URGENCES

Du paradis à l’enfer en une décennie

C’est la triste condition des habitants du Vanuatu (ex Nouvelles Hébrides ), un archipel de 83 îles volcaniques situé dans le Sud Ouest du Pacifique. En 2006 c’était encore la destination touristique rêvée entre toutes. Dix ans plus tard la communauté internationale le tient pour l’endroit le plus dangereux au monde : tempêtes et cyclones s’y succèdent, Image 5l’érosion du littoral est telle que certains de ses habitants ont déjà dû déménager deux fois, la mer y monte deux fois plus vite qu’ailleurs, conjugaison probable de l’expansion thermique et d’effets d’upwelling, des arbres sont arrachés par le vent l’un après l’autre, l’eau de mer ruine les plantations de cocotiers et les marécages s’étendent, favorisant la prolifération des moustiques porteurs de la dengue ou de la filariose. En prime : séismes et tsunamis. Le cyclone de 2015, baptisé Pam, a tué 29 personnes et en a mis 3 300 dehors ; 85 % des maisons de la capitale, Port Vila, ont été détruites. La dette de cette modeste nation explose littéralement depuis quelques années, tant sont élevées les dépenses requises pour assurer le minimum vital.
Jeannette Leimala Raupepe a déclaré aux visiteurs de Greenpeace : « Ici, tout est imprégné par le changement climatique : l’économie, l’éducation, la santé. À l’école, le changement climatique est une matière à part entière qu’on enseigne aux enfants. Toute notre vie est affectée. Nous n’avons pas d’autre choix que d’apprendre à vivre avec ces impacts. J’ai le droit de demander aux autres pays, notamment aux États-Unis et aux pays européens, et aux entreprises, de prendre conscience de ce qui se passe ici et d’arrêter d’émettre du CO2. Aujourd’hui, le Vanuatu est touché. Au tour de qui demain ? »
Il est malheureusement probable que tant que seuls les plus faibles seront affectés, rien ne bougera sérieusement… La devise du Vanuatu est, traduite du Bichelamar, « Nous nous tenons devant Dieu » En ce cas nous suggérons à Dieu, au cas bien improbable où il existerait, d’emporter dans la mort un puissant de ce monde pour chaque humble victime de cet archipel perdu.

Rien de ce qui était ne demeurera

Une cinquantaine d’automobilistes sont morts dans les flammes d’un gigantesque feu de forêt au Portugal. Les flammes allaient plus vite que les voitures… Il faut dire que la forêt était desséchée et que le feu a démarré simultanément sur quatre fronts. On invoque des « orages secs » comme cause de ces départs de feu. Température : 40°C
Image 2Des voix s’élèvent sur les défauts de prévention et l’insuffisance des moyens. Mais les pompiers qui sont intervenus sur le site étaient plus de 600 et la question n’est pas là.
L’événement de Bond qui a démarré dans l’Atlantique, en modifiant la circulation des courants océaniques et aériens, a raréfié le vent d’ouest qui apportait habituellement la pluie. La même configuration, qui fait refluer toujours plus au sud la remontée des eaux chaudes vers le nord, installe progressivement deux zones climatiques nouvelles : l’une plus chaude au sud et l’autre plus froide au nord. Schématiquement on peut en inférer que le Sahara remonte vers la péninsule ibérique et que la sécheresse qui sévit actuellement en France pourrait bien être un avant-goût de la même remontée. La ligne de front entre les deux masses d’air, génératrice de phénomènes cycloniques, oscillera en fonction de la descente vers le sud des eaux de fonte de la banquise arctique et de la remontée vers le nord des eaux chaudes de la zone intertropicale. Evidemment les plantes en général et les récoltes en particulier supporteront difficilement ces mouvements erratiques du « temps qu’il fait ».
L’urgence, ça n’est donc pas d’embaucher des pompiers supplémentaires ; c’est de mettre en œuvre au plus vite les stipulations de l’Accord de Paris et de constituer sans retard les bases d’une agriculture résiliente (banques alimentaires, mélanges variétaux, agro écologie et restauration des sols, serres, agro foresterie, agriculture urbaine, jardins partagés, culture hydroponique).
Bilan au 20 juin : 79 morts et disparus ; l’incendie s’étend ; plus d’un millier de pompiers sur zone.

Pour un Grenelle de l’alimentation

Pascal Canfin, qui a pris récemment la direction du WWF, s’est attaqué au problème de la conversion de l’agriculture. Et il a en fait le tour : une agriculture industrielle surendettée, destructrice des sols, des bêtes, de la santé des travailleurs, des emplois, soumise à la pression constante de la grande distribution monopolistique… Mais surtoutImage 2 singulièrement vulnérable aux aléas climatiques qui s’annoncent. Ce n’est pas avec des sols morts qui ne sont plus même capables de retenir l’eau de pluie, avec des cultivars uniformisés qui provoqueront inévitablement des pénuries record, avec une dépendance générale à l’engrais (qu’on ne pourra bientôt plus fabriquer, faute de phosphate), que l’on peut espérer relever les défis à venir. Les conversions à l’agriculture biologique se multiplient et ce n’est pas par hasard : réduction des coûts et du surendettement, récoltes planchers, amélioration sanitaire, préservation de la biodiversité, restauration des sols. Il faut les encourager. Voilà pourquoi cet excellent homme plaide pour ouvrir au plus vite une table des négociations sur le problème. On trouvera ici une interview d’UP magazine qui en expose clairement les données.

Comprendront-ils jamais ?
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Tandis que la glace glisse inexorablement vers l’océan, l’Antarctique se couvre de mousse. Donc inversion de l’albédo, donc rétroaction positive, donc accélération de la fonte et du vêlage des glaciers, donc production d’icebergs. Comme les eaux du courant circumpolaire sont de plus en plus chaudes, ceux-ci fondront de plus en plus rapidement. A titre d’indication, si toute la glace de L’Antarctique fondait, on aurait une hausse moyenne des océans de… 53 mètres. A titre d’illustration, onze capitales d’Europe et du Moyen-Orient disparaîtraient sous les eaux ; sans parler du reste du monde…
Sagt mir wo die Blumen sind

Va falloir se bouger…
« Plus de 250 000 personnes habitent à moins de 500 m des côtes en érosion. Elles sont environ 200 000 à habiter à moins Image 2d’un kilomètre de la mer, dans des zones basses potentiellement submersibles. »
La distance à la mer : principal facteur de caractérisation sociodémographique du territoire littoral
Rapport publié par le Ministère de la Transition Écologique et Solidaire. Il en ressort que le littoral est une zone présentant globalement les caractères généraux de l’urbanisation (commerces, services, couverture médicale). Plus on attendra pour mettre en place les solutions de repli et plus elles seront traumatisantes. On pourrait par exemple constituer dans l’arrière-pays un réseau de villes moyennes auxquelles le déplacement de ces populations permettrait de conserver tel ou tel avantage et qui pourraient simplement leur faire parvenir leurs propositions.

Le mécano biologique reprend du service
Comme on le sait la glace arctique disparaît à vitesse accélérée sous l’effet de plusieurs rétroactions positives. La Image 1banquise, les clathrates et le permafrost sibérien partent en eau et ce ne sont pas seulement des GES qui se trouvent libérés. Est-ce l’effet du déplacement des courants de convection qui travaillent ce sol si particulier un peu plus au sud ? En tout cas le phénomène ramène au jour des virus géants. Et ils sont là depuis la nuit des temps ; ils constituent en quelque sorte, les « protovivants » ; pas d’alimentation ni de respiration ; juste un cordon d’acides nucléiques enfermé dans une membrane.
En principe le virus parasite une cellule de façon à lui faire reproduire ses constituants élémentaires.
On avait précédemment découvert et baptisé Megavirus chilensis ; on vient d’ajouter à la liste Mimivirus, Pandoravirus, Pithovirus et Mollivirus. Mamavirus fait partie de la famille des Mimivirus, infeste une amibe et a la particularité d’être lui-même la cible d’un autre virus, Spoutnik, dit virophage. Pandoravirus est attesté comme agent de la pneumonie chez la souris et, potentiellement chez l’homme. Du reste Ebola fait aussi partie de cette famille. Mollivirus Sibericum a une autre particularité : il possède des ribosomes, c’est-à-dire des organites capables de commander la synthèse de protéines.
Autrement dit s’il n’est pas impossible qu’on ait mis la main sur l’improbable graal des paléobiologistes, il se peut aussi fort bien qu’on soit en train d’ouvrir la boîte de Pandore qui répandra sur terre ses prochaines calamités.

Comment le monde entier, sans le savoir, joue à la roulette russe
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Le barillet, c’est l’Arctique, ou, plus exactement, les terres circumpolaires. En Alaska où la glace met désormais trois fois plus de temps à se reformer à l’entrée de l’hiver, le bilan des émissions s’est inversé. Alors que la toundra piégeait plus de gaz carbonique qu’elle n’en émettait, la décomposition de la végétation est désormais prévalente et les émissions de GES se sont accrues de 73 %. En prime un effet levier : plus la glace fond et plus les masses végétales anciennes qu’elle piégeait entrent en décomposition. Or le pergélisol de l’Alaska pourrait à lui tout seul contenir deux fois plus de CO2 que toute l’atmosphère terrestre… Et on ne parle pas des clathrates de Sibérie et des quantités astronomiques de méthane qu’elles contiennent. Dernière précision : il y a déjà, dans l’atmosphère terrestre, 2,5 fois plus de méthane qu’il n’y en avait en 1750. Le CH4 a une durée de vie 5 fois plus courte que celle du CO2 mais il est 80 fois plus efficace dans le piégeage de l’énergie…

Le Nordeste brésilien en voie de désertification

Depuis cinq ans les sécheresses s’y succèdent, enclenchant l’une derrière l’autre le cycle irrémédiable de la dévastation. En ce début mai la saison des pluies prend fin mais il n’est pas tombé une goutte d’eau depuis la mi mars et les trois quarts des récoltes sont déjà perdus. Le gouvernement brésilien, qui ne veut pas d’une réforme agraire et préfère investir ailleurs dans de dispendieux travaux d’irrigation, maintient sur place cette paysannerie misérable avec un petit pécule mensuel, « bolsa familia », qui permet à peine d’entretenir les bicoques ; les paysans doivent partir chercher du travail ailleurs. Cette année on entend « É tanta secura que até os cactos estão sentindo » (« Il fait tellement sec que même les cactus sont atteints »). Comme il n’y a pas assez de végétation pour entretenir le plus modeste troupeau on vend les animaux qu’on ne peut plus nourrir et, pour les autres, on arrache ce qu’on peut pour en faire de la nourriture ou du fourrage : feuilles de palmier, épineux… ce qui, comme on s’en doute, fragilise encore l’écosystème. Les réserves d’eau baissent dangereusement ; ces dernières années, dans certaines zones, la pluviométrie a été divisée par 4… Les climatologues locaux invoque « El niño » ou un cycle climatique de 25 ans. Mais il est tombé tellement d’eau sur le nord-est du continent qu’on doit plutôt y voir l’effet d’une modification des courants océaniques et de son retentissement sur la circulation des masses d’air.

