la fois de maintenir sur exploitation le plus grand nombre de paysans qu’il est possible, et de conserver des prix alimentaires décents pour les populations.
Du côté technique, il faut en priorité viser des récoltes plancher, c’est-à-dire qui donnent un minimum de rapport, quels que soient les aléas climatiques. Ceci s’obtient par des mélanges variétaux. Il faut ensuite réinstaurer tous les services écosystémiques qui ont été anéantis par l’agriculture industrielle. Le premier de tous, c’est la restauration des sols. Les pesticides et le compactage mécanique résultant de l’usage des outils agricoles motorisés l’ont, la plupart du temps non seulement rendu stérile mais encore impropre à retenir l’eau convenablement. Par où l’on voit qu’il s’agit aussi de gérer une ressource – l’eau – qui, selon toute probabilité, va devenir irrégulière. Et puis il faut en finir avec le labourage profond qui déstructure la couche productrice de la terre.
Enfin – et c’est le plus difficile – il faut restaurer toutes les dynamiques qui favorisent les cultures : non seulement les microbiotes du terreau, mais les associations de plantes (légumineuses pourvoyeuses d’azote, haies protectrices de pollinisateurs, arbres dont le feuillage et les racines permettent de conserver l’humidité).
Des techniques existent (agroécologie, agroforesterie) qu’il faudra diffuser le plus largement possible.
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Dans les pays développés le premier obstacle à surmonter, c’est ce préjugé tenace selon lequel ces méthodes feraient s’effondrer les rendements. Une étude conduite conjointement pendant près de 20 ans, dans la région de Chizé (Charentes), sur un vaste ensemble de parcelles, prouve quasiment le contraire : la terre produit mieux si on la malmène moins et surtout si on la laisse faire son travail. Accessoirement cette méthode est moins ruineuse pour les agriculteurs. Le génie agrologique peut faire le reste en choisissant judicieusement les associations et les assolements les plus productifs. Les conclusions du patient travail mené par les paysans et chercheurs de la Zone Atelier Plaine et Val de Sèvre valent d’être attentivement lues ; c’est la clef de l’avenir de tous.
Ailleurs on peut améliorer les méthodes traditionnelles grâce aux apports de la recherche. Dans le sillage de René Dumont et de Pierre Rabhi, il faut des volontaires pour constituer l’interface entre l’agriculture vivrière, à restaurer d’urgence, et ce que la recherche a permis de comprendre depuis, par exemple en matière d’irrigation (pompage de l’humidité résiduelle donc dessèchement des sols à dominante évaporétique par excès d’arrosage) ou autre (moindre rentabilité du plantage traditionnel du riz que par le brin à brin). C’est la mission que s’est donnée par exemple l’association Alcid.

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