Nature

Illusion persistante de l’existence d’une entité sous-jacente au monde et qui en réglerait les Image 1principaux équilibres, dans l’intérêt général des vivants, même si, de façon peu cohérente, on attribue également les phénomènes destructeurs (éruptions volcaniques, cyclones) à  la Nature, dont on invoque alors la puissance ou les colères.

Ces dernières métaphores sont significatives  de ce que cette notion s’enracine dans le système archaïque des représentations, ce dont atteste par ailleurs l’étymologie (du latin natus, parfait de nascor : être né, provenir). La nature, c’est initialement la puissance de faire naître ou, plus exactement, de faire renaître, de faire revenir. Comme c’est d’elle que dépendent alors, dans l’idée qu’on s’en fait, aussi bien les ressources alimentaires que la promesse, pour chacun, de réincarnations futures, on comprend que l’on ait eu à son égard, ou à celui de ses avatars divins, les plus grandes dévotions.

Mais aujourd’hui cette représentation continue de faire obstacle à une véritable prise de conscience de ce qu’est le monde et de la façon dont il s’ordonne. L’hypothèse Gaïa, promue par James Lovelock, n’est certes pas totalement infondée en ce qu’elle récuse à juste titre le clivage simpliste entre le vivant et l’inerte, ou encore en ce qu’elle invite à penser la complexité du système terrestre, mais elle constitue un obstacle en tant qu’elle restaure cette entité surhumaine gardienne de la vie.

Le monde est fini et tout développement exponentiel d’une espèce aboutit inévitablement à l’épuisement de ses ressources propres et au basculement de l’organisation biogéochimique qui a permis son développement dans une nouvelle configuratuion, plus ou moins préservatrice, qui va préparer le terrain au développement opportuniste de nouvelles espèces. Ce qui est advenu aux cyanobactéries il y a 2 milliards 400 millions d’années, c’est ce qui arrive aujourd’hui à Homo Sapiens Sapiens.

Subsidiairement il est parfaitement absurde de réintroduire des ours dans les Pyrénées au nom de la Nature. Qui a gardé un troupeau sait que l’on s’attache à ses bêtes. Lequel, parmi les urbains zélés qui ont plaidé  pour cette réintroduction, admettrait que son chien ou son chat se fasse lacérer par un de ces animaux ?

MG

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