La bombe est amorcée

Ce mardi 25 avril 2017 il neige dans les Vosges, la température est de 1° C à Nevers et le lilas finit de faner dans le jardin, à Paris. Vent du Nord ou du Nord-Est, il ne pleut que sur les marges et le niveau des nappes phréatiques Image 1dégringole de jour en jour. Ça n’émeut personne ; à part la brève d’hier, aucun journaliste n’est allé voir de plus près ce qu’il y a dans cette étude… publiée en février dernier. Ce qu’il y a, c’est la reproduction d’une étude publiée un an plus tôt dans Nature Climate Change qui tentait, vainement semble-t-il, d’alerter sur la nécessité de sortir du court terme dans la mise en application des dispositions de l’Accord de Paris.
L’essentiel : ce que nous ferons dans les 10 prochaines années décidera du climat de cette planète pour les 10 000 ans à venir ; ou, plus exactement, décidera de l’ampleur de la catastrophe climatique induite par l’accumulation des GES dans l’atmosphère pour les dix prochains millénaires. Il se trouve que les modèles climatiques affinés permettent déjà de dire que si la communauté internationale s’en tenait vertueusement à la résolution terminale de la COP 21 – maintenir le réchauffement global sous la barre des 2°C, il en résulterait à terme une hausse moyenne de 25 m du niveau des océans.
Une telle hausse affectera directement, sur la base du recensement général de 2010, 1 milliard 300 millions de personnes, soit 19 % de la population mondiale. Dans l’hypothèse dite « business as usual » – vers laquelle, à peu de choses près, l’humanité paraît se diriger – et qui entraînerait la fonte de la totalité des glaciers, cette hausse générale des eaux atteindrait la cote de 52 m. A ce compte la plupart des grandes métropoles deviendront des Atlantides : New-York, Londres, Amsterdam, bien sûr, mais aussi Paris, Berlin, Rome, Copenhague (d’ailleurs c’est tout le Danemark qui aura disparu), Dublin, Helsinki, Berlin, Riga, Oslo, Lisbonne, Stockholm, Edinbourg, Pnom Penh, Jakarta, Tokyo, Manille, Doha, Séoul, Bangkok, Jakarta, Abou Dahbi, Buenos Aires, Hanoï, Saint Domingue, La Havane, Le Caire, Montevideo, Conakry, Tripoli, Rabat, Dakar… La Lybie et la Bretagne seront devenues des îles.
Pour ces chercheurs, Clark and all, la solution, car elle existe, c’est de réaliser dans la décennie qui vient, la complète « décarbonization » de la production mondiale d’énergie et, d’ici à 2030, de parvenir à zéro émission de carbone. Autrement on entre dans l’irréversible. Et comme on s’en doute, il ne s’agira pas seulement de déménager les deux tiers de l’humanité. Avec la compétition pour obtenir des ressources alimentaires de plus en plus rares, la plongée dans la monstruosité est inévitable…

21 avril 2017 : nous y sommes

L’énorme faille qui était apparue au sein du glacier antarctique en décembre dernier est sur le point de produireImage 4 un gigantesque iceberg, de la taille du département des Bouches-du-Rhône. Signe évident de la déstabilisation climatique et probable événement annonciateur d’une accélération des vêlages d’icebergs. Il se trouve que celui-ci se situe dans la barrière de Larsen, une structure géologique qui a pour effet de caler les glaciers du continent. Un peu comme si sur une file de 1000 dominos dressés en une file serrée, une légère impulsion venait d’être donnée au premier. Evaluation de la hausse globale des océans consécutive à ces glissades : de 20 cm à 1 m d’ici la fin du siècle. Cette imprécision s’explique en partie par la complexité des phénomènes mis en jeu et par notre aptitude à les intégrer. De la simple conversion de la masse volumique à la modification irréversible de la grande courroie de transmission des courants océaniques – en passant par l’expansion thermique des océans, personne ne sait probablement où l’on va… mais on y va. L’urgence est dépassée.
Cependant ce matin l’événement n’a retenu l’attention des journalistes de la radio que 15 secondes ; c’était sans doute beaucoup plus important de détailler le dernier sondage avant l’élection présidentielle – dont la campagne a été sur la question de la déstabilisation climatique d’un silence assourdissant – ou de s’étendre indéfiniment sur les résultats des matchs de football… Espèce de primates mal dégrossis qui se croient intelligents, que la nature des choses et leur incurie viennent probablement de condamner à disparaître pour l’essentiel, mais qui ne veulent pas le savoir.

Bond, Bond event I tell u

Deuxième année consécutive de sécheresse dans l’hexagone et probable troisième année consécutive d’effondrement des récoltes. En 2015 : pluies abondantes et inondations = les grains de blé germent sur pied. En 2016 : sécheresse = un quart de la récolte de céréales est déclassée en plantes fourragères. L’année 2017, outre le niveau inquiétant des nappes phréatiques, se signale par des écarts de température jusque là inconnus :
– nouvel épisode de froid à partir du 20 avril ; dans nombre de régions il gèle le matin mais la température peut excéder les 20°C dans l’après-midi.
– écart plus considérable encore entre le Nord et le Sud de l’Europe ; le 18 avril par exemple on enregistre – 34°C dans le Nord de la Suède et + 20° C au Maroc.
Typique d’un événement de Bond. « Un événement de quoi ? » m’avait demandé un célèbre climatologue que j’étais allé voir après sa conférence. C’est que seuls les paléo climatologues s’occupent de l’incidence de la fonte de la banquise arctique sur les courants océaniques et le régime des pluies. Les climatologues, en principe, n’ont à se Image 1préoccuper que de l’alternance glaciaire / interglaciaire…
C’est la première urgence : rompre mentalement avec le fixisme de nos schémas mentaux. Or ils traînent partout, y compris dans ce remarquable concept d’ « avantages comparatifs » qui sert de base aux négociations économiques et commerciales. Ex : « La France est une grande puissance agricole, le grenier à blé de l’Europe, le deuxième exportateur de produits agro-alimentaires ».
La deuxième, c’est de mettre en place une politique résolue de préservation de la sécurité alimentaire – en particulier par des mesures de régulation des prix et la constitution afférente de réserves – et de maintenir le plus possible les agriculteurs en place (indemnités, encouragements à la conversion en permaculture, gestion des ressources dont l’eau et les organismes terricoles).
La troisième, c’est de constituer un système institutionnel de solidarités internationales également basé sur la constitution de banques alimentaires ; ne pourraient continuer à en bénéficier, le cas échéant, que les états qui ont été respectueux des règles internationales fixées préalablement et destinées à préserver la sécurité alimentaire. Ex : obligation de céder à la communauté 1/10° de sa production excédentaire à prix coûtant les années où celle-ci a dépassé le niveau de référence

Paris, le 7 avril 2017

Lettre ouverte à la Vieille Garde

A Laurent Fabius, Alain Juppé, Antoine Waechter, Brice Lalonde, Daniel Cohn-Bendit,
Pierre Rahbi, Marc Dufumier, Nicolas Hulot

Chers camarades,

par pitié, décidez-vous à élever la voix ; dans quinze jours il sera trop tard.

Vous tous avez compris que la question cruciale des années qui viennent, c’est la transition vers un monde vivable, qui cesse de confisquer son avenir à la jeunesse ; transition difficile, à la fois énergétique, écologique, économique.

Vous tous savez que le risque majeur du monde comme il va, c’est la perte de la sécurité alimentaire et tout ce qui en résultera.

A l’élection présidentielle, un seul candidat désormais en a clairement et authentiquement conscience : Benoît Hamon.

Alors soutenez-le. Il est jeune, inexpérimenté ? Il est malgré tout l’auteur de la loi sur l’économie sociale et solidaire, ce qui n’est pas rien. Mais peu importe ; vous êtes là et nous sommes là. Votre notoriété peut encore retourner la situation ; notre engagement fera le reste.

Mais vous devez d’abord vous faire entendre.
Maintenant.

Muriel Grimaldi *

* Coauteur, avec Patrick Chapelle, d’ « Apocalypse, mode d’emploi », 1993, préface de René Dumont

Des hauteurs de Patmos…
Marta Coll vient de publier dans l’excellente revue « Nature » un article relatif aux modifications du milieu marin méditerranéen et à leur impact sur les espèces résidentes. (Historical changes of the Mediterranean Image 1Sea ecosystem : modelling the role and impact of primary productivity and fisheries changes over time ). Le tableau d’ensemble n’est pas rassurant : surpêche, eutrophisation, espèces invasives, premiers effets du changement climatique. Résultat : un effondrement brutal des populations du haut en bas de la chaîne alimentaire. La Méditerranée héberge de 7 à 10 % des espèces marines de la Terre. Environ 30% des populations ont déjà disparu. Comme c’est une mer fermée qui, à la fois, se réchauffe plus vite et limite les migrations adaptatives, il faut s’attendre à une accélération de ces disparitions, d’autant que la surpêche rend de plus en plus hasardeuses la maturité et donc la reproduction des organismes marins.

Climat : 2016, année de tous les records
Année la plus chaude jamais enregistrée, régression sans précédent de la banquise arctique ( – 3 millions de km2), records de chaleur dans les zones circumpolaires : + 3°C en général et jusqu’à + 6°C au Spitzberg par rapport aux températures habituelles.
Ailleurs aussi, records de chaleur : 51 °C en Inde, 53 °C en Iran, 54 °C au Koweit … Même chose pour la montée du niveau des océans : + 1,5 cm, soit 4 fois plus que les années précédentes. Image 1
Inutile d’invoquer El Niño ; d’une part il n’a affecté que les deux premiers mois de 2016, d’autre part janvier et février 2017 ont connu des températures comparables.
La planète est visiblement entrée dans la phase des oscillations chaotiques de la déstabilisation. Ceci signifie des modifications drastiques des constantes climatiques et, par conséquent des impacts accrus sur la biosphère : importantes sécheresses en Afrique australe, en Amérique du Sud, en Australie ; inondations dévastatrices en Chine. Au bout du compte, tout cela se traduira par la perte de la sécurité alimentaire pour une part croissante de la populations mondiale, avec toutes les conséquences que l’on peut concevoir ; 20 millions de personnes souffrent déjà de la famine.
Tout le monde paraît avoir oublié l’Accord de Paris ; on n’en a pas même parlé lors de la dernière réunion du G 20 à Davos. Ce serait pourtant le moment de le faire entrer dans les faits ; à moins que ces puissants du monde comptent sur les régulations « naturelles » qui effaceront de la surface du monde les plus faibles et les plus vulnérables.

