Tipping point

… ou point d’inflexion. Valeur d’une variable physico-chimique de l’écosphère qui, une fois atteinte, fait sortir le système dont elle constituait une composante, hors de son état de relative permanence et dans de telles proportions que le retour à l’état d’équilibre antérieur est devenu impossible. Ce que, sur Terre, nous désignons doctement comme « la nature » est en réalité un emboîtement de systèmes chaotiques qui, à partir d’un ensemble de rétroactions, sont parvenus à constituer un système global dans lequel le retour du même assure localement les conditions de reproduction des êtres vivants.
C’est ce fragile équilibre qui est aujourd’hui menacé. Le plus basique de ces points d’inflexion est évidemment la concentration de GES dans l’atmosphère. En 2016 cette concentration a atteint la valeur de 400 ppm ; elle était de 280 avant l’ère industrielle et les climatologues estiment que le point d’inflexion se situe aux alentours de 450 ppm. Le cas de Vénus est emblématique de cette dérive puisque cette planète, sur laquelle l’eau était autrefois abondante, présente une température actuelle au sol de l’ordre de 400°C ; le point d’inflexion en l’occurrence a tenu à un certain point d’abaissement de la pression atmosphérique.
image-2Les autres constantes susceptibles de variations importantes dérivent toutes, plus ou moins directement, de ce premier facteur. Dans les zones polaires à faible ensoleillement ce sont les concentrations de GES qui vont constituer le principal facteur de réchauffement, induisant, en particulier, la fonte de la banquise et des glaciers. Or, contrairement à ce que les climatosceptiques ont longtemps prétendu, la fonte de la banquise arctique n’est pas compensée par l’extension des glaciers de l’Antarctique ; au contraire le « tipping point » vient d’y être franchi pour les glaciers de la presqu’île d’Amundsen. Le vêlage d’icebergs, provoqué par le glissement dû à l’extension des lacs sous-glaciaires, est dores et déjà tellement important qu’on estime que ces glaciers ne se reformeront pas. Leur disparition, à elle seule, se traduira par une hausse générale d’1 m du niveau des mers et océans. La situation en Arctique n’est guère plus favorable ; l’extension de la banquise réduite d’une année sur l’autre, se traduit par un effondrement de l’albédo et donc par un réchauffement progressif des eaux, ce qui réduit encore la formation de la glace pendant l’hiver boréal. Les autres effets directs du réchauffement dans la zone arctique sont la fonte des clathrates et du pergélisol avec libération de méthane et de dioxyde de carbone avec, en conséquence, l’aggravation de la concentration des GES dans la troposphère. Ici aussi on paraît avoir dores et déjà dépassé le point de bascule. A cela il faut ajouter l’acidification de l’eau des océans du fait de la concentration accrue de carbone, ce qui en impactant la calcification et le métabolisme de la micro faune à la base des chaînes alimentaires, pourrait induire la fermeture progressive du puits biogéochimique de carbone que constituaient jusque là les océans.
Enfin le système intégré des courants océaniques qui commande le régime général des précipitations – donc en partie des climats locaux – donne des signes d’altération. La fonte des glaces polaires qui fait descendre aux basses latitudes des eaux froides mais peu denses – puisque la glace se forme en expulsant le sel contenu dans l’eau – rabat la plongée thermohaline vers ces basses latitudes, avec un renforcement du contraste thermique, lequel aura pour premier effet une augmentation des phénomènes climatiques violents dans la zone intertropicale. Ceci constitue un événement de Bond.

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