M.A.M. -> A.M.A.

Formule par laquelle Karl Marx schématise le passage d’une économie de subsistance à une Image 12économie capitaliste. M = marchandise ; A = argent (ou numéraire ou monnaie).

Dans le premier cas de figure (M.A.M.) qui est celui des sociétés néolithiques primitives, la monnaie est globalement le moyen par lequel les hommes échangent, plus commodément qu’avec le système du troc, les fruits de leur travail.

Dans le second (A.M.A), l’argent – ou la monnaie – est devenu, par lui-même, le moyen de s’enrichir. Il s’agit, avec l’argent dont on dispose – et qui occupe désormais la position dominante – de se procurer des matériaux, des biens, du travail… qui serviront à produire ce qu’on va pouvoir revendre avec un bénéfice.  Ce schéma général, A1.M.A2, dans lequel il faut nécessairement que A2 soit supérieur à A1, c’est aussi celui du commerce, de la spéculation et du jeu d’argent.

Sans doute devient-il dominant à partir du XIX° siècle, avec les capitaux dégagés par la révolution fourragère  que les grands propriétaires terriens souhaitent réinvestir, mais il est déjà à l’oeuvre dans la Rome de l’antiquité, où les taux de rémunération des prêts pouvaient atteindre le seuil des 30% et où on pouvait se vendre soi-même comme esclave quand on n’était plus en mesure d’honorer ses dettes.

C’est la fonctionnalité persistante du schéma A.M.A qui rend compte de ce qu’il n’a pas paru illicite aux acteurs économiques, après avoir massivement investi dans la production industrielle, de reporter les masses de numéraire produites dans un premier temps sur les produits bancaires puis, dans un second temps, de spéculer sur leur toxicité.

C’est elle également qui, à la suite des effets délétères de la crise financière puis économique de 2008, a induit le déplacement de ces fonds vers la spéculation sur les denrées alimentaires, celles-ci présentant un avantage comparatif conséquent, dit « effet de King » : en cas de rareté leur prix tend vers l’infini. Quand on objecte auxdits spéculateurs qu’il y a là quelque chose de moralement inadmissible, ils rétorquent qu’ils prennent des risques et que, en cas d’abondance, le prix de ces denrées tend vers zéro, ce qui est parfaitement exact.

Le principe de base qui commande à la chrématistique contemporaine, c’est que toute politique de prévention est coûteuse en impôts alors que tout traitement post critique est susceptible d’engendrer des bénéfices. C’est ainsi qu’ un rapport de l’O.C.D.E. de 2007 relatif aux vingt villes les plus exposées aux  inondations consécutives à la hausse du niveau des mers, a établi, dans chaque cas, le nombre de personnes atteintes et la somme nécessaire aux travaux indispensables à la sauvegarde des survivants, information opportunément rendue publique… par Business Insider.

MG

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