La peste, vous dis-je !
La consommation compulsionnelle d’antibiotiques a fini par engendrer des antibiorésistances qui constituent désormais une sérieuse menace à l’échelle mondiale, non seulement pour la santé publique mais aussi pour la sécurité alimentaire. Cette propriété nouvellement acquise est spécifique des bactéries dites à gram négatif (à double membrane) qui sont en outre susceptibles de la transmettre. Dans la liste qu’a publiée l’O.M.S. en février 2017, trois familles sont classées « critiques » : 1 – Acinetobacter, en principe non pathogène mais opportuniste et particulièrement actif en milieu hospitalier, ce bacille peut induire des septicémies. 2 – Bacille pyocyanique ; même profil que le précédent, il peut également provoquer des méningites. 3 – Entérobactéries dont Escherichia coli, autrement dit le colibacille, commun dans les intestins mais dont on a vu apparaître des formes létales il y a déjà plusieurs années et Yersinia pestis, qui est bel et bien le bacille de la peste.
Quadrature du cercle : il faut à la fois réduire drastiquement la consommation d’antibiotiques – lesquels continuent invariablement à sélectionner des super ravageurs – et en développer de nouveaux afin d’être en mesure de faire face à ces néo agents pathogènes ; ce qui, en bonne logique libérale, est loin d’aller de soi. Sans doute faudrait-il aussi veiller à développer des traitements alternatifs et des comportements préventifs. En France on consomme chaque année 143 millions de boîtes d’antibiotiques…

La chenille qui affamera l’Afrique
Son nom savant : Spodoptera frugiperda. C’est en effet la grande spécialité de cette larve de papillon que de perdre les fruits de fin de saison en les dévorant ; de là son nom courant de « chenille processionnaire d’automne ». Endémique en Amérique du Sud, c’est une espèce invasive en Afrique, et particulièrement redoutable. Apparue au Nigéria début 2016, on la retrouve en Afrique du Sud un peu plus d’un an plus tard. Performances : elle s’attaque, au maïs, au sorgho, au millet, au riz, au soja, à la Image 1pomme de terre mais peut aussi se nourrir de vingt autres espèces végétales ; une seule nymphe peut pondre un millier d’œufs ; non seulement elle est résistante aux pesticides mais les cultivars génétiquement modifiés ne l’arrêtent pas le moins du monde.
Comment est-elle arrivée là ? Comme d’habitude on invoque l’importation de produits alimentaires infectés. Cette explication est d’autant moins probable que de telles importations sont rares ; en outre elle paraît incompatible avec la vitesse de propagation. L’alternative : comme le papillon est du genre Monarque, capable de parcourir des milliers de kilomètres, il se pourrait qu’il ait voyagé en groupe de millions d’individus en empruntant le courant-jet subtropical (jet stream). Ces forts courants aériens se déplacent tous d’Ouest en Est ; une modification de trajectoire et /ou une augmentation de la vitesse pourrait avoir un tel effet.
On envisage des campagnes de sensibilisation et une étude fine de la propagation… Il serait plus pertinent de mettre tous les moyens disponibles sur le développement des ravageurs naturels de Spodoptera frugiperda ou sur ceux de l’espèce parente locale : Spodoptera exempta, dite chenille exfolliente.

Bonne année 2017…
Dernières nouvelles du climat : le Nordeste brésilien connaît une sécheresse historique tandis que image-1l’Argentine nage dans les inondations. Fort bien ; mais les climato sceptiques diront que 2016 fut une année El Niño.
Il a neigé au Sahara, ce qui n’était pas arrivé depuis 37 ans, et l’Arctique vient de connaître son année la plus chaude depuis le début des relevés de température en 1900… Voyez, diront les climato sceptiques, il neigeait déjà dans le Sahara il y a 37 ans et rien ne prouve qu’il n’y a pas eu des périodes de chaleur dans l’Arctique avant 1900.
Nul ne contestera qu’il ait déjà existé des anomalies climatiques dans le passé. Par contre la probabilité qu’elles surviennent toutes la même année est proche de zéro, du moins avant la séquence des « années chaudes ».
Au total l’année 2016 cumule une dizaine d’anomalies climatiques. Il faut en tirer les conséquences : nous sommes entrés dans la déstabilisation climatique globale et l’impératif premier qui doit désormais prévaloir pour les pouvoirs publics, c’est de mettre un terme, dans les meilleurs délais, à toutes les pratiques qui l’entretiennent. Le second, c’est de prendre les dispositions à même d’assurer la sécurité alimentaire des populations, en anticipant sur les aléas climatiques les plus probables. Pour mémoire le mois de décembre en France, du fait de la « patate anticyclonique », n’a enregistré que 25% des précipitations habituelles ; ça pourrait tout aussi survenir au printemps.

Ça va monter…
…le niveau des eaux, marines et fluviales. Du moins, pour ces dernières, là où subsisteront les fleuves. Le plus admirable chez Homo sapiens sapiens, en bout de course sur sa planète, c’est ce tropisme analytique, cette capacité infatigable de cliver, de séparer, d’isoler. On s’apprête – et sans doute est-ce louable – à édifier en Éthiopie un gigantesque barrage ; et l’Egypte commence à s’inquiéter des variations du débit du Nil… Le barrage, supposé couvrir la moitié des besoins du pays, sera sur le Nil bleu, dans cette Corne de l’Afrique qui est peut-être le seul endroit au monde en train de s’assécher pour des raisons essentiellement géologiques (épaulements du rift Est africain) ; ce qui ne préjuge en rien des facteurs climatiques susceptibles – en plus – de faire chuter les précipitations de façon drastique. Sans parler de l’envasement des turbines, favorisé sous ces latitudes, ni du milieu particulièrement propice à la reproduction des moustiques – vecteurs de pathologies diverses – que constitue le lac de retenue, ni de image-1l’appauvrissement des effluents et l’effondrement des prises de pêche sur les rives et dans l’estuaire. La bonne option : la petite hydraulique répartie sur le cour du fleuve et combinée à l’énergie solaire.
Dans le même ordre d’idée les nations développées riveraines de l’Atlantique nord continuent à faire fonds sur leurs avantages comparatifs en matière climatique alors que toute la zone, sous le coup de l’événement de Bond consécutif à la fonte de la banquise arctique, est déjà entrée dans une phase de modification irréversible des courants océaniques et probablement de la circulation aérienne, ainsi qu’en témoigne la persistance d’un énorme anticyclone, en déplacement vers le Nord Est et qui a déjà commencé de réduire de façon drastique les précipitations saisonnières, réduction éventuellement assortie de pluies torrentielles sur ses marges (événement cévenol étendu). Mais comme il fait froid, c’est rassurant… Illusion de plus : c’est l’absence de nébulosité qui fait chuter la température pendant les longues nuits de l’hiver planétaire. Cependant c’est cette « patate anticyclonique » qui explique à la fois qu’il n’y ait pas de neige en montagne et que la pollution urbaine soit à la fois élevée et durable…
Quel plafond le déficit céréalier atteindra-t-il l’été prochain en Europe ? Combien de morts l’effondrement des températures provoquera-t-il cet hiver en Amérique du Nord ? Les politiques, ainsi qu’en témoignent les suites dramatiquement insuffisantes de l’Accord de Paris, continuent imperturbablement à légiférer dans le court terme, sans prendre jamais la mesure du problème. Le recul des glaciers alpins, la fonte de la banquise, la fragilisation des glaciers de l’Antarctique… rien de cela ne les concerne ; ils prennent en charge les inondations quand elles surviennent et sans doute estiment-ils que c’est assez payé pour le bénéfice narcissique que leur procure leur carrière politique.
Sur le plan de l’action, c’est pourtant simple puisqu’il n’y a au fond qu’un seul impératif : LA RÉDUCTION DRASTIQUE DES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE.

Bienvenu dans l’anthropocène !
Ça fait sourire les cons quand on dit qu’en cette année 2016, c’est dès le mois d’août que notre image-1humanité vorace et prolifique avait entièrement consommé les ressources produites par la Terre depuis le 1° janvier. Cette date recule d’année en année et, inévitablement, quand nous aurons épuisé tout notre crédit naturel, les guerres de la survie éclateront partout.
Désormais les faits sont là : en 40 ans la moitié des vertébrés ont disparu. C’est la mesure exacte de l’emprise toujours plus grande de l’humanité exerce sur les espaces naturels qui se réduisent à mesure. Rien de spectaculaire : pollution des eaux douces et empoisonnement de 80% de ces espèces aquatiques, parcellisation des zones sauvages et obstacles multiples à la reproduction, surpêche et effondrement des populations marines, et c… Evidemment les choses vont s’aggraver encore avec les phénomènes de déstabilisation climatique. Ex : telle espèce n’est plus en mesure de nourrir sa progéniture parce que la ressource habituellement disponible ne l’est plus à temps.
Dernier point : cette érosion est exponentielle. Le WWF qui a conduit cette étude estime qu’en 2020 le pourcentage des disparitions atteindre la valeur de 61%.
Dis, maman, c’est quoi cette bête ? Un éléphant, ma chérie. Ça existe ? Non, c’est fini.

Business as usual ?
Le gouvernement britannique accorde son autorisation à un projet industriel de récupération du gaz de schiste, par fracturation hydraulique, dans le Lancashire. La compagnie américaine Caelus Energy a découvert en Alaska un gisementimage-3 pétrolier estimé à 15 milliards de barils ; elle s’apprête à construire un oléoduc de dérivation de 200 kms pour rejoindre celui de B.P. Un convoi de 9,5 tonnes de déchets nucléaires retraités en provenance de Grande Bretagne rejoindra la Suisse, pays d’origine, en empruntant un trajet initial Cherbourg Valognes ; ensuite, train spécial. Importante pollution à l’américium 241 dans les environs de la Hague ; Areva, en bonne logique libérale, a entrepris de « comprimer » la « masse salariale » du centre de retraitement. Le Nicaragua s’apprête à accorder à la Chine, contre sa construction et sa mise en service, l’exploitation d’un nouveau canal transocéanique pour une durée de 116 ans…
Alors c’est vrai que dans le même temps, Paris et Santiago réduisent la circulation automobile intra muros afin de limiter la pollution, que Marseille édifie un écoquartier, que BP renonce à ses forages australiens, que Renne invite les spectateurs d’un concert à pédaler pour produire l’électricité nécessaire…
Mais – God damned ! – si on veut s’en sortir un jour, il va falloir se décider à attraper le taureau par les cornes. Pendant que les colibris se rassurent à bon compte en attendant une improbable prise de conscience universelle, l’incendie s’étend inexorablement. Il faut des canadairs, autrement dit des politiques coercitives des pouvoirs publics.

Il est urgent de cesser de statuer dans l’urgence
Comme c’était dès longtemps prévisible, la récolte de céréales a connu cette année en France, du fait des alea image-2climatiques, un effondrement spectaculaire : – 30 %. On indemnisera les producteurs et ceux qui, néanmoins, ne parviendront pas à rééquilibrer leur trésorerie, seront assistés dans leur reconversion. Plusieurs milliers de céréaliers sont déjà en train de tenter de se défaire de leur exploitation… En 2015 on avait dû déclasser des milliers d’hectares de blé en plantes fourragères parce que, du fait de pluies abondantes et tardives, les grains avaient germé sur pied.
Dans un contexte de déstabilisation climatique globale, ce n’est pas en puisant dans la caisse à chaque catastrophe qu’on peut espérer conduire la politique ad hoc.
La première question à se poser est celle-ci : à supposer des conditions climatiques comparables ailleurs, quelle nation consentira à exporter ses céréales ? A quel prix, le cas échéant ?
La deuxième : est-ce que, dans ce contexte, une concentration de la propriété agricole orientée vers la monoculture est plus ou moins résiliente qu’un mélange variétal en permaculture assorti de l’impératif de la conservation de la S.A.U.?
La troisième : étant donné le taux actuel de chômage et la nécessité d’assurer la sécurité alimentaire, ne serait-il pas plus pertinent d’utiliser les même fonds pour maintenir les agriculteurs sur leurs exploitations en leur assurant une formation en agroécologie ?
La quatrième : vu l’état des finances publiques, pourquoi ne pas instituer un mécanisme de compensation chargé d’acheter les surplus les bonnes années et de les remettre sur le marché les mauvaises, ce qui d’une part garantirait un prix de vente plancher aux agriculteurs, d’autre part assurerait la sécurité alimentaire, le tout à l’équilibre budgétaire ?

Super bacter, vers l’infini et au delà !
Le processus est désormais connu : à force d’épandage de pesticides dans les champs, on finit par sélectionner des super ravageurs ; à force d’antibiothérapies à répétition, on finit par super-bactersélectionner des pathogènes résistants. Mais on n’avait mesuré ni les dommages collatéraux, ni les effets induits. Comme les producteurs industriels de viande ont dès longtemps remarqué qu’une vache traitée aux antibiotiques grossit plus vite et, par conséquent, rapporte plus de fric, ils ont fait leurs calculs et, comme c’était rentable, ont commencé à traiter systématiquement les bêtes promises à l’abattoir. Du coup les carnivores sont passés sous antibiothérapie sans le savoir ; du coup leurs déjections diverses ont commencé à implanter des souches résistantes dans les canalisations. Du coup elles échappent aux traitements de potabilisation et se retrouvent dans le verre du citadin de base. Une étude américaine de la Tuft University a établi qu’aux Etats-Unis 80 000 hospitalisations par an seraient dûes à ces pathogènes surdoués ; la part des multirésistants est située entre 1 et 2% ; c’est suffisant pour une épidémie de peste.
Eduquer malades et médecins à limiter l’antibiothérapie au strict nécessaire est évidemment utile mais l’urgence est de rompre avec la production industrielle de viande ; et elle est double : il est impératif de limiter les émissions de méthane.

Et puis mettez-moi une belle botte d’interactions !
Par l’effet d’une première rétroaction positive, le permafrost sibérien continue à fondre ; ça, on connaissait déjà (voir clathrates) : c’est la « bombe méthane » : méthane libéré => augmentation des chaleur captée => accélération de la fonte => augmentation de la quantité de méthane libéré => et c…
GES => accroissement de laimage-1 Quelques optimistes – espèce en voie de disparition – ont émis l’hypothèse que cette fonte favoriserait la végétation, accroissant en particulier l’aire de répartition de la toundra, ce qui permettrait une captation accrue du carbone et compenserait ces émissions. Seulement la toundra est en train de se dessécher, faute de pluie. L’élément clef en l’occurrence c’est un deuxième effet de la fonte de la banquise arctique que l’on vient de découvrir : le déplacement de l’axe de rotation de la Terre. Du fait de la modification de la répartition des masses consécutive à la fonte – l’eau allant désormais où la glace n’allait pas – cet axe se déplace maintenant Nord => Sud, de 13 mètres par an, sur un méridien médio atlantique. L’eau froide résultant de la fonte susmentionnée est de faible densité (le passage à l’état solide par l’effet du froid expulse le sel) ; comme elle se répand progressivement aux latitudes plus basses, elle modifie le système intégré des courants océaniques (great conveyor belt) ; la plongée thermohaline reflue au sud,isolant climatiquement les latitudes plus hautes et réduisant les précipitations dans ces zones. Quod erat demonstrandum. Le dessèchement de la végétation dans lesdites zones aura également un effet amplificateur sur les émissions de GES, effet majoré par le déplacement du pôle géologique vers le sud.
Il est fortement conseillé de laisser sa voiture au garage.

Arbres et plantes en danger
Partout le scénario est le même : un agent pathogène devient prévalent et détruit tous les arbres ou plantes, d’une même espèce ou pas.
Image 1A Paris c’est un champignon filamenteux, le verticillium, qui s’attaque au phloème et le détruit. Or c’est la partie de l’organisme de l’arbre qui fait monter la sève nourricière dans les branches et les feuilles. On voit ces branches se dépouiller une à une et quand il n’y a plus de feuilles, l’arbre est mort ; reste à l’abattre. Ce parasite est connu depuis le XIX° siècle mais jamais jusqu’à une époque récente il n’avait été à l’origine d’une telle épidémie.
En Amérique du Nord, c’est un ravageur spécifique du frêne, l’agrile, qui provoque une véritable hécatombe. Importé involontairement d’Asie – c’est l’un des effets pervers de la mondialisation – il a déjà anéanti des millions d’arbres ; en dévorant le phloème les larves finissent par interrompre complètement la montée de l’eau et des nutriments vers les branches. Là non plus, pas de rémission ; seul l’hiver régule les populations de ce coléoptère. Mais qui dit « réchauffement » dit aussi « extension des zones contaminées ». Reste un espoir : repérer ses facteurs limitants dans son environnement naturel initial.
En Floride cette fois, l’aleurode du tabac est devenu à la fois résistant aux insecticides et polyvalent (outre les plants de tabac, les melons, les tomates, les haricots, les champs de coton sont également contaminés). Cette mouche commence par s’attaquer aux feuilles, interrompant le circuit des nutriments, puis elle y favorise le développement d’un champignon. Enfin elle transporte des virus d’une plante à l’autre ; on en aurait détecté plusieurs centaines d’espèces. Autant dire que tous les professionnels du secteur agricole s’attendent à une catastrophe sans précédent.
En fait tout se passe comme si la temporalité frénétique que nous imposons à la biosphère relevait de l’ordre des catastrophes, en lui interdisant toute forme d’adaptation. Il est plus que temps de nous engager dans une réforme des procédés de production et du système des échanges ou bien nous n’aurons pas plus d’avenir que les dinosaures il y a 65 millions d’années.

Janus norvégien
La vertu, c’est la municipalité d’Oslo qui a décidé d’interdire les voitures propulsées aux énergies fossiles dans le centre ville d’ici à 2019.Image 1
Le vice, c’est John Fredriksen, le plus grand magnat de transport par tankers du monde ; 9 milliards 800 millions de $, naturalisé chypriote mais résidant à Londres ; ne paye pas d’impôts, échappe à toutes les réglementations. Il a constitué son magot grâce au trafic d’armes pendant la guerre Iran / Irak.
Chaque jour ses 70 cargos, qui sillonnent toutes les mers du globe, rejettent dans l’atmosphère des milliers de tonnes de GES. Comme un seul de ces navires pollue autant en une année que 50 millions de voitures, ce que la municipalité d’Oslo a décidé de mettre en place ne pèse finalement pas lourd dans la balance. Pour obtenir l’équivalent de la pollution de toutes les voitures du monde – fuel ou essence – six de ces super tankers suffisent… et il y en a au minimum 51 602 en activité.
Tant que ce type et ses semblables continueront à sévir, nos gestes quotidiens pour limiter les dégâts resteront dérisoires. L’O.N.U. a dans ses cartons le projet d’ obtenir l’abolition des pavillons de complaisance et de se constituer comme unique pourvoyeur du droit de naviguer. Qu’elle passe à l’action ; tout en dépend.

Sept mille hectares de mangrove ont disparu en Australie, anéantis par la sécheresse. Image 2Comme la Grande Barrière de Corail est déjà, à 60%, condamnée par le blanchissement, ça fait deux écosystèmes pouponnières qui sont en voie de disparition sur le cinquième continent, avec les impacts qu’on imagine sur les écosystèmes. Ce qui est en cause dans ce cas, c’est une sécheresse inhabituellement longue, la saison humide n’ayant duré qu’un mois au lieu des 3 à 4 habituels. Là encore, c’est la première fois qu’un tel événement se produit et il ne fait pas de doute pour les spécialistes que c’est la déstabilisation climatique qui est en cause. On s’attend à voir se poursuivre l’hécatombe des animaux marins, les tortues de mer en particulier. On invoque une possible amplification du phénomène El Niño mais l’oscillation trans-pacifique de cette année présente des caractères tellement inhabituels qu’il se pourrait bien que ce modèle ne soit plus pertinent.

L’Afrique australe va mourir de faim si la communauté internationale ne réagit pas au Image 3plus vite. Dix nations africaines de l’hémisphère sud ont été littéralement siphonnées par la sécheresse ces derniers mois, à telle enseigne qu’il n’y aura pas assez de graines à semer en octobrepour la récolte de l’année prochaine. El Niño, cette fois, mais avec une violence telle qu’il faut remonter 35 ans en arrière pour trouver un phénomène approchant ; en plus cet épisode fait suite à une année réputée normale mais qui s’était déjà signalée par une sévère sécheresse.
Pas d’eau, pas de pâturage : 640 000 bovins sont morts et 40 millions de personnes seront en danger dans les mois qui viennent, les récoltes n’étant pas même suffisantes pour les nourrir au delà des semailles. La F.A.O. s’est mobilisée pour leur venir en aide mais il faudrait une rallonge de 109 millions de dollars au moins pour assurer à ces populations le minimum vital.

Survie : la ligne de partage des eaux
Il y a quelques jours – le 9 août 2016 très précisément – nous avons appris que l’humanité dépensière des ressources naturelles avait dores et déjà épuisé les bénéfices écologiques de l’année en cours et commençait dès lors à puiser dans le capital. Cette date, dite « du jour de dépassement de la Terre », avance d’année en année : le 21 octobre en 1993, le 22 septembre en 2003, le 19 août en 2014… Evidemment : plus on Image 3ponctionne le capital et moins les bénéfices sont importants lors de l’exercice suivant. Quel est donc ce capital ? Le potentiel des sols à produire des récoltes, des océans à nourrir des poissons, des réseaux géologiques à filtrer l’eau, des forêts à fixer le carbone que nous émettons… Et le bénéfice, c’est naturellement le total de tous ces services écosystémiques dans lequel nous puisons pour survivre ou parader, selon le cas.
Admettant finalement que les « écolos » ne racontent pas que des conneries M. Y et Mme X étaient disposés à faire un effort… Le problème, c’est la perte de la biodiversité. La fonction mathématique du vivant n’est pas monotone ; ce serait plutôt une sigmoïde, inverse en l’occurrence : le plateau ne dure pas, la décroissance est d’abord lente puis brutale.
Concrètement si on empoisonne les abeilles avec des néonicotinoïdes et qu’elles perdent le sens de l’orientation, on voit dans un premier temps les populations des ruches diminuer. Et puis quand le nombre d’ouvrières n’est plus suffisant pour assurer la croissance de la génération suivante, ce sont les ruches qui disparaissent. Si on pêche les poissons en trop grand nombre et qu’ils n’ont plus le temps de se reproduire ou la densité de population suffisante pour y parvenir, arrive le jour où il n’y a plus de poissons. Si, modulo l’agriculture industrielle, on continue à compacter les sols, à exterminer les organismes terricoles et à épuiser les réserves de phosphate pour fabriquer des engrais, viendra un jour où il n’y aura plus de récoltes ; et comme le sol sera mort, il n’y aura plus moyen d’en faire pousser.

If it goes on that way, we’ll have to buy all the Nobel prizes abroad…
Une quarantaine de scientifiques américains se sont émus de l’envolée des troubles neuro-comportementauxImage 1 chez les jeunes enfants, à tel point qu’ils ont cosigné, avec des avocats et des associations, une adresse au gouvernement des Etats-Unis l’appelant à l’action, publiée le n° de juillet 2016 de l’EHP (environmental health perspectives). Il y a de quoi : entre 1970 et 2015, on est passé d’un ratio de 1 / 3000 à 1 / 6 d’enfants atteints, toutes pathologies confondues (Asperger, hyperactivité, déficit de l’attention, et c…). Si ces spécialistes admettent une étiologie complexe et diverse pour ces maladies, ils sont en revanche persuadés du rôle déterminant des divers polluants auxquels les enfants sont exposés, in utero et durant leur jeune âge. Ici l’article en V.O.
Mais, comme on le sait, la notion de principe de précaution ne fait pas partie de la culture américaine. Etant donné que les parents consommateurs sont globalement satisfaits de la Ritaline, ils se disent probablement qu’on trouvera aussi des parades pour le reste… C’est la loi de base de l’économie de la dévastation : la prévention coûte, le traitement post critique rapporte.

O.M.S., au rapport !
Image 1En son temps René Dumont l’a dit, écrit et décliné sur toutes les notes de la gamme : tout conducteur d’une grosse voiture est un criminel. Rectification due aux progrès techniques et à ceux de l’expertise climatique : tout utilisateur systématique d’énergie fossile, dès lors qu’existent des alternatives, est un criminel.
Et ce n’est pas une vue de l’esprit : l’O.M.S. dans son rapport « Changement climatique et santé« , estime que chaque année 250 000 morts supplémentaires sont provoquées par la déstabilisation climatique : déficit hydrique ou alimentaire, déplacement des parasites ou ravageurs mais aussi particules fines et pollutions diverses produites par ces moteurs. A titre d’illustration ce dernier facteur entre dans l’étiologie de près de 10% des décès en France.
Alors que les fiers-à-bras cessent de ricaner au volant de leur phallus de substitution en alléguant la maîtrise du boom démographique ; c’est aussi leur fils et leur fille qu’ils condamnent à mort.

Des indices inquiétants
Action Contre la Faim, à l’occasion d’un appel aux dons pour les zones frappées par la sécheresse, publie, dans sa newsletter de juillet, une mappemonde des effets El Niño, carte que voici :Image 2
Que constatons-nous ? Que les événements climatiques notables de cette fin juillet 2016 vont très exactement à l’encontre de ce qui était attendu. La Californie supposée sombrer sous des trombes d’eau brûle maintenant depuis 3 semaines. Le Mexique central vient d’essuyer un ouragan tropical, Earl, qui y a déversé des tonnes d’eau et fait six morts, alors que cette zone, contrairement au nord et au sud du pays, n’était pas censée connaître de notables perturbations. Situation carrément inversée pour le Tibet et le Népal : sécheresse attendue mais les inondations de la fin juillet ont déjà tué une soixantaine de personnes.
Alors de deux choses l’une : soit l’oscillation pacifique a complètement changé de configuration (ce qui est possible puisqu’on a dû, il y a quelques années, introduire le correctif La Niña), soit c’est tout le système intégré des courants océaniques (great conveyor belt) qui est affecté (également possible puisqu’on a dores et déjà mesuré dans l’Atlantique Nord des inversions et des modifications importantes du débit et de la profondeur des courants locaux).
Dans les deux cas de figure les ressources alimentaires seront durablement impactées, non seulement dans ces zones mais encore dans celles qu’affecteront ces changements de la répartition des précipitations.

la Californie continue de brûler
Image 4
C’est devenu tellement fréquent qu’on n’y prête plus guère attention. Sauf qu’en 2016 nous sommes dans une année El Niño et qu’en principe la déferlante du Pacifique Est devrait apporter de l’humidité sur les côtes des Amériques. Des dizaines de départs de feu depuis le 25 juillet, des milliers de personnes évacuées, des milliers de pompiers mobilisés et parfois des milliers d’hectares qui brûlent avant qu’on parvienne à maîtriser l’incendie.
A San José, San Francisco, depuis les vignes ou le parc de Yosemite, de partout on voit les panaches de fumée s’élever de jour vers le ciel et, de nuit, des panaches de flammes et d’étincelles.
Deux morts en juin ; depuis on évacue en bon ordre et on tente de chiffrer les dégâts. Pathétique… 2015 avait déjà été catastrophique, et avant 2013, 2007, 2003. C’est bien un processus de désertification qui est en cours.

Asie vorace et pangolins en danger

C’est un étrange mammifère ( probablement l’un des plus anciens ), qui paraît couvert d’écailles (en faitImage 3 une pilosité solidifiée, comme les ongles), qui mène une vie nocturne et se nourrit de fourmis ou de termites. Quand un prédateur survient, il se met en boule et hérisse ses écailles, ce qui est habituellement dissuasif… sauf s’il s’agit d’un spécimen de l’espèce Homo Sapiens Sapiens.
Deux espèces sont en voie d’extinction du fait du braconnage. Il paraît que la chair du pangolin est exquise – 200 à 300 $ le kg – et que ses écailles ont de multiples vertus médicinales (virilité, allaitement, allergies…) 3000 $ le kilo. Débouchés assurés en Chine, au Vietnam, au Cambodge, en Thaïlande, en Inde, en Malaisie et en Birmanie… énumération qui suffit à saisir l’étendue des dégâts ; 100 000 de ces animaux auraient disparu en 2015. Comme l’Asie se vide de ses réserves, elle a commencé à se tourner vers l’Afrique…
Autres particularités : le pangolin n’a pas de dents et il ne survit pas en captivité, même s’il se laisse aisément approcher par les zoologistes. Adieu le pangolin, sauf miracle…

Dans la queue du cyclone

Image 1Celui-ci survint en 2014 et fut baptisé Ita. En 48 heures, accompagné de 60 cms de pluie, il ravagea la ville d’Honiara, capitale des îles Salomon. ; 21 morts. Une étude sanitaire parue dans le journal américain de médecine tropicale a évalué son impact post critique dans cette ville de 64 000 habitants. Les dommages affectant le réseau d’eau potable et les égouts se sont traduits par une épidémie de diarrhées ; 3 876 cas et 10 morts supplémentaires, des enfants. Autre épidémie : la grippe : 2 134 cas. Chiffres probablement majorés par le fait que 3 des 11 unités sanitaires de la ville ont été atteintes par les inondations. On peut sans doute en tirer des enseignements pour augmenter la résilience de la communauté urbaine relativement à la prochaine crise climatique mais on ne fera pas de miracles : à Honiara un tiers des habitants réside en zone inondable, laquelle s’étendra évidemment au pro rata de la montée des eaux et de l’augmentation de l’énergie disponible dans l’atmosphère.

2016, année de la Grande Famine ?

L’upwelling qui fait glisser des masses d’eaux chaudes d’Ouest en Est durant les phases El Niño du Pacifique équatorial,Image 1 retentit également sur le climat africain. Comme ce déferlement – qui repose sur un gradient de 1,30 m de la colonne d’eau entre les deux rives – entraîne avec lui les masses nuageuses, la pluie qui tombe au Pérou ou en Californie, manque ailleurs… Et singulièrement en Afrique australe. Le Malawi connaît une des pires sécheresses de son histoire. Dans certaines régions 90% des récoltes ont été perdues et le pays vient d’être déclaré en état de catastrophe naturelle.
La situation est à peine meilleure au Mozambique. Le Zimbabwe (également en état de catastrophe naturelle), la Zambie et le Malawi s’attendent aussi, du fait de ce déficit en eau, à connaître une longue période de disette. Quant à l’Afrique du Sud, qui exportait habituellement des céréales dans la région, elle s’apprête à importer 18 millions de tonnes de maïs…
Plus au Nord, l’Éthiopie et le Sud Soudan sont également touchés par la sécheresse et le déficit alimentaire.
Il faut espérer que les récoltes céréalières vont être satisfaisantes ailleurs dans le monde ; autrement on risque de connaître une de ces années à haut risque (1984, 1998, 2007, 2010…) avec effondrement des réserves et envolée des cours.
Accessoirement on commence à appréhender la façon dont se signifiera la déstabilisation climatique : un écart de plus en plus important à la normale, jusqu’au basculement. Il est par ailleurs possible que les concepts empiriques par lesquels nous appréhendons les événements climatiques, cessent, d’une année sur l’autre, d’être opérationnels. Ils ne préviendront pas. On a déjà corrigé El Niño par La Niña. Ce qui a lieu actuellement en Europe de l’Ouest ne relève ni du cycle saisonnier habituel, ni de l’AMO (Atlantic Multidecadal oscillation).

O.G.M. : des risques mortels

On ne le dira jamais assez : le danger principal des O.G.M. ce ne sont pas les résidus de pesticides, équivalents à ceux que l’on trouve dans les produits de l’agriculture standardisée ; c’est la pénurie.
Les récents développements techniques de l’ingénierie génétique aboutissant à la mise sur le marché des « nouveaux O.G.M. » et les polémiques qu’ils ont suscitées en France au sein du Haut Conseil des Biotechnologies (H.C.B.) ne donnent qu’un modeste aperçu de ce qui nous attend si nous n’agissons pas. Tâchons d’être méthodiques. Le risque global c’est que, dans un monde déstabilisé sur le plan climatique – et de facto atomisé en termes d’échanges commerciaux – des champs entiers de graines stériles engendreront à terme de monstrueuses famines. Ce schéma général est aggravé par la disparition des zones sauvages et des congénères naturelles de nos cultures, ce qui se traduit par un appauvrissement génétique sans précédent. Il est donc essentiel de préserver à la fois la richesse des semences et le savoir faire paysan. Or c’est justement à cela que s’attaque le lobby agro-industriel.
Ce qu’il faut savoir préalablement :
– l’O.G.M. désormais classique, style Monsanto, est d’abord un produit commercial agencé pour engendrer les plus grands profits. Contrairement à ce qui s’écrit un peu vite ici ou là, ce n’est pas pour résister aux ravageurs qu’il est conçu ; seulement au ravageur principal, ce qui constitue son argument commercial princeps. Moyennant quoi, pour les autres ravageurs, Monsanto peut continuer à vendre des quantités appréciables de Roundup, son pesticide fétiche, étant entendu qu’il a également bidouillé ses semences pour les rendre résistantes audit herbicide et stériles, ce qui permet d’assurer d’une année sur l’autre, au minimum le même volume de ventes.
– Les O.G.M. ne relèvent pas exclusivement de l’agriculture. Yves Bertheau, l’un des meilleurs spécialistes en la matière (et qui, faute d’avoir été entendu, vient de démissionner du H.C.B. ) a d’ailleurs déclaré « Ce n’est pas innocent qu’un certain nombre de ces techniques d’édition du génome aient été récemment classées parmi les « armes de destruction massive » par les services fédéraux américains ». Même si aucune trace de cette décision n’est accessible via internet, il n’est pas absurde d’imaginer que les Maîtres du Monde, outre un certain nombre de virus léthals spécifiques, n’aient pas imaginé des semences adroitement mises sur le marché et programmées pour ne pas parvenir à maturité, répandant ainsi la famine dans le dos de l’ennemi, actuel ou potentiel.
Image 1Ceci étant, le plus inquiétant est ailleurs : la multiplication des techniques et l’émulation commerciale vont, selon toute probabilité, répandre dans l’environnement des souches dont on découvrira trop tard le vice rédhibitoire : synthèse accidentelle d’une protéine toxique ou transmission de séquences ADN à des ravageurs et induction d’une invasive multirésistante aux herbicides… Seulement Monsanto trépigne ; Monsanto veut ses bonbons ! Ses brillants ingénieurs ont donc récemment mis au point des O.G.M. … qui n’en sont pas ! Et qui pourront en conséquence passer plus aisément la barrière des préventions qu’on leur oppose, ici ou là, dans le reste du monde et singulièrement en Europe, marché plein de promesses. D’autant que Bayer – dont on a découvert, il y a peu, le comportement abject pendant la Seconde Guerre mondiale – vient de prendre Monsanto sous son aile.
Venons en aux techniques. Il y a en l’occurrence deux grands genres : 1° La transgenèse qui consiste à implanter dans le Nouveaux OGMgénome d’une espèce un gène provenant d’une autre espèce, plus ou moins éloignée de la première. 2° L’épigenèse qui consiste à induire dans l’espèce que l’on souhaite (ou que l’on prétend) améliorer les transformations ad hoc ; c’est ce qu’on nomme encore « mutagenèse dirigée » ou NPBT / NBT (for New (Plant) Breeding Techniques).
Le premier type de manipulation est à la fois le plus spectaculaire et le moins dangereux. Son image d’Épinal, ce sont les colibacilles capables de synthétiser de l’insuline humaine. Relevons au passage que les laboratoires ne sont peut-être pas étrangers aux souches léthales d’E. Coli d’apparition récente.
Dans le second type d’approche, tout un arsenal technique s’est progressivement mis en place ; quelques exemples : méganucléase, mutagenèse, greffe, transgenèse, cisgenèse. Pour modifier un fragment d’A.D.N., il faut le découper au bon endroit afin d’y insérer la nouvelle séquence. Jusqu’ici on utilisait des enzymes de restriction, sorte de ciseaux moléculaires, opérant par essais et erreurs ; la méganucléase permet un repérage parfait de la séquence sur laquelle on souhaite intervenir. La mutagenèse est l’exposition de l’ADN à un agent mutagène. La greffe consiste à greffer sur une plante génétiquement modifiée une plante qui ne l’est pas mais qui recevra ses caractères artificiellement acquis, sans que la modification génétique soit détectable. La transgenèse consiste à réimplanter dans le noyau de la cellule cible une séquence de la même plante, dénommée transgène, que l’on a modifiée in vitro ; la cisgenèse est une variante de la précédente mais effectuée entre cultivars génétiquement proches.
De même que l’essentiel de la R.&D. antérieure de Monsanto consistait à brouiller les cartes pour maximiser les profits, de même s’agit-il ici de continuer à vendre des O.G.M. mais qui ne seraient pas détectables. Le lobbying forcené exercé sur les instances de décision a bien failli réussir ; ce n’est évidemment que partie remise. Mais si jamais le consortium agrochimique désormais germano-américain réussissait son coup – en arguant du fait que ce ne sont plus des O.G.M. qu’il vend puisque les mutations de ses semences auraient aussi bien pu advenir dans la nature – les semenciers paysans auraient une répartie toute prête. En l’occurrence dans le problème se tient aussi la solution. Supposons que l’on prenne un individu issu de ces semences ; il est stérile, selon toute probabilité, puisque l’un des objectif du génie génétique selon Monsanto, c’est que le client repasse à la caisse tous les ans pour des semences de plus en plus chères. Supposons maintenant que le paysan l’hybride avec un individu de la même espèce non stérile et cultive les graines issues de cette descendance. Que peut-on lui opposer ? Rien ; il pourra toujours, comme son fournisseur, invoquer une mutation spontanée… De là sans doute l’acharnement de l’agro-industrie américaine à obtenir l’interdiction des semences paysannes. C’est pourquoi il faudra tôt ou tard en venir à la solution définitive : obtenir de Monsanto-Bayer la juste rétribution de la sélection variétale effectuée par tous les paysans du monde depuis le néolithique !
Dans un monde rationnel et solidaire, dans une économie durable et humaniste, le génie génétique devrait se mettre exclusivement au service de projets comme NERICA (NEw RIce for Africa ), un cultivar adapté à la sécheresse et non stérile. Dans ce monde-là l’eau et la nourriture seraient, par la loi, soustraits aux circuits marchands…
Sur ce site, tout ce qu’il faut savoir sur les O.G.M., dont la polémique entre Yves Bertheau et la direction du H.C.B. Sur celui-ci, la position argumentée de la Confédération Paysanne. Et sur ce dernier, la pétition Greenpeace à signer d’urgence. Enfin sur le site des Amis de la Terre, tous les mouvements impliqués dans ce combat.

A propos de la chalarose du frêne

Image 2Nouvelle espèce invasive, ce champignon apparu en Pologne en 1992 colonise inexorablement les frênaies d’Europe de l’Ouest. Il s’attaque préférentiellement aux jeunes pousses qu’il ne laisse pas survivre ; il peut également s’en prendre aux arbres adultes et dégrader la qualité du bois. Ceci incite les forestiers à hâter l’exploitation des arbres, avec le double inconvénient d’étendre la contamination par le transport et d’éliminer les rares individus chez lesquels on a vu apparaître une résistance au parasite.
L’orme est condamné à terme parce que les individus de cette espèce, pour des motifs purement commerciaux, sont des clones et qu’on ne peut donc pas tabler sur la variabilité génétique pour sélectionner des facteurs de résistance à la graphiose. Mais il se pourrait bien que le frêne ne survive pas longtemps à Chalara fraxinea , en particulier du fait de l’élimination des individus jeunes et de la vitesse de propagation de ce parasite.
Enfin, dans ce cas, comme dans d’autres, des facteurs environnementaux et climatiques ont probablement constitué les déclencheurs de l’invasion. Tant que nous ne les comprenons pas, il nous est difficile de trouver des parades ; mais surtout, en retardant la nécessaire transition énergétique, nous continuons de maintenir ouverte la boîte de Pandore. Il faut s’attendre à ce que Les invasions de néo ravageurs se multiplient, aggravant encore, par la disparition des arbres, la diminution des puits de carbone.

On a été trop optimiste…

Selon toute probabilité c’est à une hausse générale de 2 mètres du niveau des océans qu’il faut s’attendre d’ici la fin du siècle. Le facteur qui rend obsolète le modèle précédent, c’est l’Antarctique. Certains (toujours les mêmes, les Image 4« catastrophistes » habituels…) avaient bien relevé le vêlage accru de la calotte polaire et l’extension du lac sous-glaciaire… mais la plupart des climatologues bon teint restaient intimement persuadés que, modulo l’inclinaison de l’axe des pôles, ce qui était perdu en Arctique était récupéré en Antarctique (toujours les mêmes, les « raisonnables », ceux qui n’ont encore pas compris que les G.E.S. ne se cantonnent pas dans la zone intertropicale).
Une récente étude parue dans Nature (mars 2016) est parvenue à modéliser les deux épisodes de réchauffement précédents. Résultat : une majoration moyenne de 50 cms sur les prévisions antérieures pour 2100.
Etant donné que le réalisme économique avait tablé aux États-Unis sur une hausse de 1,4 m à cette date – et investi conséquemment dans les zones constructibles à venir – il va devoir revoir sa copie. Comme toute la ville de New-York aura alors les pieds dans l’eau, peut-être Big Uncle Sam va-t-il enfin consentir à revoir son dogme conjoint de la panacée capitaliste et du développement illimité.

La mort blanche des coraux

La Grande Barrière de corail d’Australie – le plus grand récif corallien du monde, réserve majeure de biodiversité – est menacée de disparition. Le réchauffement des eaux provoque, en interaction probable avec d’autres cofacteurs, sur une partie considérable du biotope, le blanchiment des coraux. Il faut savoir préalablement que les polypes spécifiques qui forment les structures carbonées typiques du corail, habituellement colorées, y vivent en symbiose avec des algues avec lesquelles ils échangent des molécules et protéines qui assurent la survie des deux espèces, engageant en particulier la fonction vitale de la respiration. Quand les eaux deviennent trop chaudes, les polypes expulsent les zooxanthelles, leurs algues symbiotiques ; ils ne survivent que quelques mois à cette séparation.
La phase de dégradation actuelle paraît accélérée, par rapport à des séquences antérieures (purement climatiques et / ou géologiques ) par la pollution et la surpêche qui fragilisent également cet écosystème complexe.
Image 4L’aspect le plus sensible des déséquilibres induits par cette interaction de multiples facteurs, est la prolifération dans les récifs d’étoiles de mer géantes, les acanthasters, qui accélèrent encore le processus en dévorant les polypes. Cette invasion pourrait avoir été favorisée par la disparition d’une protéine répulsive, issue de la symbiose, qui tenait jusque là ce prédateur à distance.
Or non seulement les récifs coralliens sont les réservoirs de biodiversité des océans et des pouponnières d’un grand nombre d’espèces, participant par là au maintien du puits biogéochimique de carbone, mais ils rendent en outre des services écosystémiques directs comme la séquestration du carbone et la protection contre la houle et l’érosion du litoral. Sans parler des avantages économiques que bien gérés, ils procuraient jusque là aux communautés traditionnelles des zones côtières.

La Berce du Caucase : une invasive de plus

Il y a quelques décennies la majesté de cette plante à larges feuilles dentelées et à multiples ombelles blanches a séduitImage 3 les botanistes. On en a donc planté et implanté partout en Europe de l’ouest. Quelques graines échappées ici et là, elle s’établit au bord des routes et dans les zones humides. Dans telle province on la nomme le bannet et on cueille ses feuilles qui plaisent aux lapins. Le réchauffement aidant, elle se répand partout. Problème : sa sève est phototoxique. Si elle est répandue sur une peau exposée au soleil, elle provoque d’énormes cloques qui peuvent durer… plusieurs années.
En résumé : éviter d’y porter la main. Si c’est le cas, absorber sans étaler (à l’aide d’un mouchoir en papier par exemple) et mettre aussitôt à l’abri de la lumière. Puis, dès que possible, nettoyer au savon et rincer abondamment.

Epidémies : le pire est probablement à venir

Concernant le virus Zika apparu au Brésil en mai 2015, son aire d’extension s’est sensiblement accrue ; il est désormais présent aux Antilles et en Afrique de l’Ouest et s’est répandu dans 38 pays. Comme l’O.M.S. paraît avoir initialement écarté la possibilité qu’il ait plusieurs vecteurs, on n’y a pas initialement évalué correctement les populations exposées. La moitié de la population mondiale vit dans des zones où le vecteur principal, le moustique Aedes Aegypti, est présent en Image 1permanence. Mais Aedes albopictus pourrait transporter ce virus en Europe et en Amérique du Nord, Canada inclus. Voilà pourquoi Margaret Chan de l’O.M.S. a déclaré « Plus nous en apprenons sur ce virus, plus il est inquiétant ». On recense pour le moment deux pathologies induites : le syndrome de Guillain-Barré et la microcéphalie du nourrisson. La première est une urgence neurologique et relève d’un traitement sophistiqué ; la seconde, quand elle n’entraîne pas la mort du bébé, constitue un handicap irréversible profond.
On estime ne pas pouvoir disposer d’un vaccin avant trois ans ; on envisage donc de limiter les populations de moustiques à l’aide de bactéries génétiquement modifiées… ce qui pourrait bien ne constituer que très provisoirement une solution.
D’autre part l’épidémie d’Ébola qu’on avait déclaré terminée il y a quelques mois, a resurgi en Guinée où elle a déjà causé la mort de cinq personnes. Le nombre des « personnes contacts » c’est-à-dire susceptibles d’avoir été contaminées par les premiers malades, approche déjà le millier. Ce virus, qui tue approximativement une personne contaminée sur deux, a déjà fait plus de 12 000 victimes.
On retrouve dans les deux cas des traits communs : déforestation et déplacement des porteurs originels, vecteurs opportunistes, fort pouvoir mutagène.

Scénario pour l’avenir

Aux Philippines, sur l’île de Mindanao, il n’a pas plu depuis le mois de janvier. Les plants de riz et de maïs que la sécheresse n’a pas anéantis, les rats, les ont dévorés. Il est probable que leur nourriture habituelle, graines et fruits Image 1sauvages, avait, elle aussi été ruinée par la sécheresse.
Alors les fermiers, qui n’avaient plus de quoi se nourrir, ont fait un sit in de quatre jours pour réclamer l’aide du gouvernement. Les autorité locales ont fini par appeler la police ; les policiers ont tiré : deux morts et plusieurs dizaines de blessés. « On demandait du riz ; ce sont des balles qu’on a eues »
On invoque un peu partout le phénomène El Niño. Sans doute… à cette nuance près que le phénomène n’a jamais encore eu un effet comparable. La sécheresse touche aussi, en effet, l’Inde et l’Afrique du Sud.
Aux Philippines, ce sont plusieurs centaines de milliers d’hectares dont les récoltes ont été perdues. Comment se procurer dans un monde où de multiples régions sont touchées par une catastrophe climatique de quoi nourrir les populations ? Comment maintenir in situ une population paysanne, garante de la sécurité alimentaire, fragilisée par ces catastrophes ?
L’île de Mindanao produit la moitié de la nourriture de l’archipel et on estime que 23 000 fermiers se trouvent dans une situation catastrophique.

Les charbonniers de Virginie et les pétroliers du Texas ont eu raison de l’Accord de Paris

Le 6 février 2016 la cour suprême des États-Unis, saisie par les lobbies des énergies carbonées et les sénateurs républicains de 27 états, a statué, à une majorité d’une voix, contre la légalité du plan climat. Barak Obama avait conformé les lignes directrices de ce plan aux termes de l’accord issu de la COP 21.
Or tant que la question de la légalité n’est pas tranchée, aucune des directives du plan climat ne peut entrer en vigueur. Il va de soi que comme le plus gros pollueur per capita de la planète se dispense ainsi du moindre effort de limitation de ses émission de G.E.S., aucune autre nation ne se sentira tenue d’en faire. Comme par ailleurs la constitution des États-Unis stipule que la nation est fondée à agir, y compris militairement, chaque fois que ses intérêts économiques sont eu jeu, il n’est même pas établi que les longues années de procédure qui s’annoncent aboutiront à la réhabilitation du plan climat.
En conséquence, parce que les intérêts supérieurs de l’humanité sont en jeu, nous appelons tous les citoyens du monde à boycotter Image 7tout ce qui est américain, et nous appelons tous les citoyens des États-Unis à faire pression sur leurs élus jusqu’à ce que le plan climat y soit remis en place.
Et honte à ces Républicains qui, pour leur seul intérêt égoïste et borné, vouent au malheur l’humanité entière !
Muriel Grimaldi

The Virginia coal and Texas petroleum lobbies ruined the Paris Agreement

February 6, 2016 the Supreme Court of the United States, seized by the lobbies of carbon energies and Republican senators from 27 states, has ruled by a majority of one vote, against the legality of the climate plan. Barak Obama had conformed to the guidelines of the plan under the agreement resulting from the COP 21. But as long as the question of legality is not settled, none of the climate plan’s guidelines may enter into force. It goes without saying that as the biggest polluter per capita in the world dispenses itself of the least effort to limit its G.H.G. emissions , no other nation will feel obliged to do. As the constitution of the United States stipulates that the nation is founded to act, including militarily, when its economic interests are involved, it is not even established that the long years of litigation looming will lead to rehabilitation of climat agreement. En result plan, because the higher interests of humanity are at stake, we call on all citizens of the world to boycott all american products, and we call upon all US citizens to pressure their elected until the climate plan will be delivered in place. And shame to those Republicans who, for their own selfish and narrow minded interests, are devoting the whole humanity to misfortune !
Muriel Grimaldi

La bombe méthane est amorcée
Quelques rares écolos se sont émus de la monstrueuse fuite de Porter Ranch que la société californienne SoCalGas, propriétaire du site de stockage dans un ancien gisement pétrolier, n’est toujours pas parvenue à juguler. La fuite dure depuis octobre 2015 et en janvier 2016, les exploitants hésitent encore entre deux stratégies de dérivation : construire un autre puits vertical (il y en a déjà 150) pour y dériver le gaz ; ou alors un conduit horizontal qui, à une distance suffisante du site, permettrait de la faire brûler. On voit mal en quoi cette dernière option pourrait constituer une solution. En attendant les riverains malades du fait de l’additif soufré, sont relogés par centaines. La fuite, qui serait imputable à une valve en mauvais état, est estimée par SoCalGas à 30 tonnes de l’heure…
… ce qui, même en cas de sous-estimation, reste négligeable par rapport aux émissions de méthane du plateau sibérien arctique, rétroaction positive majeure du réchauffement dans cette zone. Estimation : 254 kg par seconde, soit 914 tonnes de l’heure. Pour s’en faire une petite idée :Le bon côté de la chose, c’est que la déstabilisation climatique risque d’être tellement rapide et brutale qu’elle pourrait réussir là où ceux qu’on traite de « catastrophistes » ont échoué depuis 30 ans : provoquer enfin des changements drastiques dans les comportements et les pratiques.

Ce que déstabilisation climatique veut dire
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L’état de Californie s’est déclaré en état d’urgence climatique relativement au risque de sécheresse. Les réserves globales d’eau ont chuté de 35 % en quelques années. Le manteau neigeux qui alimentait une partie du réseau hydrographique atteint difficilement 20 % de son épaisseur antérieure. Enfin les bassins de réserve d’eau des grandes villes se vident inexorablement ; Sacramento, par exemple : de 97 % de sa capacité en 2011 à 7 % en 2015…

Adieu, les mésanges…

Les lignes isothermes avancent de façon accélérée ; aujourd’hui le déplacement est de 20 kms, par an, beaucoup plus que l’estimation initiale (7 kms / an). Conséquence : les biotopes disparaissent, se reconstituant comme ils peuvent aux latitudesImage 5 où se rencontrent les conditions géoclimatiques qui leur servaient antérieurement de substrat. Seulement c’est un repli en ordre dispersé. Les mésanges migrent vers le nord, comme toutes les espèces mobile de l’hémisphère du même nom. Quand elles nidifient et pondent au printemps, les chenilles qui leur permettaient initialement de nourrir leurs petits ne sont pas nées. Les générations s’amenuisent, les oiseaux disparaissent.
Evidemment les arbres se déplacent encore plus lentement que les oiseaux ; Il faut 3 kms / an en moyenne pour que la végétation, par la dispersion des graines, parvienne à investir un nouveau milieu. Et puis, tôt ou tard ces biotopes migrants se heurtent à des barrières matérielles. C’est ainsi que la Méditerranée est condamnée à perdre toutes ses espèces endémiques. La situation n’est pas nécessairement meilleure dans les océans. En plus de l’acidification et des zones mortes, ce qui induit un effondrement des chaînes alimentaires et des zones d’anoxie massive, la déconnexion proie / prédateur, comme l’explique Gilles Boeuf, actuel directeur du Muséum d’Histoire naturelle, atteint également les manchots de l’Arctique. Les fronts thermiques qui conditionnent les prises se sont déplacés au large ; la femelle revient trois jours trop tard ; les mâles en charge de la couvée sont partis ne nourrir et les petits sont morts.
Adieu, les vivants…

La Californie sombre…

Image 1ou plus exactement, elle se vide de son eau comme une éponge qu’on presse et, du coup, elle diminue de volume. Bilan : rapide perte d’altitude, 5 cms par mois dans la vallée San Joaquin par exemple ! Quelle est la cause de ce phénomène ? C’est l’effet conjugué de la sécheresse et du pompage forcené des ressources phréatiques. Dans certaines zones l’affaissement du sol a atteint 146 cms en 25 ans. Comme le phénomène s’accélère, les pouvoirs publics redoutent une destruction des infrastructures (par exemple la rupture de l’aqueduc qui alimente Los Angeles…), sans parler d’un réveil de l’activité sismique (faille de San Andrea).
Faute d’un comportement ad hoc de la population, une rétroaction positive risque de se mettre en place : moins il tombe d’eau pour arroser le gazon et remplir la piscine et plus on pompe. Par ailleurs comme on a découvert récemment dans le Pacifique une considérable masse d’eau chaude superficielle en position méridienne (donc sans rapport avec le phénomène El Nino) on peut en inférer que la circulation thermohaline est , là aussi, en cours de modification. Impact : modification du régime des vents et des précipitations.

Agence Européenne pour l’Environnement, rapport 2015
Un aperçu                                                          (©=)

Image 1

Xylella Fastidiosa porte bien son nom…

Ça fait des mois qu’on sait que cette protobactérie ravage les Pouilles et qu’on la voit venir, débarquant au choix en Corse ou en Provence. C’est vers Propriano qu’elle a pris pied mais toute la question est de savoir si on va pouvoir l’arrêter avant le désastre. C’est qu’elle est polyvalente, Xylella ; elle s’attaque au tout agricole : oliviers, bien sûr, mais aussi vigne, citronniers, Image 1amandiers, figuiers, noyers, fraisiers, tournesols, luzerne, myrte … Elle apprécie aussi les plantes à fleurs, comme le mimosa ou le laurier rose, et les aromatiques : eucalyptus, romarin… Les grands arbres ne lui font pas peur : chênes, frênes… mais elle ne dédaigne pas pour autant le bas de gamme : les genêts, les ronciers et même le lierre… En tout 200 espèces végétales ligneuses appartenant à 50 familles différentes. Bref, c’est la peste des plantes ; en s’attaquant au phloème des arbres, couche intermédiaire du tronc par laquelle transite la sève, elle leur interdit de se nourrir.
Importation intempestive, mutation locale, extension du biotope initial, nul, à vrai dire  n’est en mesure d’expliquer cette soudaine explosion. La maladie induite est décrite pour la première fois aux Etats-Unis, à la fin du XIX°, siècle par Pierce.
On ne sait pas la combattre ; seulement l’affamer en abattant les plantes atteintes, en les arrachant et en les brûlant. Du moins peut-on espérer s’attaquer à ses vecteurs (des insectes) en particulier la cicadelle.
Michel cultive des oliviers à Olmetto ; il redoute d’avoir à abattre celui de ses arbres qui a dépassé mille ans d’âge. C’est dire aussi que, décidément, quelque chose ne tourne plus rond. Dans tous les cas de figure on atteint ici la limite infranchissable du grand marché universel que prônent les tenants du TTIP et autres TAFTA.
Question subsidiaire : si l’entreprise Monsanto détenait des souches de parasites susceptibles de ruiner les cultures pour le remplacement desquelles elle a élaboré des souches génétiquement modifiées, s’interdirait-elle de les répandre dans les zones où sont établis de potentiels acheteurs ?

Villages condamnés à mort

Basse sur le Rupt compte environ 900 habitants. C’est un village des Vosges sis sur les basses terres d’une vallée encaissée et traversé par le ru qui lui donne son nom. Le 18 juillet 2015 un tiers de ses habitants s’est soudain trouvé privé d’eau ; leur source avait, sans crier gare, cessé de couler. Il a fallu trois longs jours pour qu’un camion citerne alimente une réserve où chacun a pu aller remplir ses jerricanes ; jusque là, pour parer au plus pressé, on était allé acheter des bouteilles d’eau minérale au supermarché le plus proche. La municipalité a bénéficié de la générosité d’un Image 2résident qui met sa source privée à la disposition de la communauté ; reste à réaliser les travaux nécessaires.
Le registre paroissial donne 1692 comme la date de naissance la plus ancienne mais il est fort probable que le village existe depuis bien plus longtemps ; témoin cette scierie hydraulique – qui tourne avec l’eau du Rupt – et la graniterie locale ; les granitiers étaient issus du compagnonnage médiéval…
Que se passera-t-il quand la source de secours cessera, elle aussi, de couler ? Quand le Rupt atteindra à l’étiage le fond de son lit ? Basse sur le Rupt est aussi le nom de centaines de villages des Andes qui dépendent des glaciers pour leur alimentation en eau ; les glaciers se réduisent inexorablement et bientôt des réfugiés descendus des montagnes viendront avec d’autres s’entasser dans les bidonvilles.
Mais les privilégiés continuent à célébrer la croissance et à regarder à la télé les pub pour les derniers modèles de voitures.

La catastrophe du méthane est engagée

C’est, avec l’acidification des couches superficielles des océans, l’une des rétroactions majeures qui commandent la déstabilisation climatique. Pour mémoire : la durée de vie du méthane dansImage 1 l’atmosphère est 10 fois plus faible que celle du dioxyde de carbone… mais il est 25 fois plus efficace. Comme le réchauffement est dores et déjà en cours, les pergélisols péri-arctiques ont commencé à fondre en Sibérie et au Canada. On le savait mais distraitement, plaignant ces pauvres Inuits sédentarisés, contraints de faire passer des tuyaux réfrigérants sous leurs maisons « en dur ». La nouveauté, c’est l’apparition de puits d’effondrement accompagnés, en Sibérie, d’explosions. Autrement dit, qu’il s’agisse de la fonte des clathrates ou de phénomènes plus spectaculaires, le méthane emprisonné dans les sols et les fonds océaniques, a commencé à se libérer. Le problème : il y a 1500 milliards de tonnes de G.E.S. emprisonnés dans ces sols gelés, soit deux fois plus, en équivalent CO2, que la quantité présente dans l’atmosphère… Ils sont où, les Bisounours ?

Phosphate : on n’est pas sorti de l’auberge

Cet atome fait partie de ce que l’O.N.U. désigne comme « matière première minérale critique  » ; seulement, contrairement à l’argent ou au niobium, il n’est pas requis par les sophistications de l’industrie ou du commerce. Le phosphore – c’est de lui qu’il s’agit – est vital dans le sens exact où Image 2il est indispensable à la vie. L’adénosine triphosphate (ATP, pour les intimes ; formule du phosphate : PO43− ) est cette molécule clef du cycle de Krebs qui permet aux cellules de produire l’énergie dont elles ont besoin. Sans ATP l’organisme ne survit que quelques minutes – le cyanure est l’un de ses possibles inhibiteurs – avant une mort brutale. De la même façon, le phosphore est indispensable à la croissance des plantes.
Or les réserves mondiales de phosphate s’épuisent et, dans l’état actuel des choses, ne sont pas renouvelables. Comme pour le reste, on s’est orienté vers la ressource minière, plus rentable, et on a dopé l’agriculture industrielle au phosphate, on en a rempli les sacs d’engrais, les barils de lessive, et c… Tout ce phosphore lessivé passe dans les eaux usées, provoquant des blooms algaux en bout de chaîne, avant de disparaître au fond des océans. Il reste, au mieux, 100 ans de réserves mais on peut compter que les spéculateurs tendront le marché bien avant cette échéance, et d’autant mieux que les réserves sont rares et très localisées et que le « pic de Hubert » (maximum de la production) sera atteint dès 2035.
Enfin, dans le contexte d’oscillations climatiques gagnant en amplitude, avec des terres tropicales généralement acides et peu fertiles, un amendement en phosphore est indispensable. Il faut impérativement apprendre à recycler tous les déchets organiques et mettre en oeuvre, le plus tôt possible, une agriculture biologique raisonnée, « écologiquement intensive », comme dirait Michel Griffon ; c’est une question de vie ou de mort.

Au Burkina Faso : ce que René Dumont et Thomas Sankara voulaient éviter…

… est en train d’arriver : le vent de la mort, d’un sombre rouge, qui obscurcit tout et ensable lesImage 1 récoltes, les pluies plus rares et diluviennes qui ruissellent sans pénétrer le sol,  des paysans qui ne produisent plus qu’ à grand peine de quoi nourrir leur famille, s’endettent, et qui, un jour prochain, marcheront au sud.
Le très sensible et éloquent reportage de Laetitia Van Eeckhout pour Le Monde et le site d’Action Contre la Faim qui tente, sur place, d’endiguer le malheur à venir. Photos de Fabien Fougère.

Les glaciers des Andes sont en train de disparaître

Que ce soit au Pérou, en Équateur, en Colombie ou en Bolivie, la vitesse de la régression est impressionnante. Qu’on en juge : depuis 1980, l’Équateur a vu la surface de ses glaciers diminuer Image 1de 45% ; même chose au Pérou avec une disparition de 40%. En Bolivie la piste de ski la plus élevée du monde, sur le Chatalkaya, à plus de 5000 m d’altitude, n’est plus qu’un souvenir : le glacier a entièrement disparu. Ce sera également le cas, dans moins de 15 ans, d’après les spécialistes, de tous les petits glaciers ; or ceux-ci représentent 80% du total des surfaces englacées de la Cordillère.
Il faut naturellement compter avec une rétroaction positive : la fonte des glaces sur ces surfaces rocheuses, implique une diminution importante de l’albédo et une accélération du processus. Mais ceci signifie surtout la disparition de la disponibilité de l’eau en aval, la modification et l’appauvrissement du réseau hydrographique, la disparition des espèces qui en dépendaient. Le tout sans préjuger de l’impact sur les communautés humaines. La ville de Quito, par exemple, qui compte un million et demi d’habitants, dépend entièrement du glacier de l’Antizana pour son approvisionnement en eau. D’autre part nombre d’ agriculteurs utilisent les écoulements de ces glaciers pour irriguer leurs champs.
Le phénomène serait dû à une intensification des épisodes El Nino. En l’admettant, ça ne suffit pas à rendre compte du phénomène. Les années El Nino, en effet, se caractérisent par la survenue d’importantes masses nuageuses en provenance du Pacifique Ouest, ce qui, en altitude, augmente sensiblement les précipitations neigeuses et, par conséquent, la masse de glace.

CO2 et CH4… vous n’avez encore rien vu

Le méthane n’a qu’une durée de vie de 12 ans dans l’atmosphère, contre 100 ans pour le dioxyde de carbone. Il ne faut pas le négliger pour autant. Le premier problème, c’est qu’il est 28 fois plus efficace dans la captation de la chaleur. Le deuxième problème, c’est qu’on découvre de nouvelles sources d’émissions de méthane, soit parce qu’elles sont d’apparition récente – c’est le cas desImage 1 clathrates péri arctiques – soit parce qu’elles ont été négligées ; c’est celui des puits de pétrole abandonnés.
En fait de puits, le terme de géiser conviendrait mieux. Il importe de comprendre que l’exploitation des gisements de pétrole est d’autant plus rentable que l’or noir sort de la poche argileuse où il s’est constitué sous la pression du gaz qui s’y est également accumulé, ce qui représente en moyenne 15 % de la réserve. Ensuite l’exploitant passe à une autre poche. Mais, le gaz, lui – en l’occurrence du méthane – continue à s’échapper. Une récente étude conduite aux États-Unis montre que cette source émanant des 3 millions de « puits » abandonnés – et jusqu’ici non prise en compte – est la deuxième en importance. C’est évidemment la même chose ailleurs. Avant de vouloir exploiter le gaz de schiste, il aurait été plus pertinent de s’occuper du gaz de pétrole ; il faut croire que c’était moins rentable.

Récifs coralliens en danger

Il y a 30 ans on s’inquiétait à bon droit du blanchiment des coraux ; on a compris que ce Image 1dépérissement était dû à la disparition de leur algue symbiotique. Depuis on a encore amplement progressé dans la destruction des récifs : asphyxie par turbidité fluviale induite par la déforestation, surexploitation systématique (l’arsenic a fait son entrée dans la panoplie des pêcheurs, y rejoignant les explosifs), pollutions industrielles diverses, anoxies et blooms algaux et – dernière modalité en date – déstabilisation climatique. La sensibilité de ces écosystèmes complexes aux variations de température est très élevée ; c’est ainsi que l’épisode El Nino 1998 (caractérisé par un réchauffement important des eaux de surface de la ceinture tropicale du Pacifique) a provoqué à lui seul l’anéantissement de 15% des récifs. Sans parler de l’eutrophisation agricole, de l’acidification des eaux, de la fréquence accrue des tempêtes… Ces récifs – qui ne représentent que 0,2% des surfaces des océans – abritent 25 % de leur biodiversité, dont 4000 espèces de poissons. Si rien n’est fait pour enrayer ce processus, 50% d’entre eux auront disparu d’ici à la fin du siècle. Et pas la peine de compter sur les récifs profonds découverts depuis peu : la pêche industrielle les racle méthodiquement et n’en laisse rien subsister

Maladies anthropo-induites

En 30 ans plusieurs pathologies nouvelles – dont on a d’abord eu du mal à repérer la spécificité – sont apparues et se sont développées. A titre d’exemple, on estime qu’elles affectent actuellement 5% de la population française. Il s’agit en particulier de la fibromyalgie, de l’électrohypersensibilité,Maladies émergentes de la sensibilité chimique multiple, du syndrome de fatigue chronique et de la myofasciite à macrophages. Elles résultent, pour l’essentiel, d’une interaction entre un agent en forte croissance dans l’environnement – à un titre ou à un autre – et une configuration physiologique favorable. Ainsi le virus de l’herpès (HP6) se développant sur le nerf vague dans le cas du syndrome de fatigue chronique, du fait de la présence de sels d’aluminium dans l’organisme ; ceux-ci sont initialement injectés par la vaccination mais se maintiennent en forte concentration du fait d’un facteur génétique particulier. Mais c’est le taux de croissance de ces pathologies nouvelles qui devrait alerter. Non seulement les innovations techniques à venir se traduiront, elles aussi, par des néopathologies induites (on peut déjà se représenter les nombreuses opportunités qui s’ouvriront demain aux nanoparticules…), mais un même agent est susceptible de démultiplier ses effets en fonction des cofacteurs qu’il rencontre. On n’a toujours pas exclu, par exemple, une possible étiologie aluminium ingéré / degré d’acidité du bol alimentaire dans les maladies neurodégénératives. Tout ceci devrait, en bonne logique, conduire à une stricte application du principe de précaution.

Le premier cyclone de l’Anthropocène Image 2Vendredi 13 mars 2015. Un cyclone de catégorie 5, dénommé Pam, ravage l’archipel du Vanuatu. « Une demi-heure de terreur absolue », selon l’unique témoignage recueilli ce premier jour. Toutes les communications sont coupées ; plus d’eau ni d’électricité ; des pointes de vent à 330 km/h… les maisons du littoral sont littéralement balayées et quand elles ne le sont pas, les vitres éclatent sous la pression du vent ou de ce qu’il projette. Qu’on ait au moins la décence de cesser de parler de « catastrophe naturelle ». Pam, après avoir frappé le Vanuatu, poursuit sa route vers les îles Loyauté. L’urgence est à comprendre que si nous tardons encore à accomplir la transition écologique, nous condamnons à mort des milliers  d’enfants, de femmes et d’hommes. virus ebola

Ebola – Octobre 2014 – La fièvre hémorragique induite par le virus Ebola a déjà fait plus de 4000 morts en Afrique de l’Ouest. Ce virus, apparu en 1976, paraît avoir muté car il a considérablement accru son pouvoir infectieux. Il faut impérativement aider tous ceux qui, sur place, tentent de juguler l’épidémie. L’indifférence, ici, ne serait pas seulement  un manque d’humanité ; elle serait une erreur. On peut en effet inférer que la virulence est proportionnelle au pouvoir de propagation ; du point de vue sélectif, un pathogène qui a peu d’opportunités de se répandre ne détruit pas ses hôtes. Il est donc judicieux de  faire un don avant qu’il ne soit trop tard : L’UNICEF  – M.S.F. (Médecins sans frontières) => Au 30 novembre 2014, le virus a fait plus de 7000 morts. Bilan au 10 mai 2015 : 13 millions de morts…